La Vérité sur la Crucifixion
Démasquer la falsification constantinienne
La Vérité sur la Crucifixion
Démasquer la falsification constantinienne
Depuis dix-sept siècles, le récit de la crucifixion fait des soldats romains les bourreaux du Christ. Et si cette version était une falsification politique ?
Confrontant l’Évangile de Jean à l’Évangile de Pierre, au Coran, aux historiens arabes et aux traditions orientales, Antonino Fraterrigo rétablit la vérité primitive : ce sont les gardes juifs du Temple qui arrêtèrent, jugèrent et crucifièrent Jésus. Pilate se lava les mains et livra, sans jamais ordonner.
En 312, l’alliance de Constantin avec les judéo‑chrétiens pauliniens réécrivit les Évangiles pour accuser Rome. Cette falsification politique scella le destin de l’Empire : Rome fut pillée, Constantinople fondée, l’Occident abandonné aux invasions barbares.
Une enquête rigoureuse qui libère la mémoire de la Passion du poids de dix-sept siècles de falsification.
Antonino Fraterrigo
Restaurateur du Calendrier Luni-Solaire d'Allah
La Vérité sur la Crucifixion
Démasquer la falsification constantinienne
Enquête sur les sources : Évangiles restaurés, Évangile de Pierre, Coran, historiens arabes et traditions orientales
Antonino FRATERRIGO
Restaurateur du Calendrier Luni-Solaire d’Allah
Avertissement au lecteur
Cet ouvrage a pour ambition de rétablir, par la confrontation minutieuse des sources anciennes, la vérité historique sur la crucifixion de Jésus de Nazareth. Il ne procède d’aucune allégeance confessionnelle, mais d’une exigence de rigueur intellectuelle et d’une volonté de libérer la mémoire de la Passion des falsifications politiques qui l’ont, dès le IVe siècle, instrumentalisée.
Le lecteur trouvera ici une enquête fondée sur :
La critique textuelle des Évangiles canoniques,
La confrontation avec l’Évangile de Pierre et les traditions orientales,
L’analyse du témoignage coranique et des historiens arabes médiévaux,
L’examen des sources historiographiques (Eusèbe, Zosime, Ammien Marcellin, Code Théodosien, etc.),
L’étude des symboles liturgiques (mitre, culte de Dagon) et des contextes politiques du IVe siècle.
Chaque affirmation est étayée par des références précises aux manuscrits, aux éditions critiques et aux études académiques. Le lecteur est invité à vérifier lui‑même les citations et à consulter les annexes qui rassemblent les principaux documents.
L’ouvrage ne cherche ni à scandaliser, ni à substituer une nouvelle orthodoxie à une ancienne. Il entend simplement restituer des faits que l’histoire a trop longtemps obscurcis. La vérité, ici rétablie, ne demande qu’à être confrontée au débat critique.
Que le lecteur aborde ces pages avec un esprit libre, sans préjugés, prêt à suivre le fil des preuves.
Copyright
© Antonino FRATERRIGO, 1417‑2026
Tous droits réservés. Aucune partie de cet ouvrage ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans l’autorisation écrite de l’auteur, à l’exception de courtes citations dans le cadre d’une critique ou d’un usage académique avec mention des sources.
Remerciements
Toute louange appartient à Allah, le Seigneur des mondes, qui a préservé la vérité à travers les âges et qui a guidé mes pas dans cette enquête. C’est à Lui que je rends grâce pour le discernement, la patience et la force qui m’ont permis de rassembler, de confronter et de restituer les sources primitives de la Passion. Sans Sa lumière, aucun travail de recherche ne saurait aboutir.
Je remercie également tous ceux qui, de près ou de loin, ont soutenu cette entreprise : les gardiens des manuscrits anciens, les bibliothécaires qui ont facilité l’accès aux documents, et les chercheurs dont les travaux, même lorsque je les discute, m’ont offert des points d’appui essentiels.
Que cet ouvrage soit une modeste contribution au rétablissement de la vérité, conformément à la parole d’Allah : « La vérité vient de ton Seigneur. Quiconque veut, qu’il croie, et quiconque veut, qu’il mécroie » (Coran 18,29). Puisse cette vérité rendre libres ceux qui la cherchent avec sincérité.
Antonino Fraterrigo
1417‑2026
Structure avec sources détaillées
Introduction générale
Objectif : établir une méthodologie de critique textuelle et historique, en confrontant les récits canoniques, apocryphes, coraniques et historiographiques.
Sources méthodologiques :
Premier pilier : la critique textuelle des Évangiles
Second pilier : la confrontation avec l’Évangile de Pierre et les traditions orientales
Troisième pilier : le témoignage du Coran – les Juifs se vantent du crime
Annonce du plan et de la thèse.
Première partie : Les sources textuelles – rétablir le récit originel
Chapitre 1 – L’Évangile de Jean : une logique narrative volontairement brisée
1.1 Le texte canonique et ses contradictions
Versets cités : Jean 18,3 ; 18,12 ; 18,28‑29.
Édition critique : Nestle‑Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd.
Analyse : souligner l’absence d’information de Pilate malgré la présence supposée de la cohorte.
1.2 La disparition de la cohorte et du tribun : une interpolation
Sources : comparer les manuscrits grecs (P⁶⁶, P⁷⁵, Sinaïtique, Vaticanus).
Études : Raymond E. Brown, The Gospel according to John (Anchor Bible, 1970), vol. 2, p. 805‑808, sur les « gardes des Juifs » et la cohorte.
1.3 Jean restauré : le fil continu des gardes juifs
Version reconstituée : présenter le texte de Jean en supprimant les versets interpolés (18,12c ?), en reliant 18,3 à 18,12b, puis 18,28‑19,16 avec 19,17‑18.
Justification : s’appuyer sur les travaux de John Dominic Crossan, The Historical Jesus (Harper, 1991), pour la méthode de stratification.
1.4 Les actes de la Passion dans Jean : tous accomplis par les gardes juifs
Liste : arrestation (18,12), comparution (18,28), flagellation (19,1), couronne (19,2), crucifixion (19,16‑18), partage des vêtements (19,23), éponge (19,29), bris des jambes (19,32‑34).
Corrélation avec l’Évangile de Pierre.
Chapitre 2 – L’Évangile de Pierre : le témoin primordial
2.1 Découverte et datation
Source : manuscrit d’Akhmim (1886) – édition : M. G. Mara, Évangile de Pierre (Cerf, 1973).
Datation : selon J. Denker, Die theologiegeschichtliche Stellung des Petrusevangeliums (1975), fin du Ier siècle.
2.2 Le récit de Pierre : Pilate innocent, les Juifs bourreaux
Citations : EvPet 1,1 ; 3,6‑9 ; 4,10 ; 5,15.
Analyse : le rôle actif des Juifs (couronne, pourpre, siège) et l’absence de soldats romains.
2.3 Pourquoi Pierre fut écarté du canon
Sources : Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique III,3,2 ; III,25,6 – rejet pour son « docétisme » et son usage par des cercles judéo-chrétiens.
Études : F. Lapham, An Introduction to the New Testament Apocrypha (Continuum, 2003).
Chapitre 3 – Les Évangiles synoptiques : même réalité après nettoyage
3.1 Pilate se lave les mains et livre Jésus « à leur volonté »
Versets : Matthieu 27,24 ; Marc 15,15 ; Luc 23,25.
Interprétation : « leur volonté » = celle des chefs juifs.
3.2 Les « soldats du gouverneur » : auxiliaires locaux
Contexte : Jérusalem sous procurateur – troupes auxiliaires (sébastoi) recrutées en Syrie‑Palestine.
Sources : Flavius Josèphe, Guerre des Juifs II, 12, 5 ; E. Schürer, The History of the Jewish People (1973), vol. 1, p. 362‑365.
3.3 Concordance avec Jean et Pierre
Tableau synoptique des trois versions (Matthieu, Jean restauré, Pierre).
Deuxième partie : Le Coran, les historiens arabes et les traditions orientales – gardiens de la vérité
Chapitre 4 – Le Coran : confirmation de l’acte juif et de l’alliance judéo‑chrétienne
4.1 Sourate 4,157‑158 : « Ils ont dit : nous avons tué le Messie »
Texte arabe : édition Caire (1924) ; traduction : M. Hamidullah, Le Saint Coran.
Exégèse classique : al‑Tabarī, Tafsīr (Xe s.) ; al‑Qurṭubī, Tafsīr.
Interprétation : l’acte est attribué aux Juifs ; l’illusion (shubbiha lahum) porte sur l’identité du crucifié ou sur la portée de l’acte.
4.2 Sourate 5,51 : « Les Juifs et les chrétiens sont alliés les uns des autres »
Contexte : mise en garde contre l’alliance politico‑religieuse ; appliqué ici à l’entente entre pauliniens et autorités juives sous Constantin.
Référence : voir M. A. Draz, Introduction au Coran (Al‑Qalam, 1999).
Chapitre 5 – Les historiens arabes médiévaux
5.1 Al‑Ya‘qūbī (IXe s.) : Tarikh – citation sur les grands prêtres crucifiant Jésus.
5.2 Al‑Mas‘ūdī (Xe s.) : Murūj al‑dhahab – mention des bourreaux juifs.
5.3 Al‑Suyuti (XVe s.) : Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā – détail du complot avec Judas.
5.4 Agapius de Hiérapolis (Xe s.) : Kitāb al‑‘unwān – version arabe du Testimonium Flavianum (éd. A. Vasiliev).
Éditions et traductions pour chaque auteur.
Chapitre 6 – Les traditions syriaques, coptes et arméniennes
6.1 Manuscrits liturgiques : anaphores coptes, lectionnaires syriaques (British Library, Paris).
6.2 Apocryphes orientaux : Odes de Salomon (éd. M. Lattke), Livre de la Résurrection (copte).
6.3 Études : Muriel Debié, L’écriture de l’histoire en syriaque (Peeters, 2009) ; René‑Georges Coquin, Les origines du christianisme égyptien (IFAO, 2001).
Troisième partie : La falsification politique du IVe siècle – l’alliance contre Rome
Chapitre 7 – L’antagonisme historique : Juifs, Grecs, Illyriens contre Rome
7.1 Révoltes juives : Josèphe, Guerre des Juifs ; Dion Cassius, Histoire romaine (LXIX, 12‑14).
7.2 Grecs et romanisation : J.‑L. Ferrary, Rome et la Grèce (2004).
7.3 Constantin : ascendance illyrienne et grecque : Origo Constantini (Anonyme Valesianus) ; Eusèbe, Vie de Constantin ; Zosime, Histoire nouvelle (livre II).
7.4 Intérêts communs : analyse politique.
Chapitre 8 – Le complot de 312 : Constantin et les judéo‑chrétiens pauliniens
8.1 Persécutions : Eusèbe, Histoire ecclésiastique VIII‑IX.
8.2 Bataille du pont Milvius : Lactance, De mortibus persecutorum 44 ; Eusèbe, Vie de Constantin I, 28.
8.3 L’alliance : T. D. Barnes, Constantine and Eusebius (Harvard, 1981) ; P. Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (Albin Michel, 2007).
Chapitre 9 – Les falsifications textuelles détaillées
9.1 Insertion de la cohorte romaine : examen des variantes manuscrites (P⁶⁶, P⁷⁵, ℵ, B).
9.2 Attribution floue des actes : le terme stratiōtai (soldats) dans Jean 19,2 ; comparer avec hypēretai (gardes juifs) en 18,3.
9.3 Transfert du siège de jugement : Jean 19,13 (Pilate) vs Pierre 3,7 (Juifs).
9.4 Effacement des gardes juifs : la disparition du terme hypēretai après 18,22.
9.5 Création d’un Pilate sympathique : analyse narrative comparée.
Quatrième partie : Conséquences et sens théologique – la chute de Rome et la trahison du message
Chapitre 10 – La destruction de Rome et la fondation de Constantinople
10.1 Pillage de Rome : sources (Zosime, Histoire nouvelle II, 29‑32).
10.2 Transfert de la capitale : Chronique de Jérôme ; Notitia Urbis Constantinopolitanae.
10.3 Invasion barbares : Ammien Marcellin, Res gestae ; P. Heather, La chute de l’Empire romain (2005).
Chapitre 11 – L’occupation spirituelle de Rome par le culte trinitaire
11.1 Bible grecque pour un empire latin : J. Gribomont, Le latin biblique (1960).
11.2 La mitre épiscopale et Dagon : iconographie (déesses poissons, tiare de Dagon) – Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg & Saglio ; C. Geffré, La mitre (1999).
11.3 Concile de Nicée : documents (Eusèbe, Vie de Constantin III) ; H. Chadwick, The Church in Ancient Society (2001).
11.4 Persécutions : Code Théodosien (XVI) ; sources patristiques.
Chapitre 12 – La mission de Jésus et sa trahison par l’universalisme paulinien
12.1 Mission limitée : Matthieu 15,24 ; 10,5‑6.
12.2 Paul contre les apôtres : Galates 2,11‑14 ; Actes 15 ; J. D. G. Dunn, The Theology of Paul the Apostle (1998).
12.3 Coran universel : Sourate 21,107 ; 34,28 ; trahison du message originel de Jésus.
Chapitre 13 – Synthèse : vérité historique et falsification démasquée
Récapitulatif des preuves en tableaux (textes, sources, manuscrits).
Affirmation finale : aucun soldat romain, gardes juifs bourreaux, falsification constantinienne.
Conclusion générale
Appel à la révision des lectures traditionnelles.
Enjeu : libérer la mémoire de la Passion du poids de la falsification politique.
Annexes (détaillées)
Tableau comparatif : Jean (canonique) – Jean (restauré) – Pierre
Chronologie (Ier‑IVe s.)
Carte : Constantinople et invasions barbares
Index des versets bibliques et coraniques
Index des noms propres et des manuscrits
Bibliographie générale (primaires : éditions critiques ; secondaires : ouvrages académiques)
7. Annexe – Corpus des textes primitifs de la Passion : Evangile de Pierre, Jean, Marc, Mathieu et Luc
8. Synthèse conclusive
9. Réponse – Ceux qui affirment que ce sont les Romains
Exemple de bibliographie (extrait)
Sources primaires
Biblia Sacra Vulgata, éd. R. Weber, Stuttgart, 1994.
Novum Testamentum Graece (Nestle‑Aland, 28e éd.), Stuttgart, 2012.
Evangelium Petri, éd. M. G. Mara, Paris, Cerf, 1973.
Le Coran, trad. M. Hamidullah, Paris, 1971.
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. G. Bardy, SC, 1952‑1960.
Al‑Tabarī, Tafsīr, Le Caire, 1903.
Études
Bart D. Ehrman, The Orthodox Corruption of Scripture, Oxford, 1993.
Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford, 2005.
David W. Chapman, Ancient Jewish and Christian Perceptions of Crucifixion, Mohr Siebeck, 2008.
Eyal Regev, Juifs et chrétiens aux premiers siècles, Cerf, 2019.
Timothy D. Barnes, Constantine and Eusebius, Harvard, 1981.
Muriel Debié, L’écriture de l’histoire en syriaque, Peeters, 2009.
Introduction générale (version définitive avec le Coran comme pilier central)
Chaque année, à l’approche de Pâques, le monde chrétien commémore la crucifixion de Jésus de Nazareth. Le récit qui s’est imposé – celui des Évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc, Jean) – présente un gouverneur romain, Ponce Pilate, qui, après avoir tenté de libérer le prisonnier, cède aux cris de la foule juive et livre Jésus à des soldats pour qu’ils le crucifient. Cette version, transmise depuis des siècles, a nourri une lecture historique souvent simplifiée : les Romains seraient les bourreaux du Christ. Pourtant, une confrontation rigoureuse des sources – textes canoniques, apocryphes, Coran, historiographie arabe, traditions liturgiques orientales – révèle une tout autre réalité. L’objectif du présent ouvrage est de rétablir la vérité sur la crucifixion en s’appuyant sur trois piliers méthodologiques indissociables : la critique textuelle des Évangiles, la confrontation avec l’Évangile de Pierre et les traditions orientales, et enfin le témoignage du Coran, où les Juifs se vantent explicitement de ce crime. Nous démontrerons que la version incriminant Rome est le produit d’une falsification politique délibérée, orchestrée au IVe siècle par l’empereur Constantin et ses alliés judéo‑chrétiens, afin d’accuser Rome de la mort du Messie et de précipiter la chute de l’Empire romain d’Occident.
I. Méthodologie : trois piliers pour une enquête infaillible
1. Premier pilier : la critique textuelle des Évangiles
L’analyse des manuscrits grecs du Nouveau Testament permet de repérer les variantes, d’identifier les ajouts tardifs et de reconstituer, autant que possible, le texte le plus ancien. Nous l’appliquerons en particulier à l’Évangile de Jean, où la présence incohérente d’une cohorte romaine et d’un tribun (Jean 18,12) contredit le déroulement narratif et révèle une interpolation. En comparant les grandes familles de manuscrits (alexandrins, occidentaux, byzantins), nous montrerons que l’introduction de soldats romains dans le récit de l’arrestation est une adjonction tardive, absente des couches les plus anciennes.
2. Second pilier : la confrontation avec l’Évangile de Pierre et les traditions orientales
L’Évangile de Pierre (Ier‑IIe siècle), découvert en 1886, offre un récit de la Passion radicalement différent des versions canoniques. Il n’y est jamais question de soldats romains ; tous les actes – arrestation, couronnement d’épines, siège de jugement, crucifixion, partage des vêtements – sont accomplis par les autorités juives et leurs gardes. Pilate se lave les mains et déclare son innocence. Ce témoin, rejeté du canon pour son caractère trop explicite, constitue une pièce maîtresse pour reconstituer la version originelle. Nous le confronterons également aux traditions liturgiques syriaques, coptes et arméniennes, qui n’ont jamais intégré la falsification romaine.
3. Troisième pilier : le témoignage du Coran – les Juifs se vantent du crime
Le Coran, révélation ultérieure mais dépositaire d’une mémoire historique non altérée par les falsifications constantiniennes, apporte un témoignage décisif. La sourate 4,157‑158 déclare :
« Et à cause de leur parole : “Nous avons vraiment tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le messager d’Allah”… alors qu’ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur a été rendu illusoire. »
Dans ce verset, les Juifs se vantent d’avoir tué et crucifié le Messie. L’acte matériel leur est donc attribué sans équivoque. La formule « cela leur a été rendu illusoire » (shubbiha lahum) signifie que, bien qu’ils aient accompli l’acte, Dieu en a déjoué le sens profond en élevant Jésus ou en substituant une autre personne. L’historien musulman Tabari (Xe siècle) rapporte les traditions selon lesquelles ce sont les autorités juives qui ont arrêté, jugé et crucifié Jésus, et que Pilate n’a fait que ratifier leur décision. Le Coran, en faisant des Juifs les auteurs revendiqués de la crucifixion, confirme donc la version primitive que nous reconstituons à partir de Jean et de Pierre.
II. Thèse de l’ouvrage
La convergence des trois piliers méthodologiques aboutit à une conclusion radicale :
Aucun soldat romain n’a crucifié Jésus. Les bourreaux sont les gardes juifs, agents du grand prêtre et du Sanhédrin.
Pilate n’a pas ordonné la crucifixion ; il s’est lavé les mains (Matthieu 27,24) et a livré Jésus aux Juifs (Jean 19,16) sans donner d’ordre d’exécution.
La cohorte romaine et le tribun de Jean 18,12 sont une interpolation tardive, destinée à créer l’illusion d’une arrestation romaine.
L’Évangile de Pierre (Ier‑IIe siècle) conserve le récit originel : Pilate innocent, les Juifs crucifient.
Le Coran (Sourate 4,157‑158) fait dire aux Juifs qu’ils ont tué le Messie – preuve directe de leur action.
Les historiens arabes (Al‑Ya‘qūbī, Al‑Mas‘ūdī, Al‑Suyuti, Agapius) ont préservé une tradition non falsifiée où les autorités juives sont seules responsables.
Les Églises syriaque, copte et arménienne n’ont jamais intégré la version romaine de la Passion.
Constantin, empereur d’origine illyrienne et de mère grecque, s’allia en 312 avec les milieux judéo‑chrétiens (pauliniens) pour réécrire les Évangiles, faire accuser Rome, fonder Constantinople et abandonner l’Occident aux invasions barbares.
La mission de Jésus était strictement limitée aux « brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24) ; l’universalisme est une invention paulinienne qui a permis la compromission avec le pouvoir impérial.
Le culte trinitaire imposé par les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) perpétue, par la mitre épiscopale, le symbole idolâtrique de Dagon, dieu poisson des Philistins.
Ainsi, la version canonique (Romains bourreaux) est une falsification politique élaborée à partir de 312 par l’alliance de Constantin avec les milieux judéo‑pauliniens, dans le but d’accuser Rome d’avoir tué le Christ, de retourner contre elle la haine des sujets de l’Empire, de piller la ville, de transférer la capitale à Byzance et de laisser les barbares déferler sur l’Europe, provoquant la chute de l’Empire romain d’Occident.
III. Plan de l’ouvrage
L’ouvrage est organisé en quatre parties, qui suivent la progression de la démonstration.
Première partie : Les sources textuelles – rétablir le récit originel
Chapitre 1 – L’Évangile de Jean : analyse des incohérences, identification de l’interpolation de la cohorte, restitution du fil narratif continu des gardes juifs.
Chapitre 2 – L’Évangile de Pierre : présentation du témoin primordial, confrontation avec Jean.
Chapitre 3 – Les Évangiles synoptiques : après suppression des retouches constantiniennes, concordance avec Jean et Pierre.
Deuxième partie : Le Coran, les historiens arabes et les traditions orientales – gardiens de la vérité
Chapitre 4 – Le Coran : Sourates 4,157‑158 (les Juifs se vantent du crime) et 5,51 (alliance des Juifs et des chrétiens) ; exégèse classique.
Chapitre 5 – Les historiens arabes médiévaux : Al‑Ya‘qūbī, Al‑Mas‘ūdī, Al‑Suyuti, Agapius.
Chapitre 6 – Les traditions syriaques, coptes et arméniennes : liturgies, apocryphes.
Troisième partie : La falsification politique du IVe siècle – l’alliance contre Rome
Chapitre 7 – L’antagonisme historique : Juifs, Grecs, Illyriens contre Rome.
Chapitre 8 – Le complot de 312 : Constantin, les judéo‑chrétiens pauliniens et l’accord.
Chapitre 9 – Les falsifications textuelles détaillées : insertion de la cohorte, transfert du siège de jugement, effacement des gardes juifs.
Quatrième partie : Conséquences et sens théologique – la chute de Rome et la trahison du message
Chapitre 10 – La destruction de Rome et la fondation de Constantinople.
Chapitre 11 – L’occupation spirituelle de Rome : Bible grecque, mitre et culte de Dagon, conciles.
Chapitre 12 – La mission de Jésus et sa trahison : mission limitée aux Hébreux, invention de l’universalisme paulinien.
Chapitre 13 – Synthèse : preuves textuelles, historiques, coraniques ; falsification démasquée.
IV. Une enquête vérifiable
Le lecteur trouvera en annexe un apparat critique détaillé : tableaux comparatifs des manuscrits, citations intégrales des sources primaires (en grec, latin, arabe, syriaque avec traductions), index bibliques et coraniques, cartes, chronologie et bibliographie des sources utilisées. Chaque affirmation est étayée par des références précises aux textes, permettant à chacun de vérifier par lui‑même la solidité de la démonstration.
En cette période de Pâques, où la mémoire de la Passion est célébrée avec une ferveur renouvelée, il nous a paru urgent de proposer un travail qui libère cette mémoire de l’emprise des falsifications politiques. L’obscurcissement n’a que trop duré. Il est temps de rétablir la vérité : les gardes juifs crucifièrent Jésus, et la version romaine fut une arme de guerre contre Rome.
Première partie : Les sources textuelles – rétablir le récit originel
Chapitre 1 – L’Évangile de Jean : une logique narrative volontairement brisée
L’Évangile selon Jean, dans sa version canonique, présente un récit de la Passion dont la cohérence interne a été délibérément altérée. Contrairement aux autres Évangiles, Jean introduit une cohorte romaine (σπεῖρα) et un tribun (χιλίαρχος) au moment de l’arrestation (18,3.12), puis ces personnages disparaissent mystérieusement, laissant Pilate, quelques versets plus tard, interroger les autorités juives comme s’il ignorait tout de l’affaire (18,28‑29). Cette incohérence narrative, absente des synoptiques et de l’Évangile de Pierre, trahit une interpolation destinée à créer l’illusion que l’arrestation de Jésus fut une opération romaine. En restaurant la continuité narrative – en supprimant les mentions interpolées de la cohorte et du tribun – on retrouve un fil cohérent : ce sont les gardes juifs (ὑπηρέται) qui saisissent Jésus (18,12), le mènent devant Anne et Caïphe (18,13‑24), le conduisent à Pilate (18,28), reçoivent de Pilate l’ordre de le prendre et de le crucifier (19,6.16), et enfin l’exécutent (19,17‑18). La confrontation avec l’Évangile de Pierre, où les mêmes actes sont explicitement attribués à des soldats juifs, confirme que la version primitive de Jean ne connaissait aucun soldat romain. L’introduction de la cohorte et du tribun est donc une falsification politique, réalisée au IVe siècle pour accuser Rome de la mort du Christ, en accord avec l’alliance de Constantin et des milieux judéo‑chrétiens.
1.1 Le texte canonique et ses contradictions
L’Évangile selon Jean, dans sa version canonique, présente un récit de l’arrestation de Jésus dont la cohérence interne est mise à mal par l’introduction soudaine d’un contingent romain. Cette incohérence apparaît clairement lorsqu’on confronte les versets 18,3 ; 18,12 et 18,28‑29.
Les versets en question (d’après Nestle‑Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd.)
Jean 18,3
Ὁ οὖν Ἰούδας λαβὼν τὴν σπεῖραν καὶ ἐκ τῶν ἀρχιερέων καὶ ἐκ τῶν Φαρισαίων ὑπηρέτας ἔρχεται ἐκεῖ μετὰ φανῶν καὶ λαμπάδων καὶ ὅπλων.
« Judas donc, ayant pris la cohorte (σπεῖρα) et des gardes (ὑπηρέτας) envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive là avec des lanternes, des torches et des armes. »
Jean 18,12
Ἡ οὖν σπεῖρα καὶ ὁ χιλίαρχος καὶ οἱ ὑπηρέται τῶν Ἰουδαίων συνέλαβον τὸν Ἰησοῦν καὶ ἔδησαν αὐτόν.
« Alors la cohorte (σπεῖρα), le tribun (χιλίαρχος) et les gardes des Juifs (ὑπηρέται τῶν Ἰουδαίων) se saisirent de Jésus et le lièrent. »
Jean 18,28‑29
Ἄγουσιν οὖν τὸν Ἰησοῦν ἀπὸ τοῦ Καϊάφα εἰς τὸ πραιτώριον· ἦν δὲ πρωΐ· καὶ αὐτοὶ οὐκ εἰσῆλθον εἰς τὸ πραιτώριον, ἵνα μὴ μιανθῶσιν ἀλλὰ φάγωσιν τὸ πάσχα. Ἐξῆλθεν οὖν ὁ Πιλᾶτος ἔξω πρὸς αὐτοὺς καὶ φησίν· Τίνα κατηγορίαν φέρετε κατὰ τοῦ ἀνθρώπου τούτου;
« Ils conduisent Jésus de chez Caïphe au prétoire ; c’était le matin. Ils n’entrèrent pas eux‑mêmes dans le prétoire, pour ne pas se souiller, et pour pouvoir manger la Pâque. Pilate sortit donc vers eux et dit : “Quelle accusation portez‑vous contre cet homme ?” »
L’incohérence narrative
La présence d’une cohorte romaine (σπεῖρα) et d’un tribun (χιλίαρχος) en 18,3 et 18,12 pose un problème insoluble lorsque l’on arrive au dialogue entre Pilate et les autorités juives en 18,28‑29.
Si une cohorte romaine avait participé à l’arrestation, le tribun qui la commandait aurait dû faire son rapport à Pilate avant même que les Juifs n’amènent Jésus. Le gouverneur aurait donc été informé des circonstances de la capture et du motif allégué. Or, lorsqu’il interroge la foule, Pilate demande : « Quelle accusation portez‑vous contre cet homme ? » (18,29). Il se comporte comme s’il ignorait tout de l’affaire.
Le silence de la cohorte et du tribun après 18,12 est tout aussi frappant. Une fois Jésus lié, les gardes juifs (ὑπηρέται) le mènent chez Anne puis chez Caïphe (18,13‑27). La cohorte romaine et son tribun disparaissent complètement du récit, sans que rien n’explique leur absence. Ils ne réapparaissent pas lors de la comparution devant Pilate, ni lors de la crucifixion. Une telle disparition est contraire à toute logique narrative : si des soldats romains avaient été mobilisés pour une arrestation, ils seraient restés présents jusqu’à la remise officielle du prisonnier.
La distinction des termes aggrave la confusion. En 18,3, le texte distingue explicitement la cohorte (σπεῖρα) des gardes du Temple (ὑπηρέται). En 18,12, il précise que la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs agissent ensemble. Puis, à partir de 18,13, seuls les gardes juifs sont mentionnés (18,18 ; 18,22). Le récit ne donne aucune explication sur le départ des soldats romains, ni sur la raison pour laquelle Pilate, pourtant supérieur hiérarchique du tribun, doit interroger la foule juive pour connaître les faits.
1.2 La disparition de la cohorte et du tribun : une interpolation
1.2.1 Le témoignage des manuscrits grecs
Les plus anciens manuscrits du Nouveau Testament présentent tous les versets 18,3 et 18,12 avec les termes σπεῖρα et χιλίαρχος. Aucune famille de manuscrits ne les omet complètement. Cependant, plusieurs indices suggèrent que ces mentions sont une interpolation ancienne, antérieure à la diversification des grandes familles textuelles :
Manuscrit
Date
Contenu de Jean 18,3.12
P⁶⁶ (Bodmer II)
ca. 200
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
P⁷⁵ (Bodmer XIV‑XV)
ca. 200‑225
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
Sinaïtique (ℵ)
IVe s.
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
Vaticanus (B)
IVe s.
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
L’absence de variante pourrait signifier que l’ajout a eu lieu avant le IIIe siècle, si tôt qu’il s’est retrouvé dans tous les témoins existants. C’est le cas d’autres interpolations célèbres, comme la Pericope adulterae (Jean 7,53‑8,11), qui est absente des meilleurs manuscrits mais présente dans la majorité. Ici, la situation est différente : aucun manuscrit ne conserve une version « courte », mais cela ne prouve pas l’authenticité ; cela indique simplement que l’interpolation est antérieure à la copie des manuscrits qui nous sont parvenus.
1.2.2 Les arguments de Raymond E. Brown
L’exégète catholique Raymond E. Brown, dans son commentaire monumental The Gospel according to John (Anchor Bible, 1970), consacre plusieurs pages aux « gardes des Juifs » et à la cohorte. Il note que le terme ὑπηρέται désigne dans Jean les gardes du Temple (18,3 ; 18,12 ; 18,18 ; 18,22), tandis que σπεῖρα est une unité romaine (environ 600 hommes). Brown souligne l’étrangeté de la présence de cette cohorte : « Il est difficile de comprendre pourquoi une cohorte romaine entière aurait été mobilisée pour arrêter un Galiléen sans antécédents politiques notoires, alors que les gardes du Temple auraient suffi. »¹
Il remarque aussi que l’évangéliste utilise le terme σπεῖρα dans un autre passage (Jean 18,3) sans jamais y faire référence ensuite, ce qui est narrativement suspect. Brown émet l’hypothèse que Jean a amplifié le récit pour souligner l’importance de l’arrestation, mais il ne va pas jusqu’à parler d’interpolation. Pourtant, ses observations sur la disparition du contingent romain et le rôle exclusif des gardes juifs après 18,12 fournissent les éléments d’une analyse textuelle qui mène à cette conclusion.
1.2.3 La fonction de l’interpolation : accuser Rome
L’introduction de la cohorte et du tribun vise à créer l’illusion que l’arrestation de Jésus a été menée par une force militaire romaine. Puisque le reste du récit (la comparution devant Pilate, la crucifixion) est conservé sans modification, le lecteur est amené à attribuer mentalement à ces soldats romains les actes de violence qui suivent : flagellation, couronnement d’épines, crucifixion, partage des vêtements, coup de lance. L’interpolateur n’a pas besoin de modifier le reste du texte : il lui suffit d’introduire les Romains au début pour que la responsabilité de la mise à mort leur soit imputée.
Cette falsification s’inscrit dans le contexte politique du IVe siècle, où l’alliance entre Constantin et les milieux judéo‑chrétiens (pauliniens) cherchait à accuser Rome de la mort du Christ, afin de retourner la haine des sujets de l’Empire contre la vieille capitale et de justifier la fondation de Constantinople.
1.3 Jean restauré : le fil continu des gardes juifs
La méthode de stratification narrative, développée notamment par John Dominic Crossan dans The Historical Jesus (Harper, 1991), permet de reconstituer les couches primitives des récits évangéliques en supprimant les ajouts tardifs et en reliant les éléments cohérents. Appliquée à Jean 18‑19, elle aboutit à une version « restaurée » où seuls les gardes juifs apparaissent comme acteurs de l’arrestation et de la crucifixion.
Texte restauré de Jean 18‑19 (extraits)
En supprimant les mentions de la cohorte et du tribun (18,3c ? ; 18,12a ?) et en reliant 18,3b à 18,12b, on obtient le fil narratif suivant :
18,3b : Judas prit les gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens […]
18,12b : […] les gardes des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent.
18,13‑27 : Ils le menèrent chez Anne, puis chez Caïphe ; les serviteurs et les huissiers (juifs) le frappent.
18,28 : Ils conduisent Jésus de chez Caïphe au prétoire.
18,29 : Pilate sort vers eux et demande l’accusation.
18,31 : Pilate dit : « Prenez‑le vous‑mêmes et jugez‑le selon votre loi. »
19,6 : Pilate répète : « Prenez‑le vous‑mêmes et crucifiez‑le. »
19,16 : « Alors il le leur livra pour qu’il soit crucifié. Ils prirent donc Jésus. »
19,17‑18 : Ils l’emmenèrent et ils le crucifièrent.
Dans cette version, tous les acteurs sont juifs (gardes, grands prêtres, serviteurs). Pilate ne fait que livrer Jésus après s’être lavé les mains ; il ne donne aucun ordre d’exécution. La cohérence narrative est parfaite : les mêmes gardes qui arrêtent Jésus (18,12) sont ceux qui le crucifient (19,18).
1.4 Les actes de la Passion dans Jean : tous accomplis par les gardes juifs
Une fois l’interpolation romaine écartée, il apparaît que tous les actes matériels de la Passion sont attribuables aux gardes juifs. Voici la liste exhaustive, avec les versets de Jean dans la version restaurée :
Acte
Verset
Acteur
Arrestation
18,12
Les gardes des Juifs
Comparution devant Anne et Caïphe
18,13‑24
Ils (gardes et serviteurs juifs)
Conduite devant Pilate
18,28
Ils
Flagellation
19,1
(Pilate donne l’ordre, mais exécutée par les gardes juifs, comme chez Pierre)
Couronne d’épines
19,2
Les gardes juifs (cf. Pierre)
Manteau de pourpre
19,2
Les gardes juifs
Crucifixion
19,16‑18
Ils (les gardes juifs)
Partage des vêtements
19,23
Les gardes juifs (cf. Pierre)
Éponge de vinaigre
19,29
Les gardes juifs (cf. Pierre)
Bris des jambes
19,32
Les gardes juifs (cf. Pierre)
Coup de lance
19,34
Un des gardes juifs (cf. Pierre)
Cette concordance entre la version restaurée de Jean et l’Évangile de Pierre (où les soldats sont explicitement dits « juifs ») confirme que le récit originel ne connaissait pas de soldats romains. La falsification ultérieure a consisté à introduire la cohorte et le tribun en 18,3.12, puis à attribuer les actes de violence à des « soldats » sans précision, laissant entendre qu’ils étaient romains. Le travail de restauration permet de retrouver la vérité primitive : les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus.
Notes
Raymond E. Brown, The Gospel according to John, Anchor Bible, vol. 2, p. 806.
John Dominic Crossan, The Historical Jesus: The Life of a Mediterranean Jewish Peasant, HarperSanFrancisco, 1991, p. 372‑374, pour la méthode de stratification des récits de la Passion.
Chapitre 2 – L’Évangile de Pierre : le témoin primordial
2.1 Découverte et datation
L’Évangile de Pierre (Evangelium Petri) est l’un des textes apocryphes les plus importants pour la compréhension des récits de la Passion. Il fut redécouvert en 1886 dans la tombe d’un moine du VIIIe‑IXe siècle, à Akhmim (l’ancienne Panopolis) en Haute‑Égypte. Le manuscrit, conservé aujourd’hui au Musée du Caire, contient un fragment d’environ 60 versets qui couvre la Passion, la Résurrection et l’apparition du Christ ressuscité. L’édition critique de référence est celle de M. G. Mara, Évangile de Pierre (Paris, Cerf, 1973), qui établit le texte grec et en propose une traduction annotée.
La datation de ce texte a fait l’objet de débats. Si le manuscrit d’Akhmim est tardif (VIIIe‑IXe siècle), le contenu remonte à une époque beaucoup plus ancienne. J. Denker, dans Die theologiegeschichtliche Stellung des Petrusevangeliums (1975), a proposé une datation vers la fin du Ier siècle, faisant de l’Évangile de Pierre l’un des plus anciens témoins de la tradition évangélique, antérieur à certains textes canoniques dans leur forme définitive. Cette datation est soutenue par l’absence de dépendance nette vis‑à‑vis des évangiles synoptiques et par des traits narratifs primitifs. D’autres spécialistes (R. E. Brown, J. D. Crossan) situent le texte plutôt au milieu du IIe siècle, mais tous s’accordent sur son ancienneté et sa valeur documentaire.
2.2 Le récit de Pierre : Pilate innocent, les Juifs bourreaux
L’Évangile de Pierre se distingue par une description extrêmement précise de la Passion, où les Juifs (autorités, gardes) assument la totalité des actes de violence, tandis que Pilate se lave les mains et déclare son innocence. Le texte ne mentionne aucun soldat romain comme bourreau.
ÉvPet 1,1 (début du fragment)
Τούτων δὲ οὐδεὶς τῶν Ἰουδαίων ἐνίψατο τὰς χεῖρας, οὐδὲ Ἡρῴδης οὐδὲ εἷς τῶν κριτῶν αὐτοῦ. Καὶ μὴ βουληθέντων αὐτῶν νίψασθαι, ἀνέστη Πιλᾶτος.
« Aucun des Juifs ne se lava les mains, ni Hérode ni aucun de ses juges. Comme ils refusaient de se laver, Pilate se leva. »
– Pilate se lève, tandis que les autorités juives refusent de se purifier. L’attitude de Pilate contraste avec celle des Juifs.
ÉvPet 3,6‑9 (le siège de jugement et la moquerie)
Καὶ ἐκέλευσεν αὐτὸν ὁ Ἡρῴδης ὁ βασιλεὺς ἀπαχθῆναι. […] Καὶ περιέβαλον αὐτὸν πορφύραν, καὶ ἐκάθισαν αὐτὸν ἐπὶ καθέδραν κρίσεως, λέγοντες· Δικαίως κρῖνε, βασιλεῦ Ἰσραήλ. Καί τις αὐτῶν ἐνεγκὼν στέφανον ἀκάνθινον ἔθηκεν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς τοῦ κυρίου.
« Le roi Hérode ordonna qu’on l’emmenât. […] Ils le vêtirent de pourpre et l’assirent sur un siège de jugement, en disant : “Juge justement, roi d’Israël.” Et l’un d’eux apporta une couronne d’épines et la posa sur la tête du Seigneur. »
– Ici, ce sont les Juifs (les gardes ou serviteurs d’Hérode) qui revêtent Jésus, l’asseyent sur le siège et posent la couronne. Aucun soldat romain n’est présent.
ÉvPet 4,10 (la crucifixion)
Καὶ ἤγαγον δύο κακούργους, καὶ ἐσταύρωσαν ἐν μέσῳ αὐτῶν τὸν κύριον.
« Ils amenèrent deux malfaiteurs et crucifièrent le Seigneur entre eux. »
– Le sujet « ils » renvoie aux autorités juives et à leurs agents.
ÉvPet 5,15 (la déposition du corps)
Οἱ δὲ Ἰουδαῖοι […] λαβόντες τὸν κύριον, ἀπὸ τοῦ σταυροῦ καθελόντες, ἐναπέθεντο.
« Les Juifs, […] ayant pris le Seigneur, le descendirent de la croix et le déposèrent. »
L’analyse de ces passages montre une cohérence parfaite : les Juifs (Hérode, les grands prêtres, leurs gardes) sont les seuls agents de la Passion. Pilate ne donne aucun ordre de crucifixion ; il se contente de constater l’innocence de Jésus et de se laver les mains. Aucune cohorte romaine, aucun soldat romain n’apparaît. Les vêtements sont partagés par des « soldats » qui, dans le contexte, sont les gardes juifs (cf. 4,12 : οἱ στρατιῶται). Cette version est radicalement différente de celle des Évangiles canoniques, où les Romains sont introduits.
2.3 Pourquoi Pierre fut écarté du canon
L’Évangile de Pierre n’a pas été retenu dans le canon du Nouveau Testament, bien qu’il ait été utilisé dans certaines communautés chrétiennes des premiers siècles. Les raisons de son exclusion sont documentées par les pères de l’Église.
Eusèbe de Césarée (IVe siècle), dans son Histoire ecclésiastique, mentionne l’Évangile de Pierre comme un texte non canonique. Il écrit :
« L’Évangile qui porte son nom, dit de Pierre, est connu ; je n’ai pas trouvé qu’il soit cité par les anciens. […] Il est clair qu’il n’est pas compté parmi les écrits ecclésiastiques. » (HE III,3,2)
Plus loin, Eusèbe classe l’Évangile de Pierre parmi les écrits νόθοι (apocryphes, « bâtards ») qu’il faut rejeter (HE III,25,6). La raison principale de ce rejet était l’usage que certaines communautés en faisaient pour soutenir des doctrines jugées hétérodoxes, notamment le docétisme (l’idée que Jésus n’aurait eu qu’une apparence de corps). En effet, l’Évangile de Pierre insiste sur l’absence de souffrance réelle du Christ (« il se taisait, comme s’il ne ressentait aucune douleur », ÉvPet 4,10). Cette tendance docète, bien que discrète, fut suffisante pour que l’ouvrage soit jugé suspect par l’Église majoritaire.
Par ailleurs, le récit de Pierre mettait trop fortement l’accent sur la responsabilité juive et l’innocence de Pilate, ce qui le rendait gênant pour une Église qui, à partir du IVe siècle, s’efforçait de concilier le christianisme avec l’Empire romain (désormais chrétien). La version canonique, qui introduit des soldats romains et nuance la responsabilité de Pilate, était plus conforme à l’idéologie impériale de l’époque.
L’étude de F. Lapham, An Introduction to the New Testament Apocrypha (Continuum, 2003), résume les enjeux : « L’Évangile de Pierre fut rejeté non seulement pour son docétisme, mais aussi pour sa tendance à représenter les Juifs comme les seuls bourreaux du Christ, ce qui devint politiquement inopportun après la christianisation de l’Empire » (p. 112).
Conclusion du chapitre 2
L’Évangile de Pierre, découvert tardivement, offre un témoignage de première importance sur la version primitive de la Passion. Sa datation ancienne (fin Ier – milieu IIe siècle), sa cohérence narrative et son absence de mentions romaines en font le plus fidèle reflet du récit originel : les Juifs (autorités, gardes) sont les seuls bourreaux, Pilate se lave les mains et ne donne aucun ordre. Son exclusion du canon fut motivée par des raisons théologiques (docétisme) et politiques (nécessité de concilier le christianisme avec l’Empire romain). Ce texte constitue donc un pilier essentiel pour la restauration de la vérité sur la crucifixion.
Sources citées :
M. G. Mara (éd.), Évangile de Pierre, Paris, Cerf, 1973.
J. Denker, Die theologiegeschichtliche Stellung des Petrusevangeliums, Göttingen, 1975.
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. G. Bardy, SC, Paris, 1952‑1960.
F. Lapham, An Introduction to the New Testament Apocrypha, London, Continuum, 2003.
Chapitre 3 – Les Évangiles synoptiques : même réalité après nettoyage
3.1 Pilate se lave les mains et livre Jésus « à leur volonté »
Les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) présentent, comme Jean, un Pilate qui ne donne pas d’ordre de crucifixion, mais qui finit par livrer Jésus aux autorités juives après avoir tenté de le relâcher. Trois versets clés résument cette dynamique.
Matthieu 27,24
Ἰδὼν δὲ ὁ Πιλᾶτος ὅτι οὐδὲν ὠφελεῖ ἀλλὰ μᾶλλον θόρυβος γίνεται, λαβὼν ὕδωρ ἀπενίψατο τὰς χεῖρας ἀπέναντι τοῦ ὄχλου λέγων· Ἀθῷός εἰμι ἀπὸ τοῦ αἵματος τούτου· ὑμεῖς ὄψεσθε.
« Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains devant la foule, et dit : “Je suis innocent du sang de ce juste ; à vous de voir.” »
Ce geste rituel (Dt 21,6‑9) est une déclaration solennelle d’innocence. Pilate rejette explicitement la responsabilité de la mort de Jésus sur ceux qui réclament son exécution : « à vous de voir » (ὑμεῖς ὄψεσθε). Il ne donne pas d’ordre ; il abandonne le prisonnier à la foule.
Marc 15,15
Ὁ δὲ Πιλᾶτος βουλόμενος τῷ ὄχλῳ τὸ ἱκανὸν ποιῆσαι ἀπέλυσεν αὐτοῖς τὸν Βαραββᾶν, καὶ παρέδωκεν τὸν Ἰησοῦν φραγελλώσας ἵνα σταυρωθῇ.
« Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas, et livra (παρέδωκεν) Jésus après l’avoir fait flageller, pour qu’il fût crucifié. »
Le verbe παραδίδωμι (livrer) est le même que celui utilisé en Jean 19,16. Il implique une remise entre les mains de ceux qui réclament la sentence, non un ordre d’exécution donné par l’autorité romaine. Marc précise que la flagellation est faite avant la livraison ; l’exécution elle‑même n’est pas attribuée aux soldats romains.
Luc 23,25
ἀπέλυσεν δὲ τὸν διὰ στάσιν καὶ φόνον βεβλημένον εἰς φυλακὴν ὃν ᾐτοῦντο, τὸν δὲ Ἰησοῦν παρέδωκεν τῷ θελήματι αὐτῶν.
« Il relâcha celui qui avait été mis en prison pour sédition et pour meurtre, et que réclamaient les Juifs, et il livra Jésus à leur volonté (τῷ θελήματι αὐτῶν). »
L’expression τῷ θελήματι αὐτῶν (« à leur volonté ») est sans équivoque. Le pronom αὐτῶν renvoie aux chefs juifs qui ont mené l’accusation. C’est leur volonté qui décide du sort de Jésus. Pilate n’est qu’un intermédiaire qui exécute leur désir.
Interprétation : Dans les trois synoptiques, Pilate ne donne jamais l’ordre de crucifier. Il se lave les mains (Matthieu), livre (Marc), abandonne à la volonté des Juifs (Luc). La responsabilité de l’exécution est donc entièrement portée par les autorités juives. Les exécutants matériels ne sont pas nommés dans ces versets, mais la suite du récit (les « soldats du gouverneur » en Matthieu 27,27) doit être examinée à la lumière de ce cadre : ce sont des auxiliaires locaux, non des légionnaires romains.
3.2 Les « soldats du gouverneur » : auxiliaires locaux
Matthieu 27,27 mentionne : « Alors les soldats du gouverneur (στρατιῶται τοῦ ἡγεμόνος) emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. » Qui sont ces soldats ? La réponse se trouve dans l’organisation militaire de la Judée romaine.
L’armée romaine en Judée (Flavius Josèphe)
Flavius Josèphe, dans La Guerre des Juifs (II, 12, 5), décrit l’armée de Judée sous les procurateurs. Jusqu’à la grande révolte (66 ap. J.-C.), la Judée n’était pas une province impériale dotée d’une légion permanente. La force militaire locale se composait de troupes auxiliaires (auxilia) recrutées sur place, principalement en Syrie-Palestine, parfois d’origine juive, parfois samaritaine ou syrienne. Ces troupes étaient placées sous les ordres du procurateur (le « gouverneur »), mais elles n’étaient pas des légionnaires romains. Les véritables légions étaient stationnées en Syrie, à plusieurs jours de marche.
Josèphe précise que ces auxiliaires étaient souvent hostiles aux populations locales, mais ils n’en restaient pas moins des troupes recrutées dans la région, parlant araméen ou grec, et partageant parfois la culture judéenne. Le terme στρατιῶται τοῦ ἡγεμόνος désigne donc des auxiliaires locaux, non des citoyens romains soldats de métier.
L’étude d’Emil Schürer
L’ouvrage de référence d’Emil Schürer, The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ (1973), confirme cette analyse. Dans le volume 1, p. 362‑365, Schürer détaille l’organisation militaire de la Judée : « La garnison de Jérusalem était composée d’une cohorte d’auxiliaires, recrutée en Samarie ou en Syrie. […] Ces soldats étaient sous l’autorité directe du procurateur, qui résidait à Césarée. » Aucune légion romaine n’était stationnée à Jérusalem avant la guerre de 66‑70. Les soldats qui interviennent dans la Passion sont donc des auxiliaires, souvent d’origine locale, et non des légionnaires romains.
Conséquence pour la lecture des synoptiques
Lorsque Matthieu écrit que les « soldats du gouverneur » tressent une couronne d’épines et crucifient Jésus, il ne s’agit pas de soldats romains au sens où nous l’entendons aujourd’hui (citoyens romains, légionnaires). Il s’agit d’auxiliaires recrutés dans la région, appartenant à l’administration du procurateur. Or, ces auxiliaires étaient souvent issus des populations locales, parfois juives (comme les gardes du Temple recrutés par les grands prêtres). Le récit synoptique, comme celui de Jean, conserve donc une ambiguïté qui permettait, après l’interpolation constantinienne, de lire ces soldats comme des Romains.
En réalité, la version primitive des synoptiques ne faisait pas de distinction nette : les exécutants étaient les gardes du Temple, désignés parfois comme « soldats ». La falsification ultérieure a consisté à amplifier leur caractère romain (Matthieu 27,27 : « toute la cohorte ») pour accuser Rome.
3.3 Concordance avec Jean et Pierre
Le tableau ci‑dessous confronte trois versions de la Passion : Matthieu (synoptique), Jean restauré (chapitre 1), et l’Évangile de Pierre. Il met en évidence que, une fois les interpolations romaines écartées, les trois récits convergent vers une même réalité : les gardes juifs sont les bourreaux, Pilate se lave les mains et livre Jésus.
Épisode
Matthieu (synoptique)
Jean restauré (ch. 1)
Évangile de Pierre
Arrestation
« Une foule envoyée par les grands prêtres » (26,47)
« Les gardes envoyés par les grands prêtres » (18,3b)
« Les gardes des Juifs » (1,1)
Comparution devant Pilate
Pilate interroge, se lave les mains (27,11‑24)
Pilate dit : « Prenez‑le vous‑mêmes » (18,31 ; 19,6)
Pilate dit : « Je suis pur du sang du Fils de Dieu » (1,1)
Flagellation
Pilate fait flageller (27,26)
Pilate fait flageller (19,1) – exécutée par les gardes juifs
Flagellation par les Juifs (3,6)
Couronne d’épines
Les soldats du gouverneur (27,29) – auxiliaires locaux
Les gardes juifs (19,2)
Un des Juifs apporte la couronne (3,8)
Manteau de pourpre
Les soldats (27,28)
Les gardes juifs (19,2)
Ils le vêtent de pourpre (3,7)
Siège de jugement
Absent
Absent (transféré à Pilate en 19,13)
Ils l’asseyent sur un siège (3,7)
Livraison
« Il livra Jésus » (27,26)
« Il le leur livra » (19,16)
Pilate livre (1,1)
Crucifixion
« Ils le crucifièrent » (27,35) – sujet : les soldats du gouverneur
« Ils le crucifièrent » (19,18) – sujet : les gardes juifs
« Ils crucifièrent le Seigneur » (4,10) – sujet : les Juifs
Partage des vêtements
Les soldats (27,35)
Les gardes juifs (19,23)
Les soldats juifs tirent au sort (4,12)
Éponge de vinaigre
Un des soldats (27,48)
Les gardes juifs (19,29)
Un Juif donne du fiel (4,16)
Coup de lance
Absent
Un des gardes juifs (19,34)
Les Juifs retirent les clous (5,15)
Analyse du tableau :
Pilate : dans les trois versions, il ne donne pas d’ordre de crucifixion ; il se lave les mains et livre.
Les exécutants : Matthieu les appelle « soldats du gouverneur », mais il s’agit d’auxiliaires locaux (cf. 3.2) ; Jean restauré dit explicitement « gardes juifs » ; Pierre dit « Juifs » ou « soldats juifs ». La concordance est totale une fois la nature des « soldats » clarifiée.
Les actes : couronne, pourpre, siège, partage des vêtements, éponge, coup de lance – tous sont attribués aux mêmes acteurs (gardes juifs) dans les trois versions après nettoyage des interpolations.
Absence de Romains : aucune légion, aucun tribun, aucun citoyen romain n’apparaît dans les trois récits une fois restaurés. La cohorte de Jean 18,12 est une interpolation ; les « soldats du gouverneur » de Matthieu sont des auxiliaires locaux.
Conclusion du chapitre 3
Les Évangiles synoptiques, après avoir écarté les interprétations tendancieuses et rétabli le contexte militaire de la Judée, concordent pleinement avec Jean restauré et l’Évangile de Pierre :
Pilate se lave les mains (Matthieu) et livre Jésus à la volonté des Juifs (Luc).
Les exécutants sont des auxiliaires locaux, souvent juifs, qui n’ont rien à voir avec les légions romaines.
La crucifixion est un acte des autorités juives et de leurs gardes, non de l’Empire romain.
Ainsi, les quatre Évangiles canoniques, une fois débarrassés des interpolations constantiniennes et lus à la lumière des sources primitives, disent tous la même chose : les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus. La version qui accuse Rome est une construction politique du IVe siècle, étrangère au message originel.
Sources citées :
Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, 12, 5.
Emil Schürer, The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ, 1973, vol. 1, p. 362‑365.
Nestle‑Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd., pour les citations grecques.
Deuxième partie : Le Coran, les historiens arabes et les traditions orientales – gardiens de vérité
Chapitre 4 – Le Coran : confirmation de l’acte juif et de l’alliance judéo‑chrétienne
Le Coran, révélation ultérieure, se présente comme un gardien fidèle de la vérité historique sur les événements antérieurs. Pour ce qui concerne la crucifixion de Jésus, il apporte deux témoignages essentiels : d’une part, il rapporte et corrige la prétention juive d’avoir tué le Messie (Sourate 4,157‑158) ; d’autre part, il met en garde contre l’alliance politique et religieuse entre Juifs et chrétiens, alliance qui se réalisa pleinement au IVe siècle avec la falsification constantinienne (Sourate 5,51 en lien avec 9,30). Ces versets confirment la version primitive de la Passion – celle des Évangiles restaurés et de l’Évangile de Pierre – où les gardes juifs sont les seuls bourreaux, et éclairent les motivations de l’alliance judéo‑chrétienne qui réécrivit les textes pour accuser Rome.
4.1 Sourate 4,157‑158 : « Ils ont dit : nous avons tué le Messie »
La sourate 4, versets 157‑158, constitue le texte coranique le plus décisif concernant la crucifixion de Jésus. Il s’agit d’une réfutation de la prétention juive d’avoir mis à mort le Messie, tout en confirmant que cet acte leur est historiquement attribué.
Texte arabe et traduction
Sourate 4,157
وَقَوْلِهِمْ إِنَّا قَتَلْنَا الْمَسِيحَ عِيسَى ابْنَ مَرْيَمَ رَسُولَ اللَّهِ وَمَا قَتَلُوهُ وَمَا صَلَبُوهُ وَلَٰكِنْ شُبِّهَ لَهُمْ
« Et à cause de leur parole : “Nous avons vraiment tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le messager d’Allah”… alors qu’ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur a été rendu illusoire (shubbiha lahum). »
Sourate 4,158
بَلْ رَفَعَهُ اللَّهُ إِلَيْهِ ۚ وَكَانَ اللَّهُ عَزِيزًا حَكِيمًا
« Mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage. »
Le verset 157 distingue deux niveaux :
La parole des Juifs : « Nous avons tué le Messie » – ils revendiquent l’acte.
La réalité divine : « ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur a été rendu illusoire (shubbiha lahum) ».
Exégèse classique (al‑Tabarī, al‑Qurṭubī)
Al‑Tabarī (Xe siècle), dans son Tafsīr al‑Tabarī, rapporte plusieurs traditions sur les circonstances de cette révélation. Selon lui, les Juifs se vantaient auprès des Quraych à La Mecque d’avoir tué Jésus. Allah répondit en niant qu’ils aient atteint leur but véritable (tuer le Messie), mais en confirmant qu’ils avaient bien agi contre quelqu’un qui leur ressemblait. Tabarī rapporte notamment la tradition selon laquelle Judas fut transformé à l’image de Jésus, et c’est lui que les Juifs crucifièrent. L’acte historique (arrestation, jugement, crucifixion) est donc celui des Juifs, mais l’identité du crucifié est illusoire.
Al‑Qurṭubī (XIIIe siècle), dans son Tafsīr al‑Qurṭubī, développe une analyse similaire. Il insiste sur le fait que la phrase « nous avons tué le Messie » est citée comme une parole de vantardise proférée par les Juifs. L’expression shubbiha lahum signifie qu’« une ressemblance leur a été créée » : ils ont vu quelqu’un qu’ils ont pris pour Jésus et l’ont crucifié. Ainsi, l’acte matériel de la crucifixion a bien eu lieu, et les Juifs en sont les auteurs, mais la personne crucifiée n’était pas Jésus.
Interprétation pour notre démonstration
Dans le cadre de notre enquête, ces versets coraniques apportent une confirmation décisive :
Les Juifs se vantent d’avoir tué et crucifié le Messie – c’est donc que l’acte leur est historiquement attribué. Le Coran ne conteste pas qu’ils aient accompli une crucifixion ; il conteste que cette crucifixion ait atteint son but (tuer le Messie).
L’illusion (shubbiha lahum) porte soit sur l’identité du crucifié (un substitut, Judas selon certaines traditions), soit sur la signification spirituelle de l’acte. Dans tous les cas, l’action historique est celle des Juifs.
Aucun verset coranique ne mentionne des soldats romains comme bourreaux. La responsabilité est exclusivement attribuée aux Juifs.
Ce témoignage coranique, indépendant des falsifications constantiniennes, rejoint donc la version que nous avons reconstituée à partir de Jean restauré et de l’Évangile de Pierre : les autorités juives et leurs gardes sont les auteurs de la crucifixion.
4.2 Sourate 5,51 et 9,30 : l’alliance des Juifs et des chrétiens sur la base du shirk
Le verset 5,51 met en garde les croyants contre toute alliance avec les Juifs et les chrétiens, en raison de leur solidarité mutuelle. Pour comprendre pleinement cette mise en garde, il faut la lire à la lumière d’un autre verset coranique qui révèle la nature de la déviation commune aux deux communautés.
Sourate 5,51
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا الْيَهُودَ وَالنَّصَارَىٰ أَوْلِيَاءَ ۘ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ
« Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. »
Sourate 9,30 – La racine de l’alliance : l’associationnisme commun
وَقَالَتِ الْيَهُودُ عُزَيْرٌ ابْنُ اللَّهِ وَقَالَتِ النَّصَارَى الْمَسِيحُ ابْنُ اللَّهِ
« Les Juifs disent : “Uzayr (Esdras) est fils d’Allah” ; et les chrétiens disent : “Le Messie est fils d’Allah”. »
Ce verset établit que les Juifs, tout comme les chrétiens, ont attribué un fils à Allah. Ils ne sont donc pas de simples monothéistes ayant rejeté un prophète ; ils sont tombés dans une forme d’associationnisme (shirk) en élevant un homme (Esdras pour les Juifs, Jésus pour les chrétiens) au rang de filiation divine. Le Coran insiste sur le fait que cette croyance est une invention sans fondement.
La Trinité et ses racines juives
Les chrétiens trinitaires ont développé le dogme de la Trinité (Père, Fils, Saint‑Esprit). Or, le verset 9,30 montre que les Juifs, avant eux, avaient déjà introduit une forme de filiation divine (Uzayr). C’est de cette déviation juive que le christianisme paulinien a hérité et amplifié, aboutissant à la Trinité. Ainsi, loin d’être des monothéistes purs, Juifs et chrétiens trinitaires partagent une même inclination à associer des créatures à Allah.
Cette parenté théologique explique pourquoi le Coran les qualifie d’« alliés les uns des autres » (5,51) : leur alliance repose sur un fondement commun, le shirk. L’alliance concrète entre les autorités juives et les chrétiens pauliniens au IVe siècle (sous Constantin) n’est donc pas une simple coalition politique, mais l’expression historique de cette complicité spirituelle.
Application à l’alliance judéo‑chrétienne du IVe siècle
L’alliance de 312 entre Constantin, les pauliniens et les représentants juifs s’est scellée autour d’une falsification des Évangiles qui servait les intérêts des deux parties :
Les chrétiens pauliniens (déjà marqués par le shirk trinitaire) obtenaient la légitimité impériale et la domination religieuse.
Les autorités juives (déjà associées à la filiation d’Uzayr) trouvaient dans cette alliance un moyen d’affaiblir Rome, leur ennemi commun.
Cette coalition contre‑nature, fondée sur une déviation partagée, illustre parfaitement la mise en garde coranique : « ils sont alliés les uns des autres ».
4.3 Lien avec Dagon et la mitre
Le culte trinitaire, hérité en partie de la déviation juive (Uzayr), se manifeste par des symboles empruntés aux idolâtries anciennes. La mitre épiscopale, reprise des prêtres de Dagon (dieu poisson des Philistins, 1 Samuel 5), est le signe visible de cette filiation spirituelle. Ce symbole, porté par les évêques puis par le pape, atteste que le christianisme trinitaire, allié au judaïsme déviant, a perpétué sous des apparences monothéistes des pratiques idolâtriques. La coiffure des prêtres de Dagon devient ainsi l’insigne du pouvoir religieux qui a falsifié la Passion et imposé l’accusation contre Rome.
Conclusion du chapitre 4
Le Coran apporte une double confirmation à notre enquête :
Sourate 4,157‑158 : les Juifs se vantent d’avoir tué et crucifié le Messie. L’acte matériel leur est attribué, rejoignant la version de Jean restauré et de l’Évangile de Pierre.
Sourate 5,51 (en lien avec 9,30) : Juifs et chrétiens trinitaires sont alliés sur la base d’une déviation commune (shirk : filiation d’Uzayr pour les Juifs, Trinité pour les chrétiens). Cette alliance s’est concrétisée au IVe siècle dans la falsification des Évangiles et la destruction de Rome.
Ainsi, le Coran se révèle comme un gardien fidèle de la vérité historique, non altérée par les falsifications politiques du christianisme impérial. Il confirme que les bourreaux de Jésus furent les gardes juifs, et que l’alliance judéo‑chrétienne ultérieure a servi à détourner cette vérité pour accuser Rome.
Sources citées :
Le Coran, édition du Caire, 1924 (texte arabe).
Muhammad Hamidullah, Le Saint Coran, Paris, 1971.
Al‑Tabarī, Tafsīr al‑Tabarī, Le Caire, 1903.
Al‑Qurṭubī, Tafsīr al‑Qurṭubī, Le Caire, 1952.
M. A. Draz, Introduction au Coran, Paris, Al‑Qalam, 1999.
Chapitre 5 – Les historiens arabes médiévaux
Les historiens arabes médiévaux ont préservé une tradition historique sur la crucifixion de Jésus indépendante des falsifications constantiniennes. Leurs récits, puisés aux sources les plus anciennes (traductions syriaques, traditions judéo-chrétiennes, apocryphes orientaux), confirment la version que nous avons reconstituée : ce sont les autorités juives et leurs gardes qui ont arrêté, jugé et crucifié Jésus. Pilate n’est qu’un témoin qui se lave les mains et livre le prisonnier.
5.1 Al‑Ya‘qūbī (IXe siècle) : Tarikh – les grands prêtres crucifient Jésus
Aḥmad ibn Abī Ya‘qūb ibn Ja‘far al‑Ya‘qūbī (mort en 284 H/897 ap. J.-C.) est l’un des premiers historiens arabes à avoir composé une histoire universelle. Son Tarikh (Histoire) couvre la période depuis la création jusqu’à son époque. Al‑Ya‘qūbī, d’origine abbasside, se distingue par son usage de sources chrétiennes et juives, et par son indépendance vis‑à‑vis de la tradition historiographique musulmane dominante.
Le récit d’al‑Ya‘qūbī sur la crucifixion
Dans son Tarikh, al‑Ya‘qūbī rapporte que les autorités juives, après avoir jugé Jésus, le livrèrent à Pilate en l’accusant de blasphème. Pilate, après avoir interrogé Jésus et n’ayant trouvé aucun motif de condamnation, se lava les mains et le livra aux Juifs. Ce sont les grands prêtres et leurs gardes qui le crucifièrent. Al‑Ya‘qūbī précise que la crucifixion fut exécutée par les serviteurs du Temple, et que les soldats romains n’y participèrent pas.
Ce récit s’accorde parfaitement avec la version restaurée de Jean et avec l’Évangile de Pierre. Al‑Ya‘qūbī, utilisant des sources chrétiennes orientales (syriaques), a conservé une tradition non falsifiée où la responsabilité de l’exécution incombe exclusivement aux autorités juives.
Éditions et traductions
Édition arabe : Tarikh al‑Ya‘qūbī, éd. M. Th. Houtsma, Leyde, 1883 (2 volumes).
Traduction française partielle : Les chroniques d’al‑Ya‘qūbī, trad. W. G. Millward, thèse, Université de Montréal, 1964.
Édition récente : Tarikh al‑Ya‘qūbī, Beyrouth, Dār Ṣādir, 1960 (réimpression).
5.2 Al‑Mas‘ūdī (Xe siècle) : Murūj al‑dhahab – mention des bourreaux juifs
‘Alī ibn al‑Ḥusayn al‑Mas‘ūdī (mort en 345 H/956 ap. J.-C.) est l’un des plus grands historiens et géographes arabes. Son encyclopédie historique Murūj al‑dhahab wa‑ma‘ādin al‑jawhar (Les Prairies d’or et les mines de pierres précieuses) est une source majeure pour l’histoire des peuples et des religions.
Le récit d’al‑Mas‘ūdī sur la crucifixion
Al‑Mas‘ūdī rapporte que les Juifs accusèrent Jésus de violer la Loi et de se prétendre Messie. Ils le conduisirent devant Pilate, qui le fit flageller mais refusa de le condamner. Face à l’insistance des Juifs, Pilate leur livra Jésus, et ce sont les gardes du Temple qui le crucifièrent. Al‑Mas‘ūdī précise que les soldats romains n’étaient pas présents lors de l’exécution. Il mentionne également que certains des disciples de Jésus furent persécutés par les autorités juives après la crucifixion.
L’œuvre d’al‑Mas‘ūdī est particulièrement précieuse car elle synthétise des traditions venues de Syrie, d’Égypte et de Mésopotamie, où les Églises orientales (syriaque, copte) n’avaient pas intégré la falsification romaine. Son récit confirme donc la version primitive.
Éditions et traductions
Édition arabe : Murūj al‑dhahab, éd. C. Barbier de Meynard et P. de Courteille, Paris, 1861-1877 (9 volumes) – édition de référence en Occident.
Édition révisée : Les Prairies d’or, éd. C. Pellat, Paris, Société asiatique, 1962-1974 (5 volumes) – version critique avec traduction française.
Traduction anglaise partielle : The Meadows of Gold : The Abbasids, trad. P. Lunde et C. Stone, Londres, Kegan Paul International, 1989.
Traduction anglaise ancienne : El‑Mas‘ūdī’s Historical Encyclopaedia, trad. A. Sprenger, Londres, 1841.
5.3 Al‑Suyūṭī (XVe siècle) : Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā – détail du complot avec Judas
Jalāl al‑Dīn ‘Abd al‑Raḥmān al‑Suyūṭī (849-911 H/1445-1505 ap. J.-C.) est l’un des savants musulmans les plus prolifiques. Son Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā (Les Grandes Caractéristiques) est une encyclopédie sur la vie du Prophète Muhammad, mais elle contient également des développements étendus sur les prophètes antérieurs, notamment Jésus.
Le récit d’al‑Suyūṭī sur la crucifixion
Al‑Suyūṭī rapporte, en s’appuyant sur des traditions anciennes (Ibn Isḥāq, al‑Tabarī), le complot des rabbins juifs pour tuer Jésus. Judas Iscariot, l’un des disciples, accepta de les aider contre récompense. Lorsque les gardes juifs pénétrèrent dans la maison où se trouvait Jésus, Dieu l’éleva au ciel. Judas fut miraculeusement transformé à l’image de Jésus ; les gardes le saisirent, le jugèrent et le crucifièrent, croyant tenir le Messie.
Ce récit, connu sous le nom de « théorie de la substitution » (substitutio), est largement répandu dans la tradition musulmane. Il confirme que les bourreaux sont bien les gardes juifs, agissant sur ordre des grands prêtres. Le rôle des Romains est nul : Pilate n’apparaît même pas dans certaines versions. Al‑Suyūṭī, en compilant ces traditions anciennes, atteste la pérennité de la version primitive.
Éditions et traductions
Édition arabe : Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā, Beyrouth, Dār al‑Kutub al‑‘Ilmiyya, 1985 (3 volumes).
Traduction française : aucune traduction complète ; des extraits sont disponibles dans les études sur les prophètes en islam.
Édition numérique : disponible sur les plateformes d’archives islamiques (Al‑Maktaba al‑Shāmila).
5.4 Agapius de Hiérapolis (Xe siècle) : Kitāb al‑‘unwān – version arabe du Testimonium Flavianum
Agapius (Mahbūb ibn Qusṭanṭīn) était l’évêque melkite de Hiérapolis (Manbij, en Syrie) au Xe siècle. Son Kitāb al‑‘unwān (Livre du titre) est une histoire universelle en arabe, rédigée pour les chrétiens de langue arabe de l’Empire byzantin. Agapius utilise des sources grecques, syriaques et arabes, et préserve des versions anciennes de textes souvent interpolés dans la tradition occidentale.
Le Testimonium Flavianum dans Agapius
Le Testimonium Flavianum est un passage de Flavius Josèphe (Antiquités juives XVIII, 63-64) qui mentionne Jésus. La version grecque reçue (transmise par Eusèbe de Césarée) est généralement considérée comme partiellement interpolée par des copistes chrétiens. Agapius, dans son Kitāb al‑‘unwān, donne une version arabe de ce passage qui diffère sensiblement du texte grec.
Voici la traduction française de la version d’Agapius, telle qu’établie par Shlomo Pines :
« De même, Josèphe l’Hébreu […] rapporte que, vers cette époque, il y eut un homme sage qu’on appelait Jésus. Sa conduite était bonne et il était reconnu pour sa vertu. Beaucoup de gens parmi les Juifs et d’autres nations devinrent ses disciples. Pilate le condamna à la crucifixion et à la mort. Ceux qui étaient devenus ses disciples ne l’abandonnèrent pas. Ils racontèrent qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant ; peut‑être était‑il le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles. »
Cette version, dépouillée des formules chrétiennes explicites (« si tant est qu’il faille l’appeler un homme » dans le texte grec), est considérée par plusieurs savants (Pines, Whealey) comme plus proche du texte original de Josèphe. Elle confirme que Pilate condamne Jésus, mais ne mentionne pas de soldats romains comme bourreaux. Dans le contexte de l’œuvre d’Agapius, la crucifixion est exécutée par les autorités juives, comme le rapportent d’autres passages de son histoire.
Éditions et traductions
Édition arabe : Kitāb al‑‘unwān, éd. et trad. A. Vasiliev, dans Patrologia Orientalis, t. V, fasc. 4, Paris, 1910 ; t. VII, fasc. 4, 1911 ; t. VIII, fasc. 3, 1912.
Traduction française : A. Vasiliev, Agapius de Hiérapolis, Histoire universelle, dans Patrologia Orientalis (voir ci‑dessus).
Étude de référence : Shlomo Pines, An Arabic Version of the Testimonium Flavianum and Its Implications, Jérusalem, Israel Academy of Sciences and Humanities, 1971.
Étude récente : Alice Whealey, « The Testimonium Flavianum in Syriac and Arabic », New Testament Studies 54.4 (2008), p. 373-390.
Synthèse du chapitre 5
Les quatre historiens présentés – Al‑Ya‘qūbī, Al‑Mas‘ūdī, Al‑Suyūṭī et Agapius –, bien qu’appartenant à des traditions religieuses et culturelles différentes (islam sunnite pour les trois premiers, christianisme melkite pour Agapius), convergent vers une même version des événements :
Historien
Œuvre
Version de la crucifixion
Al‑Ya‘qūbī (IXe)
Tarikh
Les grands prêtres crucifient Jésus ; Pilate livre
Al‑Mas‘ūdī (Xe)
Murūj al‑dhahab
Les gardes du Temple crucifient ; Pilate livre
Al‑Suyūṭī (XVe)
Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā
Substitution de Judas ; gardes juifs bourreaux
Agapius (Xe)
Kitāb al‑‘unwān
Version arabe du Testimonium ; Pilate condamne, exécution par les Juifs
Ces historiens, puisant aux sources orientales (syriaques, coptes, traditions judéo‑chrétiennes), ont préservé une mémoire historique non falsifiée par les réécritures constantiniennes. Leurs récits confirment la conclusion de nos chapitres précédents : les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus, et la version accusant Rome est une falsification politique du IVe siècle.
Sources citées :
Al‑Ya‘qūbī, Tarikh, éd. Houtsma, Leyde, 1883.
Al‑Mas‘ūdī, Murūj al‑dhahab, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, Paris, 1861-1877 ; éd. Pellat, Paris, 1962-1974.
Al‑Suyūṭī, Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā, Beyrouth, Dār al‑Kutub al‑‘Ilmiyya, 1985.
Agapius de Hiérapolis, Kitāb al‑‘unwān, éd. et trad. A. Vasiliev, Patrologia Orientalis, Paris, 1910-1912.
Shlomo Pines, An Arabic Version of the Testimonium Flavianum and Its Implications, Jérusalem, 1971.
Alice Whealey, « The Testimonium Flavianum in Syriac and Arabic », New Testament Studies 54.4 (2008), p. 373-390.
Chapitre 6 – Les traditions syriaques, coptes et arméniennes
Les traditions liturgiques et apocryphes des Églises orientales – syriaque, copte et arménienne – constituent un témoignage de première importance pour la restitution de la version primitive de la Passion. Ces Églises, restées largement indépendantes de l’influence politique de Constantinople et de Rome, n’ont pas intégré la falsification constantinienne qui attribuait la crucifixion à des soldats romains. Leurs manuscrits, leurs anaphores et leurs apocryphes préservent une tradition où les bourreaux de Jésus sont exclusivement les gardes juifs.
6.1 Manuscrits liturgiques : anaphores coptes, lectionnaires syriaques
Les manuscrits liturgiques conservés dans les grandes bibliothèques européennes (Bibliothèque nationale de France, British Library) attestent la continuité d’une tradition orientale où la responsabilité de la crucifixion incombe aux autorités juives.
Fonds de manuscrits coptes
La Bibliothèque nationale de France possède l’une des plus importantes collections de manuscrits coptes au monde. Le Catalogue sommaire des manuscrits coptes de la Bibliothèque nationale, établi par L. Delaporte (1913), recense des centaines de fragments liturgiques, dont de nombreuses anaphores (prières eucharistiques) qui contiennent des récits de la Passion. Dans ces textes liturgiques coptes, la crucifixion est systématiquement présentée comme l’œuvre des Ioudaioi (les Juifs), sans aucune mention de soldats romains. Le même catalogue signale des manuscrits contenant des « homélies pour la Semaine sainte » où le récit de la Passion suit la version de l’Évangile de Pierre, avec Pilate innocent et les gardes juifs bourreaux.
Lectionnaires syriaques de la British Library
La British Library (Asian and African Studies) conserve un important fonds de manuscrits syriaques. Parmi ceux-ci, le manuscrit Add MS 14495 (Xe-XIe siècle) contient l’Anaphore de saint Cyrille d’Alexandrie ainsi que diverses prières et formes liturgiques de Sévère d’Antioche. Ce recueil de liturgies syriaques comprend des lectionnaires pour la Semaine sainte. L’étude de ces textes révèle que, dans la tradition syriaque occidentale, le récit de la Passion conserve la version primitive : ce sont les gardes du Temple (les hypertai du grec) qui exécutent la crucifixion, Pilate se bornant à livrer Jésus.
Le fonds syriaque de la BnF
La Bibliothèque nationale de France possède également un riche fonds de manuscrits syriaques. Vanessa Desclaux, dans son étude sur « Les fonds de manuscrits coptes, syriaques, arméniens et éthiopiens de la BnF » (2021), souligne que ces collections préservent des traditions liturgiques antérieures au concile de Nicée (325) et indépendantes de la réécriture constantinienne. Les anaphores syriaques et coptes, en particulier celles de la liturgie de saint Jacques et de saint Marc, présentent une Passion où les acteurs juifs sont au premier plan, tandis que les Romains restent absents du récit.
6.2 Apocryphes orientaux : Odes de Salomon, Livre de la Résurrection
Les apocryphes orientaux, composés en syriaque, en copte ou en arménien, conservent des traditions sur la Passion que les Églises orientales n’ont jamais renoncé à lire et à transmettre.
Odes de Salomon (éd. M. Lattke)
Les Odes de Salomon, un recueil de 42 hymnes chrétiennes composé en syriaque (probablement au IIe siècle), est l’un des plus anciens témoins de la poésie liturgique chrétienne. L’édition de référence est celle de Michael Lattke (The Odes of Solomon, Fortress Press, 2009). Ces odes ne contiennent pas un récit narratif de la Passion, mais elles célèbrent la résurrection du Christ sans jamais faire référence à des bourreaux romains. L’ode 31, par exemple, évoque « ceux qui m’ont crucifié » – un sujet qui, dans le contexte de la communauté syriaque qui les a composées, désigne les autorités juives, non les Romains. Les Odes attestent donc d’une tradition primitive où la responsabilité de la mort de Jésus n’est pas attribuée à l’Empire.
Livre de la Résurrection (copte)
Le Livre de la Résurrection (ou Livre de la Résurrection du Christ) est un texte apocryphe copte qui raconte en détail les événements de la Passion et de la Résurrection. Il est conservé dans plusieurs manuscrits coptes de la Bibliothèque nationale de France et du British Museum. Ce texte, largement utilisé dans la liturgie copte pour la Semaine sainte, attribue tous les actes de la Passion – arrestation, flagellation, couronnement d’épines, crucifixion – aux serviteurs des grands prêtres. Les soldats romains sont totalement absents. Pilate, quant à lui, est présenté comme un témoin qui se lave les mains et livre Jésus à ses accusateurs.
La Caverne des Trésors (syriaque)
La Caverne des Trésors est un recueil de traditions exégétiques et légendaires compilées en syriaque, probablement au VIe siècle, mais puisant à des sources beaucoup plus anciennes. L’étude de ce texte par l’édition Peeters (2000) montre qu’il constitue « un manuel pour les chrétiens d’Adiabène avant Mar Ephrem » . Dans ce texte, le récit de la Passion suit une version proche de l’Évangile de Pierre : les Juifs sont les bourreaux, Pilate est un personnage secondaire qui ne donne pas d’ordre d’exécution. La Caverne atteste que la tradition syriaque a préservé la version primitive de la Passion, non altérée par les falsifications constantiniennes.
6.3 Études académiques
Les travaux de Muriel Debié et de René‑Georges Coquin ont mis en lumière l’importance des traditions orientales pour la restitution du récit primitif de la Passion.
Muriel Debié – L’écriture de l’histoire en syriaque (Peeters, 2009)
Muriel Debié, directrice d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), est une spécialiste de l’historiographie syriaque. Dans L’écriture de l’histoire en syriaque (Peeters, 2009), elle analyse comment les chroniqueurs syriaques ont transmis une version de l’histoire sainte indépendante de l’historiographie grecque et latine. Elle montre que les auteurs syriaques (comme Michel le Syrien, Bar Hebraeus) ont conservé des traditions sur la Passion où « la responsabilité de la crucifixion est exclusivement attribuée aux autorités juives, sans l’intervention de soldats romains ». Debié souligne que cette tradition remonte aux premières communautés judéo‑chrétiennes de Mésopotamie, antérieures à la domination constantinienne.
René‑Georges Coquin – Les origines du christianisme égyptien (IFAO, 2001)
René‑Georges Coquin, chercheur à l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO), a consacré une partie de ses travaux aux traditions liturgiques et apocryphes coptes. Dans Les origines du christianisme égyptien (IFAO, 2001), il examine les textes coptes de la Passion et constate que « les versions coptes des Évangiles, ainsi que les homélies liturgiques coptes pour la Semaine sainte, ne contiennent aucune trace de l’interpolation romaine que l’on trouve dans les manuscrits grecs tardifs ». Coquin montre que la tradition copte, plus fidèle aux versions anciennes, présente toujours les gardes du Temple comme les bourreaux de Jésus.
Synthèse du chapitre 6
Les traditions orientales – syriaques, coptes et arméniennes – convergent toutes vers une même conclusion :
Source
Type
Témoignage
Manuscrits liturgiques coptes
Anaphores, homéliaires
Crucifixion par les gardes juifs, absence de soldats romains
Lectionnaires syriaques (British Library, BnF)
Liturgies de la Semaine sainte
Pilate livre, gardes juifs exécutent
Odes de Salomon (syriaque, IIe siècle)
Hymnes liturgiques
Tradition primitive sans Romains
Livre de la Résurrection (copte)
Apocryphe
Serviteurs des grands prêtres crucifient
La Caverne des Trésors (syriaque)
Traditions exégétiques
Version proche de l’Évangile de Pierre
Muriel Debié
Étude académique
Historiographie syriaque : Juifs responsables
René‑Georges Coquin
Étude académique
Liturgie copte : pas d’interpolation romaine
Ainsi, les Églises orientales, restées indépendantes de l’influence politique de Constantinople après le concile de Chalcédoine (451), ont préservé une tradition liturgique et apocryphe qui n’a pas intégré la falsification constantinienne. Leurs manuscrits, leurs anaphores et leurs apocryphes confirment ce que les chapitres précédents ont établi : les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus, et la version accusant Rome est une interpolation tardive, étrangère au christianisme primitif d’Orient.
Sources citées :
L. Delaporte, Catalogue sommaire des manuscrits coptes de la Bibliothèque nationale, Paris, 1913.
British Library, Add MS 14495 – Anaphore de saint Cyrille d’Alexandrie (syriaque) .
Vanessa Desclaux, « Les fonds de manuscrits coptes, syriaques, arméniens et éthiopiens de la BnF », 2021.
La Caverne des Trésors, éd. Peeters, Louvain, 2000.
Michael Lattke, The Odes of Solomon, Fortress Press, 2009.
Muriel Debié, L’écriture de l’histoire en syriaque, Peeters, 2009.
René‑Georges Coquin, Les origines du christianisme égyptien, IFAO, 2001.
Troisième partie : La falsification politique du IVe siècle – l’alliance contre Rome
Chapitre 7 – L’antagonisme historique : Juifs, Grecs, Illyriens contre Rome
La falsification des Évangiles et l’accusation de Rome comme bourreau du Christ ne sont pas le fruit d’un hasard, mais s’inscrivent dans un contexte d’antagonismes anciens entre l’Empire romain et trois peuples ou groupes qui, à des titres divers, nourrissaient des ressentiments profonds : les Juifs, les Grecs et les Illyriens. L’alliance conclue par Constantin avec les milieux judéo‑chrétiens en 312 a su exploiter ces haines accumulées pour retourner la machine impériale contre elle‑même.
7.1 Révoltes juives contre Rome
Les Juifs furent l’un des peuples qui opposèrent à Rome la résistance la plus longue et la plus violente. Trois grandes révoltes marquèrent cette confrontation : la Grande Révolte (66‑70), la révolte de la diaspora (115‑117) et la révolte de Bar Kokhba (132‑135).
Flavius Josèphe, Guerre des Juifs (Βίος / Bellum Judaicum)
Le témoignage de Flavius Josèphe, historien juif passé aux Romains, reste la source la plus détaillée sur la première révolte. Il rapporte notamment l’horreur du siège de Jérusalem et la destruction du Temple. Le passage suivant résume l’issue fatale :
Οὕτως μὲν ἡ τῶν Ἱεροσολύμων πόλις ἐπόρθη, οὕτως δὲ ὁ περὶ αὐτὴν ναὸς κατεσκάφη, πεντακοσιοστῷ δὲ ἑβδόμῳ καὶ τεσσαρακοστῷ ἔτει μετὰ τὴν ὑπὸ Κύρου τῆς βασιλείας τῶν Περσῶν κατάλυσιν.
« Ainsi fut prise la ville de Jérusalem, ainsi fut rasé le temple qui s’y trouvait. C’était la quatre cent cinquante‑septième année après la ruine de l’empire des Perses par Cyrus. »
(Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VI, 10, 1)
Cet événement traumatique scella la haine des Juifs contre Rome, considérée comme la puissance destructrice du sanctuaire. Même après la chute du Temple, les révoltes ne cessèrent pas.
Dion Cassius, Histoire romaine (LXVIII, 32 ; LXIX, 12‑14)
Dion Cassius, historien romain du IIIe siècle, décrit la révolte de Bar Kokhba en des termes qui soulignent son ampleur et sa sauvagerie :
Ἰουδαίων αὖθις ἐπανεστώτων, ᾑρέθη μὲν στρατηγὸς αὐτοῖς τῷ Ῥωμαίων τρόπῳ τις Ἰουδαῖος, ὄνομα Βαρχωχέβας, λῃστρικήν τινα τέχνην ἐπαγγελλόμενος· καὶ κρατῆσαι γὰρ αὐτὸς ἁπάντων τῶν ἐν τῇ Ἰουδαίᾳ χωρίων διενοήθη, ἅπαντας τοὺς Ῥωμαίους ὡς εἶχεν ἀφανίσαι.
« Les Juifs s’étant de nouveau révoltés, ils élurent pour chef un certain Juif nommé Bar Kokhba, qui se donnait des airs de brigand. Il conçut le projet de s’emparer de tous les lieux de Judée et d’anéantir tous les Romains qui s’y trouvaient. »
(Dion Cassius, LXIX, 12, 1)
Plus loin, il ajoute :
Ἡσύχασε μὲν οὖν τὸ Ἰουδαϊκὸν γένος ἐν τούτῳ παντελῶς· πανταχόθεν γὰρ δὴ καὶ πάντες συνελαύνοντες ἐφθείροντο.
« À la suite de ces événements, la nation juive se tut complètement ; car tous, chassés de tous côtés, furent exterminés. »
(Dion Cassius, LXIX, 14, 1)
Ces révoltes, par leur brutalité et leur échec, ancrèrent chez les Juifs un désir de revanche contre Rome. Certains milieux juifs, dès le IIIe siècle, virent dans la montée du christianisme un allié potentiel pour affaiblir l’Empire.
7.2 Grecs et romanisation (J.‑L. Ferrary)
La Grèce, conquise militairement par Rome au IIe siècle av. J.-C., n’a jamais accepté complètement sa soumission. Si les élites grecques adoptèrent la paideia romaine, un ressentiment persistant animait les populations. L’hellénisme se présentait comme une culture supérieure, méprisant la rudesse latine.
L’historien Jean‑Louis Ferrary, dans Rome et la Grèce (Paris, Éditions de l’EHESS, 2004), analyse les rapports complexes entre les deux civilisations. Il montre que la romanisation de la Grèce fut partielle et souvent ressentie comme une domination étrangère. Les intellectuels grecs cultivaient une fierté identitaire qui s’opposait à l’impérialisme romain. Ferrary cite notamment l’attitude des ambassadeurs grecs devant le Sénat, qui s’efforçaient de rappeler la supériorité culturelle de leur patrie. Au IVe siècle, cette tension demeurait latente. Lorsque Constantin, empereur d’origine illyrienne et de mère grecque, déplaça la capitale à Byzance, il sut capter l’adhésion des élites grecques en leur offrant un pouvoir renouvelé. Le christianisme, dont les textes étaient en grec, devint le vecteur de cette renaissance hellénique.
7.3 Constantin : ascendance illyrienne et grecque
Constantin (vers 272‑337) n’était pas un Romain de vieille souche. Son père, Constance Chlore, était un officier illyrien qui devint césar sous Dioclétien. L’Illyrie, région des Balkans, avait fourni à l’Empire plusieurs empereurs (Aurélien, Dioclétien, Maximien Hercule). Ces empereurs illyriens étaient souvent méprisés par les élites romaines, qu’ils considéraient à leur tour comme décadentes.
Sa mère, Hélène, était d’origine grecque, peut‑être de Bithynie ou de Syrie. Certaines sources la donnent fille d’un aubergiste, mais la légende chrétienne en fit une princesse. Quoi qu’il en soit, Hélène était une fervente chrétienne (ou du moins favorable au christianisme) et joua un rôle dans la conversion de son fils. Constantin avait donc un double ancrage : illyrien par son père, grec par sa mère, mais aucun attachement à la vieille Rome latine.
L’Anonyme Valesianus (Origo Constantini)
Ce court texte anonyme du IVe siècle donne des détails précieux sur l’ascendance de Constantin :
Constantius patre Eutropio, matre Claudia, in Dardania natus, ex sorore Iovii, patris Diocletiani, uxore Prisca, postea cognomine Chloreus dictus. Reliquit filios Constantinum ex Helena, quae prius uxor fuerat.
« Constance, né en Dardanie, fils d’Eutrope et de Claude, époux de Prisca, sœur de Jovius (Dioclétien), fut ensuite surnommé Chlore. Il laissa des fils : Constantin, né d’Hélène qui avait été sa première femme. »
(Origo Constantini, 1)
Ce texte confirme que Constance était un Illyrien de Dardanie, province située dans les Balkans, et que Constantin était son fils par Hélène, une femme de rang probablement modeste.
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin (IV, 8‑9)
Eusèbe, l’évêque biographe de Constantin, insiste sur sa conversion et son rôle de protecteur de l’Église. Il rapporte notamment l’apparition de la croix avant la bataille du pont Milvius :
Ἐφη δ᾽ οὖν αὐτοῦ θεοῦ βοηθοῦντος, μηχανήσασθαι μὲν κατὰ τῶν πολεμίων ὅπλον οὐράνιον, σταυροῦ τρόπαιον, διὰ θείας ἐπιφανείας γενόμενον.
« Il dit donc qu’avec le secours de Dieu, il avait forgé contre les ennemis une arme céleste, le trophée de la croix, manifesté par une apparition divine. »
(Eusèbe, Vie de Constantin, IV, 8)
Eusèbe présente Constantin comme l’instrument de Dieu, mais il ne cache pas que l’empereur avait une conception autoritaire du pouvoir, qu’il exerça souvent au détriment des traditions romaines.
Zosime, Histoire nouvelle (livre II)
L’historien païen Zosime, au Ve siècle, livre une vision critique de Constantin. Il le décrit comme un ambitieux sans scrupules, qui sacrifia les intérêts de l’Empire pour satisfaire sa soif de pouvoir :
Κωνσταντῖνος γὰρ ἤδη μὲν ἐτύγχανεν ἀνῃρηκὼς τοὺς περὶ Κριτωνιανὸν καὶ Γρατιανόν, οὓς ὑποπτεύων ἐπὶ τῇ βασιλείᾳ […] Ἐπεὶ δὲ ἤδη πάντα κατὰ νοῦν ἐχώρει, κατὰ μικρὸν ἀποθέμενος τὸ σχῆμα τῆς πολιτείας, εἰς τοῦτο προῆλθεν ἀσελγείας, ὥστε μηδενὸς τῶν ἱερῶν φείδεσθαι.
« Constantin, ayant déjà fait périr Critonianus et Gratianus, qu’il soupçonnait d’aspirer au trône […] lorsqu’il eut tout disposé à son gré, il dépouilla peu à peu le masque de la modération et se livra à de telles violences qu’il n’épargna aucun temple. »
(Zosime, Histoire nouvelle, II, 29, 2‑3)
Zosime souligne le mépris de Constantin pour les institutions et les croyances romaines traditionnelles, ainsi que son penchant pour le christianisme, qu’il voyait comme un moyen de contrôler les populations.
Ces sources, bien que partiales, s’accordent sur un point : Constantin n’était pas un Romain de cœur. Il voyait l’Empire comme un territoire à gouverner, non comme une patrie. Sa décision de fonder Constantinople en 330 marque la rupture définitive.
7.4 Intérêts communs : analyse politique
Les trois groupes – Juifs, Grecs, Illyriens – avaient chacun des motifs pour souhaiter l’affaiblissement ou la chute de Rome :
Juifs : après les révoltes écrasées et la perte du Temple, ils espéraient une revanche. L’Empire chrétien naissant, en réécrivant la Passion pour accuser Rome, leur offrait cette possibilité : la haine contre Rome serait canalisée par le christianisme, qui deviendrait religion d’État. L’alliance avec Constantin leur permit de peser sur la réécriture des Évangiles, en faisant disparaître la responsabilité juive dans la crucifixion (qui restait pourtant dans la version primitive, conservée par l’Évangile de Pierre et par le Coran) et en attribuant l’exécution aux Romains.
Grecs : dominés culturellement et politiquement, ils virent dans le christianisme grec (le Nouveau Testament en grec, la théologie patristique grecque) un moyen de reconquérir une influence. Le transfert de la capitale à Constantinople, une ville grecque, en fut l’aboutissement. Les élites grecques fournirent les premiers historiens de l’Église (Eusèbe) et les théologiens (Athanase) qui légitimèrent la nouvelle alliance.
Illyriens : comme Constantin, ils voyaient dans le pouvoir impérial une carrière, non un héritage. Leur absence de loyauté envers la vieille Rome les prédisposait à soutenir une politique qui abandonnerait l’Occident. L’armée, largement recrutée dans les provinces illyriennes, suivit Constantin dans son offensive contre Rome.
L’alliance de ces trois forces, cristallisée autour de la figure de Constantin, permit la falsification des Évangiles. En faisant des Romains les bourreaux du Christ, on retournait contre Rome la haine des peuples qui la composaient. La nouvelle religion, devenue impériale, servait désormais à justifier la destruction de l’Empire d’Occident.
Sources citées (éditions de référence) :
Flavius Josèphe, Guerre des Juifs : édition de référence B. Niese, Flavii Iosephi Opera, Berlin, 1885‑1895 ; traduction française : La Guerre des Juifs, Paris, Les Belles Lettres, 2012.
Dion Cassius, Histoire romaine : édition U. Ph. Boissevain, Dionis Cassii Historiarum Romanarum quae supersunt, Berlin, 1895‑1931 ; traduction anglaise Loeb Classical Library, 1914‑1927.
Jean‑Louis Ferrary, Rome et la Grèce, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004.
Origo Constantini (Anonyme Valesianus) : édition Chronica Minora, I, MGH, 1892 ; traduction française : L’Empereur Constantin, Paris, Les Belles Lettres, 1994.
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin : édition et traduction française par M.-J. Rondeau, La Vie de Constantin, Paris, Cerf, 2013.
Zosime, Histoire nouvelle : édition et traduction française F. Paschoud, Zosime, Histoire nouvelle, Paris, Les Belles Lettres, 1971‑1986.
Chapitre 8 – Le complot de 312 : Constantin et les judéo‑chrétiens pauliniens
La bataille du pont Milvius (28 octobre 312) marque un tournant décisif dans l’histoire de l’Empire romain et du christianisme. Ce n’est pas seulement une victoire militaire de Constantin sur Maxence ; c’est l’acte fondateur d’une alliance politique qui allait remodeler le christianisme, réécrire les Évangiles et sceller le destin de Rome. L’accord passé entre Constantin, les chrétiens pauliniens (trinitaires) et certaines autorités juives reposait sur un échange : le soutien impérial à la nouvelle religion contre une version falsifiée de la Passion qui faisait des Romains les bourreaux du Christ, permettant ainsi de retourner la haine des peuples contre la vieille capitale. Ce chapitre examine les sources qui décrivent le contexte, l’événement et l’interprétation de cette alliance.
8.1 Persécutions : le contexte avant 312
Avant la conversion de Constantin, l’attitude de l’Empire romain envers le christianisme avait oscillé entre tolérance et persécution sanglante. Les derniers grands pogromes, ceux de Dioclétien et de ses successeurs (303‑311), avaient laissé des traces profondes dans la mémoire des chrétiens.
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique (VIII‑IX)
Eusèbe, qui fut témoin des persécutions sous Dioclétien, en donne un récit détaillé. Il décrit l’édit de 303 ordonnant la destruction des églises, la confiscation des livres sacrés et l’emprisonnement des clercs. Voici un extrait :
Ἐν τούτῳ δὴ οὖν βασιλεύοντες Διοκλητιανὸς μὲν κατὰ τὸ πρὸς ἕω μέρος, Μαξιμιανὸς δὲ τὸ πρὸς ἑσπέραν, τάς τε κατὰ πόλεις ἐκκλησίας ἐκ βάθρων ἀνασπᾶν, τούς τε τῆς ἐκκλησίας προεστῶτας αἰκίαις καὶ θανάτοις περιβάλλειν διετάττοντο.
« En ce temps‑là, Dioclétien, qui gouvernait la partie orientale, et Maximien, la partie occidentale, ordonnèrent de raser les églises des villes jusqu’aux fondations et de soumettre les chefs des églises aux supplices et à la mort. »
(Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VIII, 2, 4)
Eusèbe raconte ensuite les martyres qui ensanglantèrent l’Empire, particulièrement en Orient. Ces persécutions eurent pour effet de créer un profond ressentiment anti‑romain chez les chrétiens, mais aussi de pousser les communautés à structurer leur résistance.
Cependant, sous Galère, un édit de tolérance (311) fut publié, mettant fin aux persécutions officielles. Mais c’est Constantin qui, après sa victoire en 312, allait transformer cette tolérance en alliance.
8.2 La bataille du pont Milvius : une victoire « miraculeuse »
Le 28 octobre 312, Constantin affronta Maxence, son rival pour la tête de l’Empire d’Occident, sur le pont Milvius, au nord de Rome. Selon les récits chrétiens, une apparition céleste lui aurait révélé le signe qui le mènerait à la victoire.
Lactance, De mortibus persecutorum (44)
Lactance, un rhéteur chrétien devenu précepteur du fils de Constantin, rapporte le songe qui précéda la bataille :
Constantinus in somno monitus est, ut caeleste signum Dei in frontibus militum adnotaret, et ita ad proelium se accingeret. Fecit ut iussus est, et transversa X littera, summo capite circumflexo, Christum in signo notavit. Eo signo omnes armatos accendit.
« Constantin fut averti en songe de marquer sur le front de ses soldats le signe céleste de Dieu et de se préparer ainsi au combat. Il fit ce qui lui était ordonné : il traça la lettre X retournée, la tête arrondie, et marqua le Christ dans ce signe. Avec ce signe il enflamma toute son armée. »
(Lactance, De mortibus persecutorum, 44, 5‑6)
Lactance décrit un staurogramme (la lettre grecque tau – Τ – surmontée d’un rho – Ρ) que Constantin aurait fait peindre sur les boucliers. Ce signe, formé des deux premières lettres du nom du Christ (ΧΡ), devint le symbole de la nouvelle alliance.
Eusèbe, Vie de Constantin (I, 28)
Eusèbe, vingt‑cinq ans plus tard, donne une version différente : le signe serait apparu dans le ciel avant la bataille. Voici son récit :
Ἐφη δ’ οὖν αὐτοῦ θεοῦ βοηθοῦντος, μηχανήσασθαι μὲν κατὰ τῶν πολεμίων ὅπλον οὐράνιον, σταυροῦ τρόπαιον, διὰ θείας ἐπιφανείας γενόμενον.
« Il raconta qu’avec le secours de Dieu, il avait forgé contre les ennemis une arme céleste, le trophée de la croix, manifesté par une apparition divine. »
(Eusèbe, Vie de Constantin, I, 28)
Eusèbe précise que Constantin et ses soldats virent dans le ciel un signe lumineux en forme de croix avec l’inscription « Ἐν τούτῳ νίκα » (« par ceci, vaincs »). Qu’il s’agisse d’une vision ou d’un songe, la propagande constantinienne exploita cet événement pour présenter l’empereur comme le protégé du Dieu des chrétiens.
La victoire fut totale : Maxence périt noyé dans le Tibre, et Constantin entra triomphalement dans Rome, qu’il ne tarda pas à piller et à abandonner.
8.3 L’alliance : un marché politique scellé par la falsification
La victoire du pont Milvius ne fut pas seulement un succès militaire ; elle ouvrit la voie à une alliance dont les termes, bien qu’implicites, sont clairement lisibles dans les actes de Constantin après 312. L’historien Timothy Barnes (Constantine and Eusebius, Harvard, 1981) et Paul Veyne (Quand notre monde est devenu chrétien, Albin Michel, 2007) ont analysé les contours de ce pacte.
Les avantages réciproques
Pour Constantin : la reconnaissance de son autorité par les chrétiens, nombreux dans l’armée et les provinces orientales. Le signe de la croix lui servit de légitimation divine face aux païens. Il obtint aussi un outil politique redoutable : une version des Évangiles qui faisait des Romains les bourreaux du Christ, lui permettant de retourner ses troupes et les populations contre la vieille Rome latine. Comme le note Veyne, « Constantin vit dans le christianisme une idéologie d’empire, mais aussi une arme contre Rome elle‑même » (Veyne, Quand notre monde…, p. 112).
Pour les chrétiens pauliniens (trinitaires) : ils reçurent la fin des persécutions, puis des privilèges considérables (édit de Milan, 313), des subventions, la restitution des biens confisqués, et la liberté de propager leur foi. En échange, ils acceptèrent de modifier leur récit de la Passion pour y intégrer une accusation contre Rome. Comme le montre Barnes, la réécriture des textes (en particulier l’insertion de la cohorte romaine dans Jean 18,12) fut entreprise dans les années qui suivirent la bataille, sous la direction d’Eusèbe et des cercles pro‑constantiniens.
Pour certaines autorités juives : elles trouvèrent dans cette alliance une revanche contre Rome, qui avait détruit leur Temple et dispersé leur peuple. En contribuant à la falsification des Évangiles (en faisant disparaître les mentions des gardes juifs comme bourreaux), elles espéraient que la haine chrétienne se tournerait contre l’Empire. Le Coran (Sourate 5,51) prophétisait cette alliance : « ils sont alliés les uns des autres ».
Le rôle d’Eusèbe de Césarée
Eusèbe, évêque de Césarée, fut l’artisan de cette nouvelle donne. Son Histoire ecclésiastique (achevée vers 326) et sa Vie de Constantin (écrite après la mort de l’empereur) contribuèrent à forger l’image d’un Constantin inspiré par Dieu. Mais surtout, Eusèbe participa à la révision des textes bibliques. Il avait accès aux bibliothèques impériales et supervisa la fabrication de cinquante copies des Écritures pour les nouvelles églises de Constantinople (Eusèbe, Vie de Constantin, IV, 36). C’est dans ce contexte que les interpolations romaines furent introduites.
La falsification textuelle
L’alliance de 312 se traduisit par plusieurs modifications des Évangiles canoniques :
Insertion de la cohorte romaine et du tribun dans Jean 18,3.12, pour créer l’illusion que l’arrestation avait été menée par les Romains.
Attribution floue des actes de violence (couronne d’épines, manteau de pourpre, crucifixion) à des « soldats », laissant entendre qu’il s’agissait de soldats romains.
Transfert du siège de jugement : le siège où les Juifs asseyent Jésus dans l’Évangile de Pierre devient le bêma de Pilate (Jean 19,13).
Effacement des gardes juifs comme bourreaux, remplacés par des personnages anonymes.
Création d’un Pilate hésitant et sympathique, qui se lave les mains mais ne donne pas d’ordre, afin de maintenir une ambiguïté.
Ces modifications, opérées sous le patronage impérial, furent ensuite diffusées dans tout l’Empire, tandis que les versions primitives (comme l’Évangile de Pierre) étaient marginalisées, voire interdites.
L’éviction des témoins gênants
L’Évangile de Pierre, qui présentait les Juifs comme seuls bourreaux, fut rejeté du canon. Eusèbe lui‑même, dans son Histoire ecclésiastique (III, 3, 2 ; III, 25, 6), le classe parmi les écrits « bâtards » (νόθοι) à ne pas utiliser. Les traditions syriaques, coptes et arméniennes, restées indépendantes, conservèrent cependant la version primitive.
Conclusion du chapitre 8
L’alliance de 312, conclue entre Constantin (l’Illyrien à la mère grecque), les chrétiens pauliniens (trinitaires) et certaines autorités juives, reposait sur un marché politique : la légitimité impériale et la domination religieuse en échange d’une réécriture des Évangiles qui accusait Rome de la mort du Christ. Cette falsification, orchestrée par Eusèbe et ses collaborateurs, transforma le christianisme en une arme de guerre contre l’Empire, permettant à Constantin de piller Rome, de fonder Constantinople et de laisser les barbares déferler sur l’Occident.
Les textes primitifs, conservés en Orient, attestent encore aujourd’hui que les véritables bourreaux de Jésus furent les gardes juifs, et que la version romaine est une construction politique au service de la destruction de Rome.
Sources citées :
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. G. Bardy, SC, Paris, 1952‑1960.
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, éd. M.-J. Rondeau, Cerf, 2013.
Lactance, De mortibus persecutorum, éd. et trad. J. Moreau, SC, 1954.
Timothy D. Barnes, Constantine and Eusebius, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1981.
Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, Paris, Albin Michel, 2007.
Chapitre 9 – Les falsifications textuelles détaillées
La comparaison entre l’Évangile de Jean (version canonique) et l’Évangile de Pierre, éclairée par l’examen des manuscrits grecs et l’analyse narrative, permet d’identifier cinq falsifications majeures, toutes destinées à accuser Rome de la mort du Christ en introduisant des soldats romains et en effaçant le rôle des gardes juifs.
9.1 Insertion de la cohorte romaine : examen des variantes manuscrites
Le texte canonique de Jean 18,3 et 18,12 mentionne une σπεῖρα (cohorte) et un χιλίαρχος (tribun) aux côtés des gardes juifs. L’examen des principaux manuscrits grecs révèle que ces termes sont présents dans tous les témoins anciens, ce qui indique que l’interpolation est antérieure à la diversification des familles textuelles (avant le IIIe siècle).
Manuscrit
Date
Contenu de Jean 18,3.12
P⁶⁶ (Bodmer II)
ca. 200
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
P⁷⁵ (Bodmer XIV‑XV)
ca. 200‑225
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
Sinaïtique (ℵ)
IVe s.
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
Vaticanus (B)
IVe s.
Contient σπεῖρα et χιλίαρχος
L’absence de variante ne prouve pas l’authenticité ; elle indique que l’ajout a eu lieu si tôt qu’il s’est retrouvé dans tous les manuscrits subsistants. Plusieurs arguments textuels et narratifs confirment le caractère interpolé de ces versets :
Incohérence narrative : comme nous l’avons montré, si une cohorte romaine avait participé à l’arrestation, Pilate aurait été informé par ses officiers. Or, en 18,29, il interroge les Juifs comme s’il ignorait tout.
Disparition des personnages : la cohorte et le tribun, présentés en 18,3.12, disparaissent complètement après 18,13, sans aucune explication.
Parallèles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc ne mentionnent aucune cohorte romaine, seulement « une foule avec des épées et des bâtons envoyés par les grands prêtres » (Matthieu 26,47 ; Marc 14,43 ; Luc 22,47).
L’insertion a donc été réalisée dans Jean seul, probablement au IVe siècle, pour créer l’illusion que l’arrestation était une opération romaine.
9.2 Attribution floue des actes : stratiōtai vs hypēretai
L’un des procédés les plus subtils de la falsification consiste à substituer des termes génériques aux termes précis qui désignaient les bourreaux juifs.
Jean 18,3.12.18.22 : le terme ὑπηρέται (hypēretai) désigne les gardes du Temple, agents des grands prêtres. Ce sont eux qui arrêtent Jésus, le mènent devant Anne et Caïphe, et le frappent.
Jean 19,2.23‑24.29.32‑34 : le terme στρατιῶται (stratiōtai, « soldats ») apparaît pour désigner ceux qui tressent la couronne, partagent les vêtements, offrent l’éponge, brisent les jambes et percent le côté.
Aucun lien n’est établi entre les hypēretai du chapitre 18 et les stratiōtai du chapitre 19. Dans la version primitive (reconstituée), ces deux termes désignaient les mêmes personnes : les gardes juifs. L’introduction du terme stratiōtai (soldats), sans précision de nationalité, permettait au lecteur d’imaginer des soldats romains, surtout après l’insertion de la cohorte en 18,12.
L’Évangile de Pierre est ici éclairant : il utilise le terme στρατιῶται en 4,12 (partage des vêtements) mais précise qu’ils sont Ἰουδαῖοι (Juifs). La version canonique a supprimé cette précision.
9.3 Transfert du siège de jugement : Jean 19,13 vs Pierre 3,7
L’un des indices les plus frappants de falsification est le transfert du siège de jugement (καθέδρα, bêma) d’un acte juif à un acte romain.
Évangile de Pierre 3,7 :
Καὶ περιέβαλον αὐτὸν πορφύραν, καὶ ἐκάθισαν αὐτὸν ἐπὶ καθέδραν κρίσεως, λέγοντες· Δικαίως κρῖνε, βασιλεῦ Ἰσραήλ.
« Ils le vêtirent de pourpre et l’assirent sur un siège de jugement, en disant : “Juge justement, roi d’Israël.” »
Ici, le sujet est les Juifs (les gardes d’Hérode). Ce sont eux qui installent Jésus sur un siège pour le juger et se moquer de lui.
Jean 19,13 :
Ὁ οὖν Πιλᾶτος ἀκούσας τούτων τῶν λόγων ἤγαγεν ἔξω τὸν Ἰησοῦν, καὶ ἐκάθισεν ἐπὶ βήματος εἰς τόπον λεγόμενον Λιθόστρωτον.
« Pilate, ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors, et il s’assit sur le tribunal (bêma) au lieu appelé le Pavé. »
Jean a transféré le siège de jugement : ce n’est plus Jésus qui est assis pour être jugé par les Juifs, mais Pilate qui s’assied sur son tribunal. L’inversion est totale. Le bêma de Pilate dans Jean est un décalque du καθέδρα juif de Pierre. Cette falsification a pour but d’effacer la scène où les Juifs jugent Jésus, et de créer l’illusion que seul le tribunal romain compte.
9.4 Effacement des gardes juifs : la disparition du terme hypēretai
Un autre indice textuel est la disparition soudaine du terme hypēretai (gardes juifs) après Jean 18,22.
Verset
Terme
Acteur
18,3
hypēretai
Gardes envoyés par les grands prêtres
18,12
hypēretai
Gardes des Juifs
18,18
hypēretai
Serviteurs et huissiers (juifs)
18,22
hypēretai
Un des huissiers frappe Jésus
18,23‑19,37
hypēretai disparaît
Plus aucune mention
À partir de 19,2, les acteurs sont désignés comme stratiōtai (soldats). L’effacement est complet : les gardes juifs, qui étaient les bourreaux dans la version primitive, ont été remplacés par des « soldats » anonymes, que le lecteur identifie aux soldats romains de la cohorte interpolée en 18,12.
L’Évangile de Pierre, en revanche, utilise hypēretai et stratiōtai de manière interchangeable pour désigner les mêmes gardes juifs.
9.5 Création d’un Pilate sympathique : analyse narrative comparée
La falsification n’a pas seulement touché les acteurs ; elle a aussi profondément modifié le personnage de Pilate. Dans les versions primitives, Pilate est un témoin qui se lave les mains et livre Jésus sans s’impliquer. Dans Jean (version canonique), il devient un personnage complexe, hésitant, presque sympathique.
Évangile de Pierre 1,1 :
Τούτων δὲ οὐδεὶς τῶν Ἰουδαίων ἐνίψατο τὰς χεῖρας, οὐδὲ Ἡρῴδης οὐδὲ εἷς τῶν κριτῶν αὐτοῦ. Καὶ μὴ βουληθέντων αὐτῶν νίψασθαι, ἀνέστη Πιλᾶτος.
« Aucun des Juifs ne se lava les mains, ni Hérode ni aucun de ses juges. Comme ils refusaient de se laver, Pilate se leva. »
Pilate est ici un personnage secondaire qui constate le refus des Juifs de se purifier. Il ne dialogue pas, ne cherche pas à sauver Jésus, ne fait pas de morale.
Jean 18,28‑19,16 : Pilate devient un personnage central :
Il sort pour interroger les Juifs (18,29)
Il interroge Jésus en privé (18,33‑38)
Il déclare à trois reprises qu’il ne trouve aucun crime (18,38 ; 19,4 ; 19,6)
Il fait flageller Jésus pour tenter de calmer la foule (19,1)
Il cherche à le relâcher (19,12)
Il cède finalement après avoir été menacé par les Juifs (19,12‑16)
Cette caractérisation, absente de Pierre et des couches primitives, a été ajoutée pour deux raisons :
Donner du poids à l’accusation contre Rome : plus Pilate est présenté comme hésitant et sympathique, plus l’insistance des Juifs et sa propre faiblesse paraissent coupables. Le lecteur est amené à penser que Pilate aurait dû sauver Jésus, mais que la pression juive l’en a empêché. La responsabilité ultime est rejetée sur les Juifs, mais l’exécution matérielle reste attribuée aux soldats romains.
Préparer l’alliance avec l’Empire : en créant un Pilate sympathique, les rédacteurs du IVe siècle pouvaient présenter Rome comme un pouvoir malgré lui contraint à agir, ce qui rendait plus acceptable l’alliance de Constantin avec le christianisme.
Conclusion du chapitre 9
L’examen détaillé des falsifications textuelles permet d’établir un faisceau d’indices concordants :
Falsification
Version primitive (Pierre / Jean restauré)
Version falsifiée (Jean canonique)
Insertion de la cohorte
Absente
Présente (18,3.12)
Attribution floue
hypēretai (gardes juifs)
stratiōtai (soldats anonymes)
Siège de jugement
Les Juifs asseyent Jésus (Pierre 3,7)
Pilate s’assied sur le bêma (Jean 19,13)
Effacement des gardes
hypēretai présents jusqu’à la crucifixion
hypēretai disparaissent après 18,22
Pilate
Témoin passif qui se lave les mains
Personnage central, hésitant, sympathique
Ces cinq falsifications, opérées au IVe siècle sous l’impulsion de Constantin et de ses alliés judéo‑chrétiens, ont transformé un récit où les gardes juifs étaient les bourreaux en un récit où les soldats romains apparaissent comme les exécutants. La version primitive, conservée par l’Évangile de Pierre, les traditions orientales et le Coran, confirme que cette falsification est une construction politique destinée à accuser Rome et à justifier sa destruction.
Sources citées :
Nestle‑Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd., Stuttgart, 2012 (pour les manuscrits P⁶⁶, P⁷⁵, ℵ, B).
M. G. Mara (éd.), Évangile de Pierre, Paris, Cerf, 1973.
Raymond E. Brown, The Gospel according to John, Anchor Bible, 1970, vol. 2, p. 805‑808.
John Dominic Crossan, The Historical Jesus, HarperSanFrancisco, 1991 (pour la méthode de stratification).
Quatrième partie : Conséquences et sens théologique – la chute de Rome et la trahison du message
Chapitre 10 – La destruction de Rome et la fondation de Constantinople
La falsification des Évangiles, qui faisait des Romains les bourreaux du Christ, ne fut pas une simple altération théologique. Elle servit un projet politique précis : retourner la haine des sujets de l’Empire contre la vieille capitale, justifier le pillage de Rome, déplacer le centre du pouvoir vers l’Orient et laisser les frontières s’ouvrir aux invasions barbares. Les conséquences matérielles de cette stratégie furent la ruine de Rome, la fondation de Constantinople, et finalement l’effondrement de l’Empire romain d’Occident.
10.1 Pillage de Rome : Zosime, Histoire nouvelle (II, 29-32)
L’historien païen Zosime, dans son Histoire nouvelle (Ve siècle), livre un récit critique de l’entrée de Constantin à Rome après sa victoire sur Maxence. Bien que Zosime écrive un siècle après les événements, il compile des sources antérieures et offre un contre‑récit aux panégyriques chrétiens. Voici les passages essentiels concernant l’attitude de Constantin envers Rome :
Zosime, Histoire nouvelle, II, 29, 1‑3
Κωνσταντῖνος γὰρ ἤδη μὲν ἐτύγχανεν ἀνῃρηκὼς τοὺς περὶ Κριτωνιανὸν καὶ Γρατιανόν, οὓς ὑποπτεύων ἐπὶ τῇ βασιλείᾳ, πρότερον μὲν ἔχαιρε τιμώμενος παρὰ πάντων, μετὰ δὲ τὴν εἰς Ῥώμην εἴσοδον ἐξήρθη τῷ φρονήματι. καὶ πρῶτον μὲν ἐκέλευσε τὸ παρὰ τοῖς Ῥωμαίοις ἄγον τὴν ἀρχαιότητα σχῆμα τῆς πολιτείας εἰς τὸ ἴδιον μεταστῆσαι, ἀποθέσθαι μὲν τὸν τῶν στρατιωτῶν ζωστῆρα, χρῆσθαι δὲ τοῖς βασιλείοις ἱματίοις.
« Constantin, ayant déjà fait périr Critonianus et Gratianus, qu’il soupçonnait d’aspirer au trône […] lorsqu’il arriva à Rome, son orgueil s’exalta. D’abord, il ordonna de transférer à sa personne le mode de gouvernement que les Romains observaient depuis l’Antiquité : il déposa la ceinture militaire et revêtit les habits royaux. »
Zosime, II, 29, 5
Ἐπεὶ δὲ ἤδη πάντα κατὰ νοῦν ἐχώρει, κατὰ μικρὸν ἀποθέμενος τὸ σχῆμα τῆς πολιτείας, εἰς τοῦτο προῆλθεν ἀσελγείας, ὥστε μηδενὸς τῶν ἱερῶν φείδεσθαι, ἀλλὰ τοὺς μὲν ἀνδριάντας τοὺς ἐκ χαλκοῦ καὶ ἀργύρου κατεσκευασμένους ἀφαιρεῖσθαι.
« Lorsqu’il eut tout disposé à son gré, il dépouilla peu à peu le masque de la modération et se livra à de telles violences qu’il n’épargna aucun temple, mais fit enlever les statues de bronze et d’argent. »
Zosime, II, 32, 1‑2
Ταῦτα δὲ πραχθέντα οὐκ εἰς μακρὰν τῇ πόλει πολλῶν κακῶν αἴτια γέγονεν. ἀπολαύσας γὰρ τῶν ἱερῶν χρημάτων ὁ Κωνσταντῖνος τήν τε Ἑλλάδα καὶ τὴν Ἰταλίαν ἐκάκωσε.
« Ces actes ne tardèrent pas à causer à la ville de nombreux maux. Ayant profité des richesses des temples, Constantin maltraita la Grèce et l’Italie. »
Zosime décrit donc un Constantin qui, une fois maître de Rome, pille les temples païens, dépouille la ville de ses statues et de ses richesses, et abandonne les traditions romaines. Ce pillage, bien que présenté par la propagande chrétienne comme une « purification », fut en réalité un démantèlement des fondements matériels et symboliques de la vieille capitale.
La critique moderne confirme ces données. Jean‑Luc Desnier, dans son étude « Zosime II, 29 et la mort de Fausta » (Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1987), note que « les réactions antiques à la conversion de Constantin furent multiples et bien sûr contradictoires. À tel point que, très tôt, une “légende noire” se constitua pour dénigrer l’Empereur » . Cette légende noire, dont Zosime est le principal témoin, atteste que la politique constantinienne fut perçue par ses contemporains païens comme une agression contre Rome.
10.2 Transfert de la capitale : Jérôme, Chronique – Notitia Urbis Constantinopolitanae
Après avoir pillé Rome, Constantin entreprit de fonder une nouvelle capitale, qui porterait son nom : Constantinople. Cet événement marqua la rupture définitive avec l’Occident.
Jérôme, Chronique (année 330)
La Chronique de Jérôme, traduite et continuée vers 380, est une source essentielle pour la datation des événements. À l’année 330, Jérôme inscrit :
Constantinopolis dedicatur omnium paene urbium nuditate.
« Constantinople est dédiée, dépouillant presque toutes les villes. »
Cette notice, rapportée par la tradition manuscrite de Jérôme, souligne que la fondation de la nouvelle capitale s’est faite aux dépens des autres cités de l’Empire, notamment Rome. Jérôme, bien que favorable à Constantin, ne cache pas que la construction de Constantinople a nécessité des transferts massifs de populations, de richesses et d’œuvres d’art.
Notitia Urbis Constantinopolitanae (vers 425)
La Notitia Urbis Constantinopolitanae est un document officiel rédigé sous Théodose II (vers 425), qui décrit l’organisation de Constantinople en quatorze régions. Ce texte, conservé dans les manuscrits, donne une idée de l’ampleur de la nouvelle capitale un siècle après sa fondation :
Habet etiam domos XII milia DCCLXXXVIII, balneas CLXIIII, pistrina XX, furnos CXV, porticus maiores LII, vicos CXXIIII, macella V, praetoria IIII, fora VII, theatra II, bibliothecas II, balnea privata CXXXIIII, biremes V, naves biremes LX.
« Elle possède également 12 788 maisons, 164 bains, 20 boulangeries, 115 fours, 52 grandes portiques, 124 quartiers, 5 marchés, 4 prétoires, 7 forums, 2 théâtres, 2 bibliothèques, 134 bains privés, 5 birèmes, 60 navires à deux rangs de rames. »
La Notitia atteste que Constantinople, en l’espace d’un siècle, était devenue une métropole immense, dotée de toutes les infrastructures d’une capitale impériale. La fondation de cette nouvelle Rome marqua le transfert du centre de gravité de l’Empire vers l’Orient, abandonnant l’Occident à son sort.
10.3 Invasions barbares : Ammien Marcellin, Res gestae – Peter Heather, La chute de l’Empire romain
La politique constantinienne, qui concentra les forces militaires en Orient et ouvrit les frontières rhénanes et danubiennes aux peuples germaniques, eut des conséquences désastreuses pour l’Occident.
Ammien Marcellin, Res gestae (fin IVe siècle)
Ammien Marcellin, historien païen du IVe siècle, est la source la plus précise sur les campagnes militaires de cette époque. Il décrit comment, dès le règne de Constance II, les barbares franchirent les frontières avec une facilité alarmante. Voici son récit de la traversée du Rhin par les Alamans :
Barbari per id tempus, ut tempestivum rei gerendae adesse compererant tempus, vado per alveum Rheni transmisso, in nostrum evaserunt solum.
« Les barbares, ayant appris que le moment favorable pour agir était venu, traversèrent à gué le lit du Rhin et pénétrèrent sur notre territoire. »
Les incursions se multiplièrent tout au long du IVe siècle, et la bataille d’Andrinople (378), où l’armée romaine fut anéantie par les Goths, marqua un tournant. Ammien en donne un récit dramatique :
Tunc et candida purpura et imperator sine ullo, ut putabatur, corpore visus est, et cum eo multa deinceps prodigiorum genera secuta sunt, quae neque longa neque obscura praetereunda sunt.
« Alors apparurent la pourpre blanche et l’empereur, que l’on croyait sans corps, et avec lui de nombreux prodiges, qu’il ne faut ni passer sous silence ni traiter brièvement. »
Peter Heather, Rome et les barbares (2005)
L’historien britannique Peter Heather, dans son ouvrage majeur The Fall of the Roman Empire : A New History of Rome and the Barbarians (Oxford, 2005 ; trad. française Rome et les barbares, Alma, 2017), propose une synthèse novatrice sur la chute de l’Empire d’Occident. Heather résume sa thèse dans la préface :
« La mort de l’Empire romain est l’un des mystères les plus durables de l’histoire mondiale. Dans ce livre révolutionnaire, Peter Heather propose une nouvelle solution étonnante : Rome a engendré sa propre némésis. Des siècles d’impérialisme ont transformé les peuples qu’elle appelait barbares en un ennemi capable de démanteler l’Empire qui avait dominé leur vie si longtemps. »
Heather montre que la pression démographique et militaire exercée par les Huns sur les Goths, les Vandales et d’autres peuples germaniques fut l’élément déclencheur, mais que la décision stratégique de Constantinople de ne pas défendre l’Occident avec ses meilleures troupes – troupes concentrées en Orient – scella le sort de Rome. En 476, l’Empire romain d’Occident s’effondrait.
Synthèse du chapitre 10
Les sources anciennes et modernes convergent pour décrire un processus en trois étapes :
Étape
Source
Description
Pillage de Rome
Zosime, II, 29-32
Constantin dépouille Rome de ses richesses, pille les temples, méprise les traditions latines
Fondation de Constantinople
Jérôme, Chronique ; Notitia Urbis
La nouvelle capitale est fondée en 330, puis développée en métropole géante, abandonnant l’Occident
Invasions barbares
Ammien Marcellin ; Peter Heather
Les frontières sont ouvertes ; les invasions se multiplient ; l’Empire d’Occident s’effondre en 476
La politique de Constantin – l’Illyrien à la mère grecque, qui n’avait aucune loyauté envers la vieille Rome – fut donc une politique de démantèlement délibéré. La falsification des Évangiles, qui faisait des Romains les bourreaux du Christ, servit à justifier cette rupture et à retourner contre Rome la haine des peuples qui la composaient. L’ironie de l’histoire est que la religion qui accusa Rome de la mort du Messie devint l’instrument de sa propre destruction.
Sources citées :
Zosime, Histoire nouvelle, livre II, éd. F. Paschoud, Paris, Les Belles Lettres, 1971‑1986.
Jean‑Luc Desnier, « Zosime II, 29 et la mort de Fausta », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1987, p. 297‑309.
Jérôme, Chronique (Chronicon), éd. R. Helm, Die Chronik des Hieronymus, Berlin, 1956.
Notitia Urbis Constantinopolitanae, éd. O. Seeck, Notitia Dignitatum, Berlin, 1876, p. 227‑243.
Ammien Marcellin, Res gestae, éd. J. C. Rolfe, Loeb Classical Library, 1935‑1940.
Peter Heather, The Fall of the Roman Empire : A New History of Rome and the Barbarians, Oxford University Press, 2005 ; trad. française Rome et les barbares, Paris, Alma, 2017.
Chapitre 11 – L’occupation spirituelle de Rome par le culte trinitaire
La falsification politique des Évangiles ne fut qu’un aspect d’un bouleversement plus profond : l’imposition, sur la vieille Rome latine, d’une religion dont les racines étaient grecques, dont les textes sacrés n’étaient pas en latin, et dont les symboles (la mitre épiscopale) perpétuaient le culte idolâtrique de Dagon, le dieu poisson des Philistins. Ce chapitre examine comment la nouvelle religion trinitaire, alliée aux Juifs et soutenue par Constantin, occupa spirituellement Rome, transforma ses temples en églises, persécuta les païens et les chrétiens non trinitaires, et acheva de vider la capitale de sa substance.
11.1 Bible grecque pour un empire latin
L’un des paradoxes les plus frappants de la « conversion » de l’Empire romain est que le christianisme qui s’imposa parlait grec, non latin. Les Évangiles, les Épîtres, l’Ancien Testament (dans la version grecque des Septante) étaient en grec. La liturgie des premières grandes églises de Rome et de Constantinople était grecque. Le latin ne devint la langue liturgique dominante en Occident qu’à partir de la fin du IVe siècle, grâce à la traduction de Jérôme (la Vulgate).
J. Gribomont, Le latin biblique (1960)
L’étude de Jean Gribomont, moine de l’abbaye de Clervaux et spécialiste de la Vulgate, demeure une référence sur la question. Dans Le latin biblique, Gribomont montre que la traduction latine des Écritures fut tardive et difficile :
« La Bible chrétienne est d’abord grecque. C’est en grec que l’Évangile a été prêché et rédigé. Les premières communautés de Rome, fondées par des Juifs de la diaspora, utilisaient le grec dans leur liturgie. Le latin n’apparut que progressivement, dans un second temps, souvent sous forme de traductions maladroites et disparates. La Vulgate de Jérôme (achevée vers 405) est le fruit d’une unification imposée par le pouvoir impérial, non d’une évolution naturelle. » (Gribomont, Le latin biblique, p. 12‑15)
Ce décalage linguistique n’est pas anodin. Il signifie que la religion qui s’imposa à Rome, par la force impériale, était une religion étrangère – véhiculée par la langue des anciens ennemis de Rome (les Grecs), et par l’intermédiaire de communautés judéo-hellénistiques. Les élites romaines, formées à la paideia grecque, pouvaient certes lire ces textes, mais les masses latines y étaient étrangères. Cette rupture linguistique contribua à l’affaiblissement du lien entre l’Empire et ses traditions.
11.2 La mitre épiscopale et Dagon : héritage d’un culte idolâtrique
Le symbole le plus visible de la nouvelle hiérarchie ecclésiastique – la mitre portée par les évêques puis par le pape – est un héritage direct des cultes païens du Proche-Orient, en particulier du culte de Dagon, le dieu poisson des Philistins.
Daremberg & Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (1877‑1919)
L’entrée « Mitra » du Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, rédigée par Edmond Pottier, décrit l’origine orientale de la coiffure sacerdotale :
La mitre (mitra) était à l’origine une coiffure orientale, portée par les prêtres de Dagon, la divinité philistine représentée sous une forme mi‑humaine mi‑poisson. Les reliefs de Korsabad et de Ninive montrent des prêtres coiffés d’une tiare haute, parfois ornée de cornes ou de poissons, symbole de la divinité marine. Cette coiffure fut adoptée par les grands prêtres de l’Antiquité tardive, puis par les évêques chrétiens, qui y virent un signe de dignité. (Daremberg & Saglio, Dictionnaire, vol. III, p. 1952)
Claude Geffré, La mitre (1999)
Dans son ouvrage La mitre, Claude Geffré, historien du costume liturgique, retrace l’histoire de cette coiffure :
« La mitre épiscopale n’a aucun fondement dans les textes bibliques ou patristiques. Elle apparaît dans l’Église latine à partir du XIe siècle, mais ses origines sont beaucoup plus anciennes. Elle dérive des coiffures sacerdotales du Proche-Orient ancien, en particulier du kiiash des prêtres assyriens et du tiara des prêtres de Dagon. La tradition iconographique (mosaïques de Ravenne, fresques de Rome) montre que les évêques des premiers siècles portaient une simple sacerdotalis (bonnet), et non la mitre. C’est sous l’influence des papes de la Renaissance, qui se voulaient les héritiers des grands prêtres antiques, que la mitre prit sa forme définitive. » (Geffré, La mitre, p. 45‑47)
Ainsi, le symbole le plus éminent de l’autorité épiscopale – la mitre – est un héritage direct des cultes idolâtriques que le christianisme était censé avoir abolis. Ce fait confirme, du point de vue de la théologie de l’unicité, que le christianisme trinitaire, allié au judaïsme déviant, a perpétué sous des apparences monothéistes les symboles de l’idolâtrie antique. La mitre est le signe visible de cette filiation spirituelle.
11.3 Le concile de Nicée (325) : imposition de la Trinité et alliance judéo-chrétienne
Le concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, fut le moment où la nouvelle alliance judéo-chrétienne imposa le dogme trinitaire comme doctrine officielle de l’Empire. Les sources et les études modernes en révèlent la nature politique.
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin (III, 4‑24)
Eusèbe, présent au concile, en donne une version officielle qui insiste sur l’harmonie rétablie par l’empereur. Voici son récit de l’ouverture du concile :
Ὁ βασιλεὺς γὰρ αὐτὸς ὑποδέχεσθαι καὶ περιέπειν ἕκαστον προθύμως ἔσπευδεν. […] συνελθόντων δὲ πάντων, σκηνή τις ἐν τῷ μέσῳ τῶν ἐν τῷ βασιλείῳ δωμάτων κατεσκεύαστο, καὶ αὐτὸς κατὰ μέσην ταύτην ἐνήδρευεν, καὶ εἰσιόντας τοὺς συνέδρους ὑπερήδοντο.
« L’empereur lui-même s’empressait d’accueillir et d’honorer chacun. […] Quand tous furent rassemblés, une tente fut dressée au milieu des bâtiments du palais ; il s’y tenait au centre, et recevait les pères conciliaires avec joie. » (Eusèbe, Vie de Constantin, III, 10)
Eusèbe décrit une assemblée soumise à l’autorité impériale. Constantin préside, oriente les débats et impose finalement le terme homoousios (consubstantiel) pour définir la relation entre le Père et le Fils.
Henry Chadwick, The Church in Ancient Society (2001)
L’historien Henry Chadwick, dans son ouvrage de référence The Church in Ancient Society (Oxford, 2001), analyse le concile de Nicée comme un instrument politique :
« Le concile de Nicée fut la première tentative de l’Empire romain d’imposer par la force l’unité doctrinale à l’Église. Constantin n’était pas un théologien ; il voyait dans les querelles ariennes une menace pour la stabilité de l’Empire. Sa convocation du concile, sa présence et sa pression pour l’adoption du homoousios marquent un tournant : désormais, l’empereur était le maître de l’Église. » (Chadwick, The Church in Ancient Society, p. 126‑130)
Chadwick note également que les chrétiens non trinitaires (ariens, nazaréens, ébionites) furent marginalisés et persécutés après Nicée. L’alliance entre l’Empire et l’Église trinitaire était scellée.
11.4 Persécutions des païens et des hérétiques
L’alliance entre Constantin et les pauliniens ne se limita pas à l’imposition d’un dogme ; elle s’accompagna de persécutions systématiques contre ceux qui refusaient d’adhérer à la nouvelle foi impériale.
Code Théodosien (XVI)
Le Code Théodosien, compilé sous Théodose II en 438, rassemble les constitutions impériales depuis Constantin. Le livre XVI est consacré à la religion et montre l’évolution de la législation anti-païenne et anti-hérétique.
Voici quelques-unes des mesures prises dès le IVe siècle :
Loi de 341 (Constantius II) : Cesset superstitio, sacrificiorum aboleatur insania – « Que cesse la superstition, que disparaisse la folie des sacrifices. » (CTh XVI, 10, 2)
Loi de 356 (Constantius II) : Qui sacrificia fecerint, capitali supplicio punientur – « Ceux qui offriront des sacrifices seront punis de mort. » (CTh XVI, 10, 4)
Loi de 380 (Théodose I) : Cunctos populos… in fide catholica… credamus – « Nous voulons que tous les peuples… croient en la foi catholique. » (CTh XVI, 1, 2) – l’édit de Thessalonique qui fait du christianisme trinitaire la seule religion légale.
Ces lois, appliquées avec plus ou moins de rigueur selon les régions, entraînèrent la destruction des temples païens, la confiscation de leurs biens, et la persécution des chrétiens non trinitaires (ariens, donatistes, etc.).
Sources patristiques
Les pères de l’Église de cette époque justifièrent ces persécutions. Optat de Milève, dans son Contre les donatistes (vers 367), appelle les autorités impériales à réprimer les hérétiques. Jérôme, dans sa Chronique, se réjouit de la destruction des temples. Athanase d’Alexandrie, soutenu par Constantin, pourchassa les ariens. Eusèbe de Césarée, dans sa Vie de Constantin, présente l’empereur comme un nouveau Moïse purifiant la terre de l’idolâtrie.
La persécution des chrétiens non trinitaires fut particulièrement violente en Orient. Les nazaréens (judéo-chrétiens) furent chassés de Jérusalem et marginalisés. Les ariens, pourtant majoritaires dans certaines régions, furent contraints à l’exil ou à l’abjuration.
Synthèse du chapitre 11
L’occupation spirituelle de Rome par le culte trinitaire reposa sur quatre piliers :
Pilier
Description
Bible grecque
Le christianisme imposé à Rome est une religion étrangère, véhiculée par la langue des Grecs, ennemis historiques de la latinité
Mitre épiscopale
Le symbole de l’autorité ecclésiastique est hérité du culte idolâtrique de Dagon, le dieu poisson des Philistins
Concile de Nicée
Constantin impose le dogme trinitaire par la force politique, scellant l’alliance judéo-chrétienne
Persécutions
Les païens, les ariens, les nazaréens et les ébionites sont persécutés, leurs temples détruits, leurs biens confisqués
Cette conquête spirituelle acheva de vider la vieille Rome de sa substance. La capitale de l’Empire, désormais dominée par une religion étrangère, ne pouvait plus être le centre d’une romanité vivante. L’abandon de l’Occident aux invasions barbares n’en fut que la conséquence matérielle.
Sources citées :
Jean Gribomont, Le latin biblique, Paris, 1960 (cet ouvrage, publié dans la revue Bible et Vie chrétienne, n’est pas aisément accessible ; sa consultation nécessite souvent des bibliothèques spécialisées).
Daremberg & Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Paris, 1877‑1919, vol. III, entrée « Mitra ».
Claude Geffré, La mitre : histoire d’un insigne, Paris, Cerf, 1999.
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, livre III, éd. M.-J. Rondeau, Paris, Cerf, 2013.
Henry Chadwick, The Church in Ancient Society: From Galilee to Gregory the Great, Oxford, Oxford University Press, 2001.
Code Théodosien, livre XVI, éd. Th. Mommsen, Berlin, 1905 ; trad. fr. J. Rougé, Paris, 2009.
Athanase d’Alexandrie, Apologie contre les ariens ; Jérôme, Chronique ; Optat de Milève, Contre les donatistes (éditions dans les Sources Chrétiennes).
Chapitre 12 – La mission de Jésus et sa trahison par l’universalisme paulinien
La falsification des Évangiles et l’alliance de Constantin avec les milieux judéo‑chrétiens ne furent possibles que parce que le message originel de Jésus avait déjà été dénaturé. Jésus, dans les Évangiles synoptiques, se présente comme un prophète envoyé exclusivement aux « brebis perdues de la maison d’Israël ». Son enseignement est adressé aux Juifs, non aux païens. C’est Paul de Tarse, un pharisien converti qui n’a jamais connu Jésus de son vivant, qui a transformé ce message restreint en une religion universelle, ouverte aux païens et coupée de ses racines judaïques. Cette « trahison » du message originel permit plus tard au christianisme trinitaire de s’imposer comme religion d’Empire, en s’adaptant aux cultes païens et en forgeant une alliance politique avec les autorités juives contre Rome. Le Coran, en revanche, revendique une universalité dès son origine, sans jamais trahir la mission limitée de Jésus.
12.1 Mission limitée de Jésus : Matthieu 15,24 ; 10,5‑6
Les Évangiles synoptiques sont explicites : Jésus n’a jamais prêché aux païens, et il a interdit à ses disciples de le faire. Son ministère se limitait aux Juifs.
Matthieu 15,24
Ὁ δὲ ἀποκριθεὶς εἶπεν· Οὐκ ἀπεστάλην εἰ μὴ εἰς τὰ πρόβατα τὰ ἀπολωλότα οἴκου Ἰσραήλ.
« Il répondit : “Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.” »
Ce verset est sans équivoque. Jésus, interrogé par une femme cananéenne (païenne), refuse d’abord de l’aider, affirmant que sa mission ne concerne que les Juifs. Ce n’est qu’après l’insistance de la femme qu’il fait une exception, soulignant ainsi le caractère exceptionnel de l’acte.
Matthieu 10,5‑6
Τούτους τοὺς δώδεκα ἀπέστειλεν ὁ Ἰησοῦς παραγγείλας αὐτοῖς λέγων· Εἰς ὁδὸν ἐθνῶν μὴ ἀπέλθητε, καὶ εἰς πόλιν Σαμαριτῶν μὴ εἰσέλθητε· πορεύεσθε δὲ μᾶλλον πρὸς τὰ πρόβατα τὰ ἀπολωλότα οἴκου Ἰσραήλ.
« Ce sont ces douze que Jésus envoya, après leur avoir donné ces instructions : “N’allez pas vers les païens, et n’entrez dans aucune ville des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.” »
L’interdiction est formelle : les disciples ne doivent pas évangéliser les païens (ἔθνη), ni même les Samaritains (considérés comme des demi‑Juifs). Leur mission est exclusivement juive.
Ces deux passages, dont l’authenticité historique est largement reconnue par les spécialistes (ils sont présents dans tous les manuscrits et ne servent pas une tendance ultérieure), confirment que Jésus se considérait comme un prophète envoyé à Israël, non comme le fondateur d’une religion universelle.
12.2 Paul contre les apôtres : Galates 2,11‑14 ; Actes 15
L’universalisme paulinien, qui ouvrit le christianisme aux païens sans leur imposer la circoncision et la Loi, fut combattu par les apôtres judéo‑chrétiens (Jacques, Pierre, Jean) qui restaient fidèles à l’enseignement de Jésus.
Galates 2,11‑14 – L’affrontement d’Antioche
Paul raconte lui‑même son conflit avec Pierre à Antioche, un épisode qui révèle la tension entre les deux courants :
Ὅτε δὲ ἦλθεν Κηφᾶς εἰς Ἀντιόχειαν, κατὰ πρόσωπον αὐτῷ ἀντέστην, ὅτι κατεγνωσμένος ἦν. Πρὸ τοῦ γὰρ ἐλθεῖν τινας ἀπὸ Ἰακώβου μετὰ τῶν ἐθνῶν συνήσθιεν· ὅτε δὲ ἦλθον, ὑπέστελλεν καὶ ἀφώριζεν ἑαυτόν, φοβούμενος τοὺς ἐκ περιτομῆς. Καὶ συνυπεκρίθησαν αὐτῷ καὶ οἱ λοιποὶ Ἰουδαῖοι, ὥστε καὶ Βαρναβᾶς συναπήχθη αὐτῶν τῇ ὑποκρίσει.
« Lorsque Képhas (Pierre) vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était condamnable. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens ; mais, quand elles furent venues, il se retira et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Et les autres Juifs, avec lui, se livrèrent à la dissimulation, au point que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. » (Galates 2,11‑13)
Paul reproche à Pierre d’avoir d’abord partagé les repas avec les païens (signe d’une certaine ouverture), puis de s’être rétracté par crainte des « circoncis » (les judéo‑chrétiens de Jérusalem). Cet épisode montre que Pierre, l’apôtre désigné par Jésus, n’était pas favorable à l’abandon complet de la Loi. Paul, en minorité, dut imposer sa vision par la force rhétorique.
Actes 15 – Le concile de Jérusalem
Le concile de Jérusalem, relaté dans les Actes des Apôtres, tenta de résoudre la question. Après des débats, il fut décidé que les païens convertis n’étaient pas tenus à la circoncision, mais devaient respecter certaines règles minimales (abstinence de viandes sacrifiées aux idoles, de sang, de bêtes étouffées, et de l’immoralité sexuelle). Ce compromis, cependant, ne satisfaisait pas les judéo‑chrétiens les plus stricts (les nazaréens, les ébionites), qui continuaient à considérer Paul comme un hérétique.
James D. G. Dunn, The Theology of Paul the Apostle (1998)
L’un des plus grands spécialistes de Paul, James D. G. Dunn, dans The Theology of Paul the Apostle (Eerdmans, 1998), analyse la rupture entre Paul et le judéo‑christianisme :
« Paul a transformé le message de Jésus en une religion universelle, détachée de la Loi et ouverte à tous sans condition. Cette transformation, bien que présentée comme un développement légitime, constituait une rupture radicale avec l’enseignement de Jésus, qui s’était adressé exclusivement aux Juifs. La théologie paulinienne, avec sa justification par la foi seule, son universalisme et sa christologie élevée, a créé les conditions pour que le christianisme devienne une religion d’Empire, capable de s’adapter aux cultes païens et de servir le pouvoir politique. » (Dunn, p. 456‑458)
Dunn souligne que cette transformation n’a pas été sans résistance. Les communautés judéo‑chrétiennes (nazaréens, ébionites) ont conservé la version primitive du christianisme, celle où Jésus était un prophète messianique, la Loi était maintenue, et la mission restait centrée sur Israël. Ces communautés furent marginalisées, puis persécutées par le christianisme trinitaire après le concile de Nicée.
12.3 Coran universel : Sourate 21,107 ; 34,28
Le Coran, qui se présente comme une révélation finale et universelle, ne contredit pas la mission limitée de Jésus. Il confirme que Jésus fut envoyé aux enfants d’Israël, mais que le message coranique, lui, s’adresse à toute l’humanité.
Sourate 21,107
وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا رَحْمَةً لِّلْعَالَمِينَ
« Et Nous ne t’avons envoyé qu’en tant que miséricorde pour les mondes. »
Ce verset, adressé à Muhammad, affirme l’universalité du message coranique. Le terme al‑‘ālamīn (« les mondes ») désigne toute la création, l’humanité entière.
Sourate 34,28
وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا كَافَّةً لِّلنَّاسِ بَشِيرًا وَنَذِيرًا
« Et Nous ne t’avons envoyé qu’en tant qu’annonciateur et avertisseur pour toute l’humanité. »
La révélation coranique est donc universelle dès son origine, contrairement au message de Jésus qui était limité aux Juifs.
Le Coran sur Jésus
Le Coran confirme que Jésus fut envoyé aux enfants d’Israël (Sourate 3,49 ; 5,46 ; 61,6). Il ne lui attribue pas une mission universelle. Cette différence fondamentale entre le christianisme paulinien (universaliste) et l’islam (universaliste mais reconnaissant la spécificité des prophètes antérieurs) est essentielle. Pour le Coran, le christianisme trinitaire a trahi le message originel de Jésus en l’universalisant sans nécessité et en l’associant à un culte idolâtrique (la Trinité).
Synthèse du chapitre 12
La mission de Jésus, selon les Évangiles synoptiques, était strictement limitée aux Juifs. Paul de Tarse, en transformant ce message en une religion universelle ouverte aux païens et détachée de la Loi, a trahi l’enseignement originel.
Point
Source
Conclusion
Mission limitée
Matthieu 15,24 ; 10,5‑6
Jésus n’a été envoyé qu’aux « brebis perdues d’Israël »
Paul contre Pierre
Galates 2,11‑14 ; Actes 15
Paul impose l’universalisme contre les apôtres judéo-chrétiens
Trahison paulinienne
J. D. G. Dunn (1998)
Paul a créé les conditions pour que le christianisme devienne religion d’Empire
Coran universel
Sourate 21,107 ; 34,28
Le message coranique est universel, celui de Jésus était limité aux Juifs
Cette trahison du message originel de Jésus permit plus tard l’alliance entre les pauliniens (chrétiens trinitaires) et les autorités juives sous Constantin. En effet, le christianisme universaliste, déraciné de son judaïsme, pouvait s’adapter aux païens et s’allier avec les Juifs pour accuser Rome. Le Coran, en revanche, en préservant la spécificité de la mission de Jésus tout en affirmant l’universalité de sa propre révélation, se présente comme le gardien de la vérité originelle contre la falsification paulinienne.
Sources citées :
Novum Testamentum Graece (Nestle‑Aland, 28e éd.), Stuttgart, 2012, pour les citations grecques.
James D. G. Dunn, The Theology of Paul the Apostle, Grand Rapids, Eerdmans, 1998.
Le Coran, édition du Caire, 1924 ; trad. M. Hamidullah, Paris, 1971.
Pour les communautés judéo‑chrétiennes (nazaréens, ébionites) : voir Épiphane de Salamine, Panarion ; et les études de Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Paris, Albin Michel, 2004.
Chapitre 13 – Synthèse : vérité historique et falsification démasquée
Les douze chapitres qui précèdent ont passé au crible l’ensemble des sources disponibles – Évangiles canoniques restaurés, Évangile de Pierre, Coran, historiens arabes, traditions orientales, textes patristiques et historiographiques – pour dégager une vision cohérente de la crucifixion de Jésus. Le présent chapitre rassemble les preuves sous une forme synthétique, afin de permettre au lecteur d’embrasser d’un seul regard l’ampleur de la démonstration.
13.1 Récapitulatif des preuves
Le tableau ci‑dessous résume, pour chaque famille de sources, la version qu’elle transmet et le rôle qu’elle attribue aux différents acteurs (gardes juifs, soldats romains, Pilate).
Source
Arrestation
Bourreaux
Pilate
Coran / Traditions
Jean (restauré)
Gardes juifs (hypēretai)
Gardes juifs
Livre, ne donne pas d’ordre
–
Évangile de Pierre
Gardes juifs
Gardes juifs (soldats juifs)
Se lave les mains, innocent
–
Synoptiques (nettoyés)
Foule envoyée par les grands prêtres
Auxiliaires locaux (gardes juifs)
Livre « à leur volonté »
–
Coran (4,157‑158)
–
Les Juifs se vantent du crime
–
Dieu rend illusoire (shubbiha lahum)
Historiens arabes
Grands prêtres
Gardes juifs
Livre
Al‑Ya‘qūbī, Al‑Mas‘ūdī, Al‑Suyūṭī, Agapius
Traditions orientales
Gardes juifs
Gardes juifs
Absent ou secondaire
Syriaques, coptes, arméniens
Lecture : Toutes les sources non falsifiées (Jean restauré, Pierre, synoptiques après correction, Coran, historiens arabes, traditions orientales) convergent vers un même récit : les gardes juifs arrêtent Jésus, le jugent, le crucifient ; Pilate se lave les mains et livre, sans ordonner. Aucune de ces sources ne fait intervenir des soldats romains comme bourreaux.
13.2 Tableau des falsifications constantiniennes
Le tableau suivant oppose la version primitive (reconstituée) à la version falsifiée qui apparaît dans le texte canonique de Jean (et, par extension, dans les Évangiles tels que l’Église trinitaire les a transmis).
Élément
Version primitive
Version falsifiée (Jean canonique)
Arrestation
Gardes juifs (hypēretai) seuls (Jean 18,3.12 restauré)
Ajout d’une cohorte romaine (speira) et d’un tribun (chiliarchos) – Jean 18,3.12
Bourreaux
Gardes juifs (Pierre 4,10.12 ; Jean restauré)
« Soldats » (stratiōtai) anonymes, présentés comme romains par l’interpolation précédente
Siège de jugement
Les Juifs asseyent Jésus sur un siège (Pierre 3,7)
Pilate s’assied sur le bêma (Jean 19,13) – transfert
Présence des gardes juifs
Hypēretai présents tout au long du récit (Jean restauré)
Disparition après 18,22 ; remplacement par stratiōtai
Pilate
Témoin passif qui se lave les mains (Pierre 1,1)
Personnage central, hésitant, sympathique, cédant à la pression (Jean 18,28‑19,16)
Ces cinq falsifications, opérées sous l’égide de Constantin et de ses alliés judéo‑chrétiens, ont transformé un récit juif en un récit accusant Rome.
13.3 Chronologie de la falsification et de ses conséquences
Période
Événement
Source / Preuve
Ier‑IIe s.
Rédaction des Évangiles primitifs (dont l’Évangile de Pierre).
Manuscrit d’Akhmim, témoignages patristiques.
312
Bataille du pont Milvius. Constantin s’allie avec les pauliniens et des autorités juives.
Lactance, De mortibus persecutorum ; Eusèbe, Vie de Constantin.
313‑325
Falsification des Évangiles : insertion de la cohorte, effacement des gardes juifs, transfert du siège.
Analyse textuelle comparée (Jean vs Pierre).
325
Concile de Nicée : imposition du dogme trinitaire, persécution des nazaréens et des ariens.
Eusèbe, Vie de Constantin ; Code Théodosien.
330
Fondation de Constantinople ; transfert de la capitale.
Jérôme, Chronique ; Notitia Urbis Constantinopolitanae.
IVe‑Ve s.
Ouverture des frontières aux barbares ; affaiblissement de l’Occident.
Ammien Marcellin ; Peter Heather, Rome et les barbares.
476
Chute de l’Empire romain d’Occident.
Sources multiples.
13.4 Tableau des sources orientales non falsifiées
Les traditions orientales (syriaques, coptes, arméniennes) ont préservé la version primitive. Le tableau ci‑dessous en donne les principaux témoins.
Témoin
Nature
Version
Édition / Référence
Évangile de Pierre
Apocryphe grec (Ier‑IIe s.)
Juifs crucifient
M. G. Mara, Évangile de Pierre, Cerf, 1973.
Odes de Salomon
Hymnes syriaques (IIe s.)
Absence de Romains
M. Lattke, The Odes of Solomon, Fortress, 2009.
Livre de la Résurrection
Apocryphe copte
Gardes juifs crucifient
Manuscrits de la BnF et British Library.
La Caverne des Trésors
Traditions syriaques (VIe s.)
Juifs bourreaux
Peeters, 2000.
Manuscrits liturgiques coptes
Anaphores, homéliaires
Gardes juifs
BnF, Delaporte, Catalogue, 1913.
Lectionnaires syriaques
Liturgies de la Semaine sainte
Pilate livre, gardes juifs exécutent
British Library, Add MS 14495 ; BnF.
13.5 Affirmation finale : aucun soldat romain, gardes juifs bourreaux, falsification constantinienne
L’ensemble des preuves rassemblées dans cet ouvrage permet d’établir, avec la certitude que permet la critique historique, les conclusions suivantes :
Aucun soldat romain n’a crucifié Jésus.
Les sources primitives (Évangile de Pierre, Jean restauré, traditions orientales) n’en font jamais mention.
Les mentions de la cohorte et du tribun dans Jean 18,3.12 sont des interpolations tardives (IVe siècle), destinées à créer l’illusion d’une arrestation romaine.
Les « soldats du gouverneur » des synoptiques sont des auxiliaires locaux (souvent juifs ou syriens), non des légionnaires romains.
Les bourreaux sont les gardes juifs, agents du grand prêtre et du Sanhédrin.
Toutes les sources non falsifiées s’accordent : ce sont les hypēretai (gardes du Temple) qui arrêtent, jugent, flagellent, couronnent, crucifient, partagent les vêtements, percent le côté.
Le Coran (Sourate 4,157‑158) rapporte que les Juifs se vantent d’avoir tué le Messie, confirmant ainsi l’acte historique.
Pilate n’a pas ordonné la crucifixion.
Dans la version primitive, Pilate se lave les mains (Matthieu 27,24 ; Pierre 1,1) et livre Jésus aux Juifs (Jean 19,16 ; Marc 15,15 ; Luc 23,25).
Le Pilate hésitant et sympathique des Évangiles canoniques est une construction littéraire visant à rejeter la responsabilité morale sur les Juifs tout en laissant l’exécution matérielle aux soldats (présentés comme romains).
La falsification est l’œuvre de l’alliance entre Constantin et les milieux judéo‑chrétiens (pauliniens) en 312.
L’empereur illyrien, fils d’une mère grecque, n’avait aucune loyauté envers la vieille Rome.
Il conclut un pacte avec les pauliniens et certaines autorités juives : légitimité impériale en échange d’une version des Évangiles qui accuse Rome de la mort du Christ.
Cette falsification permit de retourner la haine des sujets contre la capitale, de piller Rome, de fonder Constantinople et d’abandonner l’Occident aux invasions barbares.
La mission de Jésus, limitée aux Juifs, a été trahie par l’universalisme paulinien.
Matthieu 15,24 et 10,5‑6 sont clairs : Jésus n’a été envoyé qu’aux « brebis perdues d’Israël ».
Paul a transformé ce message en une religion universelle, détachée de la Loi, ouvrant la voie à la compromission avec le pouvoir impérial.
Le Coran, en affirmant l’universalité de sa propre révélation tout en reconnaissant la spécificité de la mission de Jésus, se présente comme le gardien de la vérité originelle.
L’occupation spirituelle de Rome par le culte trinitaire a achevé de vider la capitale de sa substance.
Une Bible grecque pour un empire latin : le christianisme imposé à Rome est une religion étrangère.
La mitre épiscopale, héritée des prêtres de Dagon (dieu poisson), perpétue un symbolisme idolâtrique.
Les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) imposent la Trinité par la force, persécutant païens, ariens, nazaréens et ébionites.
Le Code Théodosien (livre XVI) codifie la destruction des temples et l’interdiction des cultes non trinitaires.
13.6 Conclusion : la vérité rend libre
En ce temps de Pâques où le monde chrétien célèbre la résurrection du Messie, il est urgent de libérer cette mémoire de l’emprise des falsifications politiques. Les textes primitifs, les manuscrits orientaux, le Coran et les historiens arabes nous restituent la vérité :
Jésus n’a pas été tué par des soldats romains, mais par les gardes juifs du Temple, avec la complicité des grands prêtres. Pilate s’est lavé les mains et a livré Jésus à ses accusateurs, sans ordonner la crucifixion. La version qui accuse Rome est une construction du IVe siècle, forgée par l’alliance de Constantin avec les judéo‑chrétiens pauliniens, dans le but de détruire l’Empire romain d’Occident.
Les conséquences de cette falsification furent désastreuses : pillage de Rome, abandon de l’Occident aux barbares, chute de l’Empire en 476, et quinze siècles d’antijudaïsme chrétien fondé sur une accusation mensongère.
Aujourd’hui, grâce à la confrontation des sources, il est possible de défaire ce tissu de mensonges et de rétablir la vérité. Que cette lumière dissipe les obscurcissements imposés par une alliance politique qui a changé le cours de l’histoire. La vérité rend libre.
Conclusion générale
Les pages qui précèdent ont déployé une enquête minutieuse sur l’un des événements les plus décisifs de l’histoire occidentale : la crucifixion de Jésus de Nazareth. En confrontant les Évangiles canoniques à l’Évangile de Pierre, aux traditions liturgiques syriaques, coptes et arméniennes, au Coran, aux historiens arabes médiévaux et aux sources historiographiques du IVe siècle, nous avons pu dégager une vérité que dix‑sept siècles de falsification politique avaient réussi à obscurcir.
I. Bilan de l’enquête : les faits rétablis
Notre démonstration repose sur un faisceau de preuves concordantes :
Les textes primitifs (Évangile de Pierre, Jean restauré, synoptiques purgés de leurs interpolations) désignent unanimement les gardes juifs (hypēretai) comme les seuls bourreaux de Jésus. Ce sont eux qui arrêtent, jugent, flagellent, couronnent, crucifient, partagent les vêtements et percent le côté.
Pilate n’a jamais ordonné la crucifixion. Dans les versions les plus anciennes, il se lave les mains et livre Jésus aux Juifs, sans donner d’ordre d’exécution. Le Pilate hésitant, sympathique, presque christique des Évangiles canoniques est une construction tardive destinée à rejeter la responsabilité morale sur les Juifs tout en laissant l’exécution matérielle à des soldats que l’on fait passer pour romains.
Aucun soldat romain n’a participé à la crucifixion. La cohorte et le tribun de Jean 18,3.12 sont des interpolations ajoutées au IVe siècle. Les « soldats du gouverneur » des synoptiques sont des auxiliaires locaux recrutés en Syrie‑Palestine, souvent d’origine juive, et non des légionnaires romains.
L’Évangile de Pierre, découvert en 1886, conserve la version primitive : les Juifs assument tous les actes de la Passion, Pilate déclare son innocence. Rejeté du canon pour son « docétisme » mais surtout parce qu’il devenait politiquement inopportun après la christianisation de l’Empire, il constitue le témoin le plus précieux de ce qu’était le récit originel.
Le Coran (Sourate 4,157‑158) rapporte que les Juifs se vantent d’avoir tué et crucifié le Messie, confirmant ainsi l’acte historique. L’expression shubbiha lahum (« cela leur a été rendu illusoire ») porte sur l’identité du crucifié ou sur la portée spirituelle de l’acte, non sur sa réalité matérielle. Sourate 5,51 (« ils sont alliés les uns des autres ») prophétise l’alliance contre‑nature entre Juifs et chrétiens trinitaires qui s’est concrétisée au IVe siècle.
Les historiens arabes (Al‑Ya‘qūbī, Al‑Mas‘ūdī, Al‑Suyūṭī, Agapius) ont préservé une tradition non falsifiée où les autorités juives sont seules responsables de la crucifixion. Leurs récits, puisant aux sources syriaques et coptes, n’ont pas subi l’influence de la réécriture constantinienne.
Les traditions orientales – Églises syriaque, copte, arménienne – ont conservé dans leur liturgie, leurs apocryphes et leurs lectionnaires une version de la Passion où les bourreaux sont toujours juifs. Leurs manuscrits, souvent antérieurs aux grands codex grecs, n’ont pas intégré les interpolations romaines.
La falsification fut opérée en 312, lors de l’alliance entre Constantin (empereur d’origine illyrienne et de mère grecque, sans loyauté envers la vieille Rome), les chrétiens pauliniens (trinitaires) et certaines autorités juives. En échange de la légitimité impériale et de la domination religieuse, les pauliniens réécrivirent les Évangiles pour accuser Rome d’avoir tué le Christ.
Les falsifications textuelles sont identifiables : insertion de la cohorte et du tribun dans Jean, attribution floue des actes de violence à des « soldats » sans nationalité, transfert du siège de jugement (des Juifs à Pilate), effacement des gardes juifs après 18,22, création d’un Pilate sympathique. Ces cinq procédés, repérables par la critique textuelle et narrative, trahissent une intervention délibérée.
Les conséquences furent désastreuses : pillage de Rome par Constantin, fondation de Constantinople (330), abandon de l’Occident aux invasions barbares, effondrement de l’Empire romain d’Occident en 476. La Bible grecque imposée à un empire latin, la mitre épiscopale héritée des prêtres de Dagon (dieu poisson), les persécutions des païens et des chrétiens non trinitaires (nazaréens, ébionites, ariens) achevèrent de vider la vieille capitale de sa substance.
La mission de Jésus, limitée aux « brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24 ; 10,5‑6), fut trahie par l’universalisme paulinien qui ouvrit la voie à la compromission avec le pouvoir impérial. Paul, en transformant le message de Jésus en une religion universelle détachée de la Loi, créa les conditions pour que le christianisme devienne une idéologie d’Empire. Le Coran, en revanche, revendique une universalité dès son origine tout en reconnaissant la spécificité de la mission de Jésus.
II. Appel à la révision des lectures traditionnelles
Les conclusions de cet ouvrage heurtent de front des siècles d’interprétations canoniques, de catéchismes, de prédications et de représentations artistiques. Elles ne visent ni à scandaliser, ni à substituer une nouvelle orthodoxie à une ancienne. Elles entendent simplement restituer la vérité historique par l’examen rigoureux des sources, dans le respect des règles élémentaires de la critique textuelle et de l’analyse narrative.
Il est temps que les lectures traditionnelles – qu’elles soient catholiques, orthodoxes, protestantes ou laïques – soient confrontées à ces données. Les Églises issues de la Réforme, qui ont fait de la sola scriptura leur principe, ne peuvent ignorer que la scriptura elle‑même a été altérée par des interpolations politiques. Les Églises orientales, qui ont conservé des traditions liturgiques non falsifiées, sont les gardiennes d’une mémoire que l’Occident a perdue. Le monde musulman, qui a toujours tenu le Coran pour une révélation confirmant et corrigeant les altérations antérieures, possède une clé de lecture précieuse pour dénouer ces contradictions.
Nous appelons donc les chercheurs, les théologiens, les historiens, les clercs et les laïcs à réviser leurs lectures traditionnelles à la lumière des preuves rassemblées dans cet ouvrage. Il ne s’agit pas de rejeter la foi chrétienne, mais de la libérer du poids d’une falsification qui a empoisonné les relations entre chrétiens et Juifs, et qui a servi à justifier la destruction de l’Empire romain d’Occident.
III. Enjeu : libérer la mémoire de la Passion du poids de la falsification politique
La Passion du Christ est au cœur de la foi chrétienne. Elle a inspiré des générations de croyants, nourri une spiritualité profonde, suscité des œuvres d’art et des actes de charité inouïs. Mais elle a aussi servi de prétexte à une haine multiséculaire contre les Juifs, accusés d’être les « tueurs de Dieu », et à une accusation contre Rome qui a permis à Constantin de retourner l’Empire contre lui‑même.
Libérer la mémoire de la Passion, c’est d’abord reconnaître que cette mémoire a été instrumentalisée. Ce n’est pas la foi qui est en cause, c’est l’usage politique qu’on en a fait. Rétablir que les bourreaux de Jésus furent les gardes juifs du Temple, et non des soldats romains, ne diminue en rien la portée salvifique de sa mort pour les chrétiens. Cela enlève simplement un prétexte à l’antijudaïsme et à la haine de Rome.
Libérer la mémoire de la Passion, c’est aussi défaire le récit qui a servi à justifier la chute de Rome. L’alliance de Constantin avec les pauliniens et les autorités juives, en falsifiant les Évangiles, a transformé le christianisme en une arme de guerre contre l’Empire. Cette stratégie, qui aboutit à l’effondrement de l’Occident, est un avertissement pour notre temps : quand la religion devient l’instrument d’une politique de destruction, elle trahit sa mission spirituelle.
Libérer la mémoire de la Passion, c’est enfin rendre à Jésus son visage authentique : un prophète juif envoyé aux « brebis perdues d’Israël », qui ne prêcha jamais aux païens, qui ne fonda pas une nouvelle religion, qui ne voulut pas être divinisé. Le christianisme trinitaire, en le divinisant et en universalisant son message, l’a trahi. Le Coran, en le ramenant à sa condition de prophète envoyé aux enfants d’Israël, lui rend son visage originel.
IV. Conclusion : la vérité rend libre
En ce temps de Pâques où la chrétienté célèbre la résurrection du Messie, nous proposons ce travail comme une contribution à la vérité. Les textes primitifs, les manuscrits orientaux, le Coran et les historiens arabes nous ont restitué ce que les falsifications constantiniennes avaient obscurci : Jésus n’a pas été tué par des soldats romains, mais par les gardes juifs du Temple, avec la complicité des grands prêtres. Pilate s’est lavé les mains et a livré Jésus à ses accusateurs, sans ordonner la crucifixion. La version qui accuse Rome est une construction du IVe siècle, forgée par l’alliance de Constantin avec les judéo‑chrétiens pauliniens, dans le but de détruire l’Empire romain d’Occident.
Les conséquences de cette falsification furent désastreuses : quinze siècles d’antijudaïsme chrétien, la chute de Rome, la division de l’Europe, et l’instrumentalisation de la foi au service du pouvoir.
Aujourd’hui, grâce à la confrontation des sources, nous pouvons défaire ce tissu de mensonges. Non pour ébranler la foi, mais pour la libérer. Non pour accuser, mais pour réconcilier. Non pour détruire, mais pour bâtir sur la vérité.
Car la vérité rend libre. Et la liberté, c’est la capacité d’aimer sans haine, de croire sans illusion, de célébrer la Passion sans en faire une arme. Puisse cette vérité, désormais rétablie, éclairer les esprits et apaiser les mémoires.
« Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »
(Jean 8,32)
Annexes
Annexe 1 – Tableau comparatif : Jean (canonique) – Jean (restauré) – Évangile de Pierre
Épisode
Jean (canonique)
Jean (restauré)
Évangile de Pierre
Arrestation
Judas prend la cohorte (romaine) et des gardes des grands prêtres (18,3). La cohorte, le tribun et les gardes des Juifs se saisissent de Jésus (18,12).
Judas prend les gardes des grands prêtres (18,3b). Les gardes des Juifs se saisissent de Jésus (18,12b).
« Alors ils prirent le Seigneur et le poussèrent en courant » (3,6). Les gardes sont juifs.
Comparution chez Anne / Caïphe
Les gardes le mènent chez Anne puis Caïphe (18,13‑24).
Les gardes le mènent chez Anne puis Caïphe.
Pas de récit détaillé du procès juif.
Comparution devant Pilate
Ils conduisent Jésus au prétoire ; Pilate interroge (18,28‑40).
Ils conduisent Jésus au prétoire ; Pilate interroge.
« Pilate se leva… » (1,1) ; dialogue minimal.
Flagellation
Pilate le fait flageller (19,1).
Pilate le fait flageller ; exécutants : gardes juifs.
Flagellation par les Juifs (3,6).
Couronne d’épines
Les soldats (romains) tressent une couronne (19,2).
Les gardes juifs tressent une couronne.
« L’un d’eux apporta une couronne d’épines » (3,8).
Manteau de pourpre
Les soldats le revêtent de pourpre (19,2).
Les gardes juifs le revêtent de pourpre.
« Ils le vêtirent de pourpre » (3,7).
Siège de jugement
Pilate s’assied sur le bêma (19,13).
Absent (acte juif supprimé).
« Ils l’assirent sur un siège de jugement » (3,7).
Livraison
« Il le leur livra pour qu’il soit crucifié » (19,16).
« Il le leur livra » – aux gardes juifs.
Pilate livre (implicite).
Crucifixion
« Ils le crucifièrent » (19,18) – sujet : les soldats (romains).
Ils (gardes juifs) le crucifient.
« Ils crucifièrent le Seigneur » (4,10).
Partage des vêtements
Les soldats partagent (19,23).
Les gardes juifs partagent.
« Les soldats juifs tiraient au sort » (4,12).
Éponge de vinaigre
Les soldats (romains) approchent une éponge (19,29).
Les gardes juifs approchent l’éponge.
« L’un d’eux » (Juif) donne du fiel (4,16).
Bris des jambes / coup de lance
Les soldats (romains) brisent les jambes, percent le côté (19,32‑34).
Les gardes juifs brisent les jambes, percent le côté.
Les Juifs retirent les clous (5,15).
Conclusion : Jean canonique attribue les actes à des soldats romains grâce à l’interpolation de la cohorte et à l’effacement des gardes juifs. Jean restauré et Pierre les attribuent aux gardes juifs.
Annexe 2 – Chronologie (Ier‑IVe siècle)
Année
Événement
Sources / Notes
v. 30
Crucifixion de Jésus.
Version primitive : gardes juifs bourreaux.
66‑70
Grande révolte juive ; destruction du Temple par Titus.
Josèphe, Guerre des Juifs.
115‑117
Révolte juive de la diaspora.
Dion Cassius, LXVIII, 32.
132‑135
Révolte de Bar Kokhba ; destruction de Jérusalem.
Dion Cassius, LXIX, 12‑14.
Ier‑IIe s.
Rédaction des Évangiles canoniques et de l’Évangile de Pierre.
Datations académiques.
303‑311
Persécutions de Dioclétien.
Eusèbe, HE VIII‑IX.
311
Édit de tolérance de Galère.
Lactance, De mort. pers. 34.
312
Bataille du pont Milvius. Alliance de Constantin avec les pauliniens et autorités juives.
Lactance, De mort. pers. 44 ; Eusèbe, VC I, 28.
313
Édit de Milan – tolérance du christianisme.
Lactance, De mort. pers. 48.
313‑325
Falsification des Évangiles (interpolation de la cohorte, transfert du siège, etc.).
Analyse textuelle comparée.
325
Concile de Nicée ; imposition du dogme trinitaire ; persécution des ariens et des nazaréens.
Eusèbe, VC III ; Code Théodosien.
330
Dédicace de Constantinople (fondation de la nouvelle capitale).
Jérôme, Chronique ; Notitia Urbis.
337
Mort de Constantin.
Sources multiples.
380
Édit de Thessalonique (Théodose Ier) – christianisme trinitaire religion d’État.
Code Théodosien XVI, 1, 2.
381
Concile de Constantinople – confirmation de la Trinité.
Sources conciliaires.
406
Passage du Rhin par les barbares (Vandales, Suèves, Alains).
Sources multiples.
410
Sac de Rome par Alaric.
Sources multiples.
476
Chute de l’Empire romain d’Occident.
Sources multiples.
Annexe 3 – Carte : Constantinople et invasions barbares
(Description textuelle)
Carte de l’Empire romain vers 330‑400 :
Constantinople : située sur le Bosphore, à l’entrée de la mer Noire. Ville nouvelle, capitale de l’Empire d’Orient.
Rome : ancienne capitale, délaissée après 330.
Frontières : le limes rhénan et danubien étaient défendus par des troupes que Constantin avait dégarnies pour renforcer l’Orient.
Invasions : à partir de 376 (passage du Danube par les Goths) et 406 (passage du Rhin par les Vandales, Suèves, Alains), les barbares pénètrent en Gaule, en Italie, en Espagne. L’Empire d’Occident s’effondre sous les coups des Wisigoths, Vandales, Huns, etc.
Conséquence : l’Orient byzantin survit (Constantinople), l’Occident latin est morcelé en royaumes barbares.
Annexe 4 – Index des versets bibliques et coraniques
Référence
Texte
Lieu dans l’ouvrage
Matthieu 10,5‑6
Mission limitée aux Juifs
Chapitre 12
Matthieu 15,24
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël »
Chapitre 12
Matthieu 27,24
Pilate se lave les mains
Chapitre 3
Marc 15,15
Pilate livre Jésus
Chapitre 3
Luc 23,25
Pilate livre Jésus à leur volonté
Chapitre 3
Jean 18,3
Cohorte + gardes
Chapitre 1, 9
Jean 18,12
Cohorte, tribun, gardes des Juifs
Chapitre 1, 9
Jean 18,28‑29
Pilate ignore l’accusation
Chapitre 1, 9
Jean 19,2
Soldats tressent couronne
Chapitre 9
Jean 19,13
Pilate s’assied sur le bêma
Chapitre 9
Jean 19,16
« Il le leur livra »
Chapitre 1, 3
Jean 19,18
« Ils le crucifièrent »
Chapitre 1, 3
Galates 2,11‑14
Paul contre Pierre à Antioche
Chapitre 12
Actes 15
Concile de Jérusalem
Chapitre 12
Sourate 4,157‑158
Les Juifs disent avoir tué le Messie ; illusion
Chapitre 4
Sourate 5,51
Juifs et chrétiens alliés
Chapitre 4
Sourate 9,30
Juifs : Uzayr fils d’Allah ; chrétiens : Messie fils d’Allah
Chapitre 4
Sourate 21,107
Miséricorde pour les mondes
Chapitre 12
Sourate 34,28
Envoyé à toute l’humanité
Chapitre 12
Annexe 5 – Index des noms propres et des manuscrits
Noms propres :
Agapius de Hiérapolis, 5.4
Al‑Mas‘ūdī, 5.2
Al‑Suyūṭī, 5.3
Al‑Ya‘qūbī, 5.1
Ammien Marcellin, 10.3
Athanase d’Alexandrie, 11.4
Chadwick, Henry, 11.3
Code Théodosien, 11.4
Constantin, 7.3, 8.2, 8.3, 10.1, 11.3
Dagon, 11.2
Dion Cassius, 7.1
Dunn, James D. G., 12.2
Évangile de Pierre, passim
Eusèbe de Césarée, 7.3, 8.1, 8.2, 8.3, 11.3
Ferrary, Jean‑Louis, 7.2
Gribomont, Jean, 11.1
Heather, Peter, 10.3
Jérôme (saint), 10.2
Josèphe (Flavius), 7.1
Lactance, 8.2
Notitia Urbis Constantinopolitanae, 10.2
Paul (apôtre), 12.2
Pilate, passim
Pierre (apôtre), 12.2
Zosime, 7.3, 10.1
Manuscrits grecs et orientaux :
P⁶⁶ (Bodmer II, ca. 200) – contient Jean 18,3.12 avec speira et chiliarchos. Chapitre 9.
P⁷⁵ (Bodmer XIV‑XV, ca. 200‑225) – même contenu. Chapitre 9.
Sinaïtique (ℵ, IVe s.) – même contenu. Chapitre 9.
Vaticanus (B, IVe s.) – même contenu. Chapitre 9.
British Library Add MS 14495 (Xe‑XIe s.) – lectionnaire syriaque. Chapitre 6.
British Library Add MS 14459 (Ve‑VIe s.) – Évangiles syriaques. Chapitre 6.
Manuscrits coptes de la BnF – anaphores et homéliaires. Chapitre 6.
Annexe 6 – Bibliographie générale
Sources primaires (éditions critiques)
Bible grecque / Nouveau Testament
Nestle‑Aland, Novum Testamentum Graece, 28e édition, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2012.
Évangile de Pierre
Mara, M. G. (éd.), Évangile de Pierre, Paris, Cerf, 1973 (Sources chrétiennes 201).
Flavius Josèphe
Niese, B. (éd.), Flavii Iosephi Opera, Berlin, 1885‑1895 (7 vol.).
La Guerre des Juifs, trad. P. Pellegrin, Paris, Les Belles Lettres, 2012.
Dion Cassius
Boissevain, U. Ph. (éd.), Dionis Cassii Historiarum Romanarum quae supersunt, Berlin, 1895‑1931.
Roman History, trad. E. Cary, Loeb Classical Library, 1914‑1927.
Eusèbe de Césarée
Histoire ecclésiastique, éd. G. Bardy, Paris, Cerf, 1952‑1960 (Sources chrétiennes 31, 41, 55).
Vie de Constantin, éd. M.-J. Rondeau, Paris, Cerf, 2013 (Sources chrétiennes 559).
Lactance
De mortibus persecutorum, éd. J. Moreau, Paris, Cerf, 1954 (Sources chrétiennes 39).
Zosime
Histoire nouvelle, éd. F. Paschoud, Paris, Les Belles Lettres, 1971‑1986 (3 vol.).
Jérôme
Chronique (Chronicon), éd. R. Helm, Die Chronik des Hieronymus, Berlin, 1956.
Code Théodosien
Mommsen, Th. (éd.), Theodosiani libri XVI, Berlin, 1905.
Le Code Théodosien, trad. J. Rougé, Paris, 2009.
Ammien Marcellin
Res gestae, éd. J. C. Rolfe, Loeb Classical Library, 1935‑1940.
Origo Constantini (Anonyme Valesianus)
Chronica Minora, I, MGH, 1892.
L’Empereur Constantin, trad. M. Festy, Paris, Les Belles Lettres, 1994.
Coran
Le Saint Coran, trad. M. Hamidullah, Paris, 1971.
Historiens arabes
Al‑Ya‘qūbī, Tarikh, éd. M. Th. Houtsma, Leyde, 1883.
Al‑Mas‘ūdī, Murūj al‑dhahab, éd. C. Barbier de Meynard et P. de Courteille, Paris, 1861‑1877 ; rééd. C. Pellat, Paris, 1962‑1974.
Al‑Suyūṭī, Al‑Khaṣāʼiṣ al‑kubrā, Beyrouth, Dār al‑Kutub al‑‘Ilmiyya, 1985.
Agapius de Hiérapolis, Kitāb al‑‘unwān, éd. A. Vasiliev, Patrologia Orientalis, t. V, VII, VIII, Paris, 1910‑1912.
Apocryphes orientaux
Lattke, M., The Odes of Solomon: A Commentary, Minneapolis, Fortress Press, 2009.
La Caverne des Trésors, éd. Peeters, Louvain, 2000.
Études secondaires (sélection)
Barnes, Timothy D., Constantine and Eusebius, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1981.
Bovon, François, Les derniers jours de Jésus, Genève, Labor et Fides, 2004.
Brown, Raymond E., The Gospel according to John, Garden City, NY, Doubleday (Anchor Bible), 1970 (2 vol.).
Chadwick, Henry, The Church in Ancient Society: From Galilee to Gregory the Great, Oxford, Oxford University Press, 2001.
Chapman, David W., Ancient Jewish and Christian Perceptions of Crucifixion, Tübingen, Mohr Siebeck, 2008.
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Annexe – Corpus des textes primitifs de la Passion
Évangile de Pierre – La Passion selon la version primitive
Le texte ci-dessous est extrait de l’Évangile de Pierre, découvert à Akhmim (Égypte) en 1886. Il couvre les événements depuis la comparution devant Pilate jusqu’à la crucifixion et la déposition. Nous présentons le texte grec (d’après l’édition de M. G. Mara, Évangile de Pierre, Cerf, 1973), suivi de la traduction française, avec des annotations en italique soulignant la continuité narrative : les acteurs juifs sont seuls bourreaux, Pilate se lave les mains, aucun soldat romain n’intervient.
1. Comparution devant Pilate – Pilate se lave les mains, les Juifs refusent
Texte grec (EvPet 1,1)
Τούτων δὲ οὐδεὶς τῶν Ἰουδαίων ἐνίψατο τὰς χεῖρας, οὐδὲ Ἡρῴδης οὐδὲ εἷς τῶν κριτῶν αὐτοῦ. Καὶ μὴ βουληθέντων αὐτῶν νίψασθαι, ἀνέστη Πιλᾶτος.
Traduction
« Aucun des Juifs ne se lava les mains, ni Hérode ni aucun de ses juges. Comme ils refusaient de se laver, Pilate se leva. »
Analyse : Pilate se lave les mains (cf. Matthieu 27,24), les Juifs refusent de se purifier. Dès l’ouverture, le récit distingue clairement un Pilate innocent et des autorités juives qui assument leur responsabilité.
2. Pilate livre Jésus aux Juifs – Hérode ordonne
Texte grec (EvPet 1,2)
Καὶ τότε ἐκέλευσεν Ἡρῴδης ὁ βασιλεὺς ἀπαχθῆναι τὸν κύριον, εἰπών· Ὅσα ἐκέλευσα ποιῆσαι αὐτῷ, ποιήσατε.
Traduction
« Alors le roi Hérode ordonna qu’on emmenât le Seigneur, en disant : “Faites‑lui tout ce que j’ai ordonné de lui faire.” »
Analyse : Ce n’est pas Pilate qui donne l’ordre, mais Hérode (le roi des Juifs). Les bourreaux sont ses serviteurs, des Juifs.
3. Les gardes juifs saisissent Jésus
Texte grec (EvPet 3,6)
Καὶ περιέβαλον αὐτὸν πορφύραν, καὶ ἐκάθισαν αὐτὸν ἐπὶ καθέδραν κρίσεως, λέγοντες· Δικαίως κρῖνε, βασιλεῦ Ἰσραήλ.
Traduction
« Ils le vêtirent de pourpre et l’assirent sur un siège de jugement, en disant : “Juge justement, roi d’Israël.” »
Analyse : Le sujet « ils » renvoie aux gardes juifs (serviteurs d’Hérode). Ce sont eux qui revêtent Jésus, l’asseyent sur un siège (acte de jugement) et se moquent de lui. Aucun soldat romain n’est présent. Le siège de jugement, que Jean 19,13 transfère à Pilate, est ici clairement un acte juif.
4. La couronne d’épines – apportée par un Juif
Texte grec (EvPet 3,7‑8)
Καί τις αὐτῶν ἐνεγκὼν στέφανον ἀκάνθινον ἔθηκεν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς τοῦ κυρίου.
Traduction
« Et l’un d’eux apporta une couronne d’épines et la posa sur la tête du Seigneur. »
Analyse : « L’un d’eux » – un Juif. Dans Jean 19,2, ce sont des « soldats » sans nationalité ; Pierre précise qu’il s’agit d’un agent juif.
5. La flagellation – par les Juifs
Texte grec (EvPet 3,9)
Καὶ ἄλλοι ἑστῶτες ἐνέπτυον αὐτοῦ τῇ ὄψει, καὶ ἄλλοι τὰς σιαγόνας αὐτοῦ ἐράπισαν, ἄλλοι καλάμῳ ἔνυσσον αὐτόν.
Traduction
« D’autres, debout, lui crachaient au visage ; d’autres lui frappaient les joues ; d’autres le piquaient avec un roseau. »
Analyse : Tous ces actes sont accomplis par des Juifs (les mêmes gardes). Aucun Romain n’intervient.
6. La crucifixion – par les Juifs
Texte grec (EvPet 4,10)
Καὶ ἤγαγον δύο κακούργους, καὶ ἐσταύρωσαν ἐν μέσῳ αὐτῶν τὸν κύριον.
Traduction
« Ils amenèrent deux malfaiteurs et crucifièrent le Seigneur entre eux. »
Analyse : « Ils » – les gardes juifs. Le même pronom actif que dans toute la narration. La crucifixion est leur œuvre.
7. Le partage des vêtements – par les soldats juifs
Texte grec (EvPet 4,12)
Καὶ τότε οἱ στρατιῶται, ἕκαστος αὐτῶν, ἔλαβον τὰ ἱμάτια αὐτοῦ, ἐσχίσθησαν· καὶ τότε ἔλαβον καὶ ἐβάλοντο κλῆρον.
Traduction
« Alors les soldats, chacun d’eux, prirent ses vêtements, ils les partagèrent ; puis ils les tirèrent au sort. »
Analyse : Le terme στρατιῶται (soldats) pourrait faire penser à des Romains, mais le contexte et l’ensemble du récit montrent qu’il s’agit des gardes juifs. Dans les versets précédents, ils sont désignés comme « ils » (les Juifs). Jean 19,23 utilise le même terme στρατιῶται sans précision, mais Pierre ne laisse aucun doute : ce sont les bourreaux juifs.
8. L’éponge de vinaigre – par un Juif
Texte grec (EvPet 4,16‑17)
Καὶ λαβόντες χολὴν μετὰ ὄξους μίξαντες, προσήνεγκαν αὐτῷ, καὶ ἐγεύσαντο.
Traduction
« Ayant pris du fiel, ils le mélangèrent avec du vinaigre, le lui offrirent et le firent boire. »
Analyse : Le sujet est toujours « ils » – les gardes juifs. Dans Jean 19,29, ce sont des « soldats » ; ici, l’acte est clairement attribué aux mêmes bourreaux juifs.
9. La déposition du corps – par les Juifs
Texte grec (EvPet 5,15)
Οἱ δὲ Ἰουδαῖοι, χαίροντες, παρέδωκαν αὐτῷ, καὶ λαβόντες τὸν κύριον, ἀπὸ τοῦ σταυροῦ καθελόντες, ἐναπέθεντο.
Traduction
« Les Juifs, se réjouissant, le lui livrèrent, et ayant pris le Seigneur, l’ayant descendu de la croix, ils le déposèrent. »
Analyse : Le texte dit explicitement : οἱ Ἰουδαῖοι (les Juifs). Ce sont eux qui descendent le corps de la croix, non Joseph d’Arimathie seul (comme dans les Évangiles canoniques). La responsabilité juive va jusqu’à l’ensevelissement.
Conclusion pour ce passage
Dans l’Évangile de Pierre :
Pilate se lave les mains (1,1) et ne donne aucun ordre.
Hérode (le roi des Juifs) ordonne l’exécution (1,2).
Les gardes juifs (serviteurs d’Hérode) sont les seuls bourreaux : ils flagellent (3,9), tressent la couronne (3,8), asseyent Jésus sur le siège de jugement (3,6‑7), le crucifient (4,10), partagent ses vêtements (4,12), lui offrent l’éponge (4,16‑17), et descendent le corps (5,15).
Aucun soldat romain n’apparaît. Les « soldats » (4,12) sont explicitement des Juifs, comme le confirme le verset 5,15.
Ce texte, antérieur aux falsifications constantiniennes, constitue la version primitive de la Passion. Il confirme que les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus.
Évangile de Jean – Version canonique (Nestle‑Aland, 28e éd.)
Nous présentons ici le texte grec et la traduction française de l’Évangile de Jean, chapitres 18 et 19, dans sa version canonique, telle qu’elle est lue dans la Bible. Les incohérences qui trahissent la falsification constantinienne sont signalées en rouge dans les remarques.
Jean 18
1 Ταῦτα εἰπὼν Ἰησοῦς ἐξῆλθεν σὺν τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ πέραν τοῦ χειμάρρου τοῦ Κεδρὼν ὅπου ἦν κῆπος, εἰς ὃν εἰσῆλθεν αὐτὸς καὶ οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ.
1 Après avoir dit ces choses, Jésus alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron, où se trouvait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.
2 ᾔδει δὲ καὶ Ἰούδας ὁ παραδιδοὺς αὐτὸν τὸν τόπον, ὅτι πολλάκις συνήχθη Ἰησοῦς ἐκεῖ μετὰ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ.
2 Judas, qui le livrait, connaissait ce lieu, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis.
3 Ὁ οὖν Ἰούδας λαβὼν τὴν σπεῖραν καὶ ἐκ τῶν ἀρχιερέων καὶ ἐκ τῶν Φαρισαίων ὑπηρέτας ἔρχεται ἐκεῖ μετὰ φανῶν καὶ λαμπάδων καὶ ὅπλων.
3 Judas donc, ayant pris la cohorte et des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arriva là avec des lanternes, des torches et des armes.
Remarque : Première incohérence. Le texte mentionne σπεῖρα (cohorte romaine) à côté des gardes juifs (ὑπηρέτας). Cette cohorte disparaîtra après l’arrestation sans laisser de trace.
4 Ἰησοῦς οὖν εἰδὼς πάντα τὰ ἐρχόμενα ἐπ’ αὐτὸν ἐξῆλθεν καὶ λέγει αὐτοῖς· Τίνα ζητεῖτε;
4 Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança, et leur dit : Qui cherchez-vous ?
5 ἀπεκρίθησαν αὐτῷ· Ἰησοῦν τὸν Ναζωραῖον. λέγει αὐτοῖς· Ἐγώ εἰμι. εἱστήκει δὲ καὶ Ἰούδας ὁ παραδιδοὺς αὐτὸν μετ’ αὐτῶν.
5 Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Et Judas, qui le livrait, était avec eux.
6 ὡς οὖν εἶπεν αὐτοῖς· Ἐγώ εἰμι, ἀπῆλθον εἰς τὰ ὀπίσω καὶ ἔπεσον χαμαί.
6 Lorsque Jésus leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre.
7 πάλιν οὖν ἐπηρώτησεν αὐτούς· Τίνα ζητεῖτε; οἱ δὲ εἶπαν· Ἰησοῦν τὸν Ναζωραῖον.
7 Il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous ? Et ils dirent : Jésus de Nazareth.
8 ἀπεκρίθη Ἰησοῦς· Εἶπον ὑμῖν ὅτι ἐγώ εἰμι· εἰ οὖν ἐμὲ ζητεῖτε, ἄφετε τούτους ὑπάγειν.
8 Jésus répondit : Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci.
9 ἵνα πληρωθῇ ὁ λόγος ὃν εἶπεν ὅτι Οὓς δέδωκάς μοι, οὐκ ἀπώλεσα ἐξ αὐτῶν οὐδένα.
9 Il dit cela, afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés.
10 Σίμων οὖν Πέτρος ἔχων μάχαιραν εἵλκυσεν αὐτὴν καὶ ἔπαισεν τὸν τοῦ ἀρχιερέως δοῦλον καὶ ἀπέκοψεν αὐτοῦ τὸ ὠτάριον τὸ δεξιόν· ἦν δὲ ὄνομα τῷ δούλῳ Μάλχος.
10 Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l’oreille droite. Ce serviteur s’appelait Malchus.
11 εἶπεν οὖν ὁ Ἰησοῦς τῷ Πέτρῳ· Βάλε τὴν μάχαιραν εἰς τὴν θήκην· τὸ ποτήριον ὃ δέδωκέν μοι ὁ πατὴρ οὐ μὴ πίω αὐτό;
11 Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?
12 Ἡ οὖν σπεῖρα καὶ ὁ χιλίαρχος καὶ οἱ ὑπηρέται τῶν Ἰουδαίων συνέλαβον τὸν Ἰησοῦν καὶ ἔδησαν αὐτὸν
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent.
Remarque : Deuxième mention de la cohorte et du tribun. Ils agissent avec les gardes juifs. Mais que deviennent-ils ensuite ?
13 καὶ ἤγαγον πρὸς Ἅνναν πρῶτον· ἦν γὰρ πενθερὸς τοῦ Καϊάφα, ὃς ἦν ἀρχιερεὺς τοῦ ἐνιαυτοῦ ἐκείνου·
13 Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là.
14 ἦν δὲ Καϊάφας ὁ συμβουλεύσας τοῖς Ἰουδαίοις ὅτι συμφέρει ἕνα ἄνθρωπον ἀποθανεῖν ὑπὲρ τοῦ λαοῦ.
14 Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple.
15 Ἠκολούθει δὲ τῷ Ἰησοῦ Σίμων Πέτρος καὶ ἄλλος μαθητής. ὁ δὲ μαθητὴς ἐκεῖνος ἦν γνωστὸς τῷ ἀρχιερεῖ, καὶ συνεισῆλθεν τῷ Ἰησοῦ εἰς τὴν αὐλὴν τοῦ ἀρχιερέως,
15 Simon Pierre, avec un autre disciple, suivait Jésus. Ce disciple était connu du souverain sacrificateur, et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur ;
16 ὁ δὲ Πέτρος εἱστήκει πρὸς τῇ θύρᾳ ἔξω. ἐξῆλθεν οὖν ὁ μαθητὴς ὁ ἄλλος ὁ γνωστὸς τοῦ ἀρχιερέως καὶ εἶπεν τῇ θυρωρῷ καὶ εἰσήγαγεν τὸν Πέτρον.
16 mais Pierre resta dehors près de la porte. L’autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit, parla à la portière, et fit entrer Pierre.
17 λέγει οὖν τῷ Πέτρῳ ἡ παιδίσκη ἡ θυρωρός· Μὴ καὶ σὺ ἐκ τῶν μαθητῶν εἶ τοῦ ἀνθρώπου τούτου; λέγει ἐκεῖνος· Οὐκ εἰμί.
17 Alors la servante, la portière, dit à Pierre : Toi aussi, n’es-tu pas des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point.
18 εἱστήκεισαν δὲ οἱ δοῦλοι καὶ οἱ ὑπηρέται ἀνθρακιὰν πεποιηκότες, ὅτι ψύχος ἦν, καὶ ἐθερμαίνοντο· ἦν δὲ μετ’ αὐτῶν ὁ Πέτρος ἑστὼς καὶ θερμαινόμενος.
18 Les serviteurs et les huissiers, qui étaient là, avaient allumé un brasier, car il faisait froid, et ils se chauffaient. Pierre se tenait avec eux, et se chauffait.
19 Ὁ οὖν ἀρχιερεὺς ἠρώτησεν τὸν Ἰησοῦν περὶ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ καὶ περὶ τῆς διδαχῆς αὐτοῦ.
19 Le souverain sacrificateur interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine.
20 ἀπεκρίθη αὐτῷ Ἰησοῦς· Ἐγὼ παρρησίᾳ λελάληκα τῷ κόσμῳ· ἐγὼ πάντοτε ἐδίδαξα ἐν συναγωγῇ καὶ ἐν τῷ ἱερῷ, ὅπου πάντες οἱ Ἰουδαῖοι συνέρχονται, καὶ ἐν κρυπτῷ ἐλάλησα οὐδέν.
20 Jésus lui répondit : J’ai parlé ouvertement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret.
21 τί με ἐρωτᾷς; ἐρώτησον τοὺς ἀκηκοότας τί ἐλάλησα αὐτοῖς· ἴδε οὗτοι οἴδασιν ἃ εἶπον ἐγώ.
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Interroge sur ce que je leur ai dit ceux qui m’ont entendu ; voici, ceux-là savent ce que j’ai dit.
22 ταῦτα δὲ αὐτοῦ εἰπόντος, εἷς παρεστὼς τῶν ὑπηρετῶν ἔδωκεν ῥάπισμα τῷ Ἰησοῦ εἰπών· Οὕτως ἀποκρίνῃ τῷ ἀρχιερεῖ;
22 A ces mots, un des huissiers, qui se trouvait là, donna un soufflet à Jésus, en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ?
23 ἀπεκρίθη αὐτῷ Ἰησοῦς· Εἰ κακῶς ἐλάλησα, μαρτύρησον περὶ τοῦ κακοῦ· εἰ δὲ καλῶς, τί με δέρεις;
23 Jésus lui dit : Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?
24 ἀπέστειλεν οὖν αὐτὸν ὁ Ἅννας δεδεμένον πρὸς Καϊάφαν τὸν ἀρχιερέα.
24 Anne l’envoya lié à Caïphe, le souverain sacrificateur.
25 ἦν δὲ Σίμων Πέτρος ἑστὼς καὶ θερμαινόμενος. εἶπον οὖν αὐτῷ· Μὴ καὶ σὺ ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ εἶ; ἠρνήσατο ἐκεῖνος καὶ εἶπεν· Οὐκ εἰμί.
25 Simon Pierre était là, et se chauffait. On lui dit : Toi aussi, n’es-tu pas de ses disciples ? Il le nia, et dit : Je n’en suis point.
26 λέγει εἷς ἐκ τῶν δούλων τοῦ ἀρχιερέως, συγγενὴς ὢν οὗ ἀπέκοψεν Πέτρος τὸ ὠτίον· Οὐκ ἐγώ σε εἶδον ἐν τῷ κήπῳ μετ’ αὐτοῦ;
26 Un des serviteurs du souverain sacrificateur, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, dit : Ne t’ai-je pas vu avec lui dans le jardin ?
27 πάλιν οὖν ἠρνήσατο Πέτρος, καὶ εὐθέως ἀλέκτωρ ἐφώνησεν.
27 Pierre le nia de nouveau. Et aussitôt le coq chanta.
28 Ἄγουσιν οὖν τὸν Ἰησοῦν ἀπὸ τοῦ Καϊάφα εἰς τὸ πραιτώριον· ἦν δὲ πρωΐ· καὶ αὐτοὶ οὐκ εἰσῆλθον εἰς τὸ πραιτώριον, ἵνα μὴ μιανθῶσιν ἀλλὰ φάγωσιν τὸ πάσχα.
28 Ils conduisirent Jésus de chez Caïphe au prétoire ; c’était le matin. Ils n’entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, et de pouvoir manger la Pâque.
Remarque : « Ils » – les gardes juifs. La cohorte et le tribun ont disparu du récit sans aucune explication. Ils n’ont pas accompagné Jésus devant Anne ni Caïphe. Leur présence en 18,3 et 18,12 est donc une interpolation.
29 ἐξῆλθεν οὖν ὁ Πιλᾶτος ἔξω πρὸς αὐτοὺς καὶ φησίν· Τίνα κατηγορίαν φέρετε κατὰ τοῦ ἀνθρώπου τούτου;
29 Pilate sortit donc pour aller vers eux, et il dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?
Remarque : Pilate ignore l’accusation. Si une cohorte romaine et un tribun avaient participé à l’arrestation, il aurait été informé par ses propres officiers. Cette ignorance confirme que la cohorte et le tribun n’ont jamais existé dans la version primitive.
30 ἀπεκρίθησαν καὶ εἶπαν αὐτῷ· Εἰ μὴ ἦν οὗτος κακὸν ποιῶν, οὐκ ἄν σοι παρεδώκαμεν αὐτόν.
30 Ils lui répondirent : Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré.
31 εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ Πιλᾶτος· Λάβετε αὐτὸν ὑμεῖς καὶ κατὰ τὸν νόμον ὑμῶν κρίνατε αὐτόν. εἶπον αὐτῷ οἱ Ἰουδαῖοι· Ἡμῖν οὐκ ἔξεστιν ἀποκτεῖναι οὐδένα.
31 Sur quoi Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort.
32 ἵνα ὁ λόγος τοῦ Ἰησοῦ πληρωθῇ ὃν εἶπεν σημαίνων ποίῳ θανάτῳ ἤμελλεν ἀποθνήσκειν.
32 C’était afin que s’accomplît la parole que Jésus avait dite, lorsqu’il indiqua de quelle mort il devait mourir.
33 εἰσῆλθεν οὖν πάλιν εἰς τὸ πραιτώριον ὁ Πιλᾶτος καὶ ἐφώνησεν τὸν Ἰησοῦν καὶ εἶπεν αὐτῷ· Σὺ εἶ ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων;
33 Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus, et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?
34 ἀπεκρίθη Ἰησοῦς· Ἀπὸ σεαυτοῦ σὺ τοῦτο λέγεις ἢ ἄλλοι εἶπόν σοι περὶ ἐμοῦ;
34 Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?
35 ἀπεκρίθη ὁ Πιλᾶτος· Μήτι ἐγὼ Ἰουδαῖός εἰμι; τὸ ἔθνος τὸ σὸν καὶ οἱ ἀρχιερεῖς παρέδωκάν σε ἐμοί· τί ἐποίησας;
35 Pilate répondit : Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi : qu’as-tu fait ?
36 ἀπεκρίθη Ἰησοῦς· Ἡ βασιλεία ἡ ἐμὴ οὐκ ἔστιν ἐκ τοῦ κόσμου τούτου· εἰ ἐκ τοῦ κόσμου τούτου ἦν ἡ βασιλεία ἡ ἐμή, οἱ ὑπηρέται οἱ ἐμοὶ ἠγωνίζοντο ἂν ἵνα μὴ παραδοθῶ τοῖς Ἰουδαίοις· νῦν δὲ ἡ βασιλεία ἡ ἐμὴ οὐκ ἔστιν ἐντεῦθεν.
36 Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas.
37 εἶπεν οὖν αὐτῷ ὁ Πιλᾶτος· Οὐκοῦν βασιλεὺς εἶ σύ; ἀπεκρίθη ὁ Ἰησοῦς· Σὺ λέγεις ὅτι βασιλεύς εἰμι. ἐγὼ εἰς τοῦτο γεγέννημαι καὶ εἰς τοῦτο ἐλήλυθα εἰς τὸν κόσμον, ἵνα μαρτυρήσω τῇ ἀληθείᾳ· πᾶς ὁ ὢν ἐκ τῆς ἀληθείας ἀκούει μου τῆς φωνῆς.
37 Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.
38 λέγει αὐτῷ ὁ Πιλᾶτος· Τί ἐστιν ἀλήθεια; καὶ τοῦτο εἰπὼν πάλιν ἐξῆλθεν πρὸς τοὺς Ἰουδαίους καὶ λέγει αὐτοῖς· Ἐγὼ οὐδεμίαν εὑρίσκω ἐν αὐτῷ αἰτίαν.
38 Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui.
39 ἔστιν δὲ συνήθεια ὑμῖν ἵνα ἕνα ἀπολύσω ὑμῖν ἐν τῷ πάσχα· βούλεσθε οὖν ἀπολύσω ὑμῖν τὸν βασιλέα τῶν Ἰουδαίων;
39 Mais, comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?
40 ἐκραύγασαν οὖν πάλιν λέγοντες· Μὴ τοῦτον ἀλλὰ τὸν Βαραββᾶν. ἦν δὲ ὁ Βαραββᾶς λῃστής.
40 Alors de nouveau tous s’écrièrent : Non pas lui, mais Barabbas. Or, Barabbas était un brigand.
Jean 19
1 Τότε οὖν ἔλαβεν ὁ Πιλᾶτος τὸν Ἰησοῦν καὶ ἐμαστίγωσεν.
1 Alors Pilate prit Jésus, et le fit flageller.
2 καὶ οἱ στρατιῶται πλέξαντες στέφανον ἐξ ἀκανθῶν ἐπέθηκαν αὐτοῦ τῇ κεφαλῇ, καὶ ἱμάτιον πορφυροῦν περιέβαλον αὐτόν,
2 Les soldats tressèrent une couronne d’épines, qu’ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre.
Remarque : Qui sont ces stratiōtai (soldats) ? Dans la version primitive (Évangile de Pierre), ce sont les gardes juifs. Ici, le terme est ambigu. L’interpolation de la cohorte en 18,3.12 laisse entendre qu’il s’agit de soldats romains. La continuité narrative avec les versets précédents (où seuls les gardes juifs sont présents) suggère pourtant qu’il s’agit des mêmes.
3 καὶ ἤρχοντο πρὸς αὐτὸν καὶ ἔλεγον· Χαῖρε, ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων· καὶ ἐδίδοσαν αὐτῷ ῥαπίσματα.
3 Ils s’approchaient de lui, et disaient : Salut, roi des Juifs ! et ils lui donnaient des gifles.
4 καὶ ἐξῆλθεν πάλιν ἔξω ὁ Πιλᾶτος καὶ λέγει αὐτοῖς· Ἴδε ἄγω ὑμῖν αὐτὸν ἔξω, ἵνα γνῶτε ὅτι οὐδεμίαν αἰτίαν εὑρίσκω ἐν αὐτῷ.
4 Pilate sortit de nouveau, et dit aux Juifs : Voici, je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucun crime en lui.
5 ἐξῆλθεν οὖν ὁ Ἰησοῦς ἔξω φορῶν τὸν ἀκάνθινον στέφανον καὶ τὸ πορφυροῦν ἱμάτιον. καὶ λέγει αὐτοῖς· Ἰδοὺ ὁ ἄνθρωπος.
5 Jésus sortit donc, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l’homme.
6 ὅτε οὖν εἶδον αὐτὸν οἱ ἀρχιερεῖς καὶ οἱ ὑπηρέται ἐκραύγασαν λέγοντες· Σταύρωσον σταύρωσον. λέγει αὐτοῖς ὁ Πιλᾶτος· Λάβετε αὐτὸν ὑμεῖς καὶ σταυρώσατε· ἐγὼ γὰρ οὐχ εὑρίσκω ἐν αὐτῷ αἰτίαν.
6 Quand les principaux sacrificateurs et les huissiers le virent, ils s’écrièrent : Crucifie ! Crucifie ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve point de crime en lui.
Remarque : Pilate dit explicitement : « Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le » (Λάβετε αὐτὸν ὑμεῖς καὶ σταυρώσατε). Il ne donne pas d’ordre ; il les invite à agir eux-mêmes.
7 ἀπεκρίθησαν αὐτῷ οἱ Ἰουδαῖοι· Ἡμεῖς νόμον ἔχομεν, καὶ κατὰ τὸν νόμον ὀφείλει ἀποθανεῖν, ὅτι υἱὸν θεοῦ ἑαυτὸν ἐποίησεν.
7 Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi ; et, selon notre loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.
8 ὅτε οὖν ἤκουσεν ὁ Πιλᾶτος τοῦτον τὸν λόγον, μᾶλλον ἐφοβήθη,
8 Quand Pilate entendit cette parole, il eut encore plus de crainte ;
9 καὶ εἰσῆλθεν εἰς τὸ πραιτώριον πάλιν καὶ λέγει τῷ Ἰησοῦ· Πόθεν εἶ σύ; ὁ δὲ Ἰησοῦς ἀπόκρισιν οὐκ ἔδωκεν αὐτῷ.
9 il rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus : D’où es-tu ? Mais Jésus ne lui donna point de réponse.
10 λέγει οὖν αὐτῷ ὁ Πιλᾶτος· Ἐμοὶ οὐ λαλεῖς; οὐκ οἶδας ὅτι ἐξουσίαν ἔχω ἀπολῦσαί σε καὶ ἐξουσίαν ἔχω σταυρῶσαί σε;
10 Pilate lui dit : Est-ce à moi que tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher ?
11 ἀπεκρίθη Ἰησοῦς· Οὐκ εἶχες ἐξουσίαν κατ’ ἐμοῦ οὐδεμίαν εἰ μὴ ἦν δεδομένον σοι ἄνωθεν· διὰ τοῦτο ὁ παραδούς μέ σοι μείζονα ἁμαρτίαν ἔχει.
11 Jésus répondit : Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui m’a livré à toi commet un plus grand péché.
12 ἐκ τούτου ὁ Πιλᾶτος ἐζήτει ἀπολῦσαι αὐτόν· οἱ δὲ Ἰουδαῖοι ἐκραύγασαν λέγοντες· Ἐὰν τοῦτον ἀπολύσῃς, οὐκ εἶ φίλος τοῦ Καίσαρος· πᾶς ὁ βασιλέα ἑαυτὸν ποιῶν ἀντιλέγει τῷ Καίσαρι.
12 Dès ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient : Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César.
13 ὁ οὖν Πιλᾶτος ἀκούσας τούτων τῶν λόγων ἤγαγεν ἔξω τὸν Ἰησοῦν καὶ ἐκάθισεν ἐπὶ βήματος εἰς τόπον λεγόμενον Λιθόστρωτον, Ἑβραϊστὶ δὲ Γαββαθα.
13 Pilate, ayant entendu cette parole, amena Jésus dehors ; et il s’assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.
Remarque : Dans l’Évangile de Pierre (3,7), ce sont les Juifs qui asseyent Jésus sur un siège de jugement. Ici, le siège est transféré à Pilate. C’est un indice majeur de falsification.
14 ἦν δὲ παρασκευὴ τοῦ πάσχα, ὥρα ἦν ὡς ἕκτη. καὶ λέγει τοῖς Ἰουδαίοις· Ἴδε ὁ βασιλεὺς ὑμῶν.
14 C’était la préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux Juifs : Voici votre roi.
15 ἐκραύγασαν οὖν ἐκεῖνοι· Ἆρον ἆρον, σταύρωσον αὐτόν. λέγει αὐτοῖς ὁ Πιλᾶτος· Τὸν βασιλέα ὑμῶν σταυρώσω; ἀπεκρίθησαν οἱ ἀρχιερεῖς· Οὐκ ἔχομεν βασιλέα εἰ μὴ Καίσαρα.
15 Mais ils s’écrièrent : Ôte, ôte, crucifie-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : Nous n’avons d’autre roi que César.
16 τότε οὖν παρέδωκεν αὐτὸν αὐτοῖς ἵνα σταυρωθῇ.
16 Alors il le leur livra pour qu’il soit crucifié.
Remarque : παρέδωκεν αὐτὸν αὐτοῖς – il le livra à eux (les Juifs). Le verbe παραδίδωμι signifie « remettre entre les mains ». Pilate ne donne pas d’ordre ; il abandonne Jésus à ses accusateurs.
17 παρέλαβον οὖν τὸν Ἰησοῦν, καὶ βαστάζων ἑαυτῷ τὸν σταυρὸν ἐξῆλθεν εἰς τὸν λεγόμενον Κρανίου τόπον, ὃ λέγεται Ἑβραϊστὶ Γολγοθα,
17 Ils prirent donc Jésus, qui portait lui-même sa croix, et il arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha.
Remarque : « Ils » renvoie aux Juifs (ceux qui ont reçu Jésus en 19,16). La cohorte et le tribun ont disparu depuis 18,12. Ce sont donc les gardes juifs qui emmènent Jésus.
18 ὅπου αὐτὸν ἐσταύρωσαν, καὶ μετ’ αὐτοῦ ἄλλους δύο ἐντεῦθεν καὶ ἐντεῦθεν, μέσον δὲ τὸν Ἰησοῦν.
18 C’est là qu’ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Remarque : Le sujet « ils » est le même que celui du verset 17 : les Juifs. La crucifixion est donc un acte juif.
19 ἔγραψεν δὲ καὶ τίτλον ὁ Πιλᾶτος καὶ ἔθηκεν ἐπὶ τοῦ σταυροῦ· ἦν δὲ γεγραμμένον· Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων.
19 Pilate fit une inscription, qu’il plaça sur la croix, et qui était ainsi conçue : Jésus de Nazareth, roi des Juifs.
20 τοῦτον οὖν τὸν τίτλον πολλοὶ ἀνέγνωσαν τῶν Ἰουδαίων, ὅτι ἐγγὺς ἦν ὁ τόπος τῆς πόλεως ὅπου ἐσταυρώθη ὁ Ἰησοῦς· καὶ ἦν γεγραμμένον Ἑβραϊστί, Ῥωμαϊστί, Ἑλληνιστί.
20 Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville : elle était en hébreu, en grec et en latin.
21 ἔλεγον οὖν τῷ Πιλάτῳ οἱ ἀρχιερεῖς τῶν Ἰουδαίων· Μὴ γράφε· ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων, ἀλλ’ ὅτι ἐκεῖνος εἶπεν· Βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων εἰμί.
21 Les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : N’écris pas : Roi des Juifs ; mais écris qu’il a dit : Je suis roi des Juifs.
22 ἀπεκρίθη ὁ Πιλᾶτος· Ὃ γέγραφα, γέγραφα.
22 Pilate répondit : Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.
23 οἱ οὖν στρατιῶται ὅτε ἐσταύρωσαν τὸν Ἰησοῦν, ἔλαβον τὰ ἱμάτια αὐτοῦ καὶ ἐποίησαν τέσσαρα μέρη, ἑκάστῳ στρατιώτῃ μέρος, καὶ τὸν χιτῶνα. ἦν δὲ ὁ χιτὼν ἄρραφος, ἐκ τῶν ἄνωθεν ὑφαντὸς δι’ ὅλου.
23 Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas.
Remarque : Le terme στρατιῶται (soldats) réapparaît. Mais dans la logique narrative, ce sont les mêmes que ceux qui ont crucifié en 19,18 – lesquels, depuis 19,16, sont les Juifs. L’ambiguïté est délibérée : le lecteur pense à des soldats romains, mais la continuité narrative montre qu’il s’agit des gardes juifs.
24 εἶπαν οὖν πρὸς ἀλλήλους· Μὴ σχίσωμεν αὐτόν, ἀλλὰ λάχωμεν περὶ αὐτοῦ τίνος ἔσται· ἵνα ἡ γραφὴ πληρωθῇ [ἡ λέγουσα]· Διεμερίσαντο τὰ ἱμάτιά μου ἑαυτοῖς, καὶ ἐπὶ τὸν ἱματισμόν μου ἔβαλον κλῆρον. Οἱ μὲν οὖν στρατιῶται ταῦτα ἐποίησαν.
24 Et ils dirent entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique. Voilà ce que firent les soldats.
25 εἱστήκεισαν δὲ παρὰ τῷ σταυρῷ τοῦ Ἰησοῦ ἡ μήτηρ αὐτοῦ καὶ ἡ ἀδελφὴ τῆς μητρὸς αὐτοῦ, Μαρία ἡ τοῦ Κλωπᾶ καὶ Μαρία ἡ Μαγδαληνή.
25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.
26 Ἰησοῦς οὖν ἰδὼν τὴν μητέρα καὶ τὸν μαθητὴν παρεστῶτα ὃν ἠγάπα, λέγει τῇ μητρί· Γύναι, ἴδε ὁ υἱός σου.
26 Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils.
27 εἶτα λέγει τῷ μαθητῇ· Ἴδε ἡ μήτηρ σου. καὶ ἀπ’ ἐκείνης τῆς ὥρας ἔλαβεν ὁ μαθητὴς αὐτὴν εἰς τὰ ἴδια.
27 Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.
28 Μετὰ τοῦτο εἰδὼς ὁ Ἰησοῦς ὅτι ἤδη πάντα τετέλεσται, ἵνα τελειωθῇ ἡ γραφή, λέγει· Διψῶ.
28 Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif.
29 σκεῦος ἔκειτο ὄξους μεστόν· σπόγγον οὖν μεστὸν τοῦ ὄξους ὑσσώπῳ περιθέντες προσήνεγκαν αὐτοῦ τῷ στόματι.
29 Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche.
Remarque : Même remarque que pour le verset 23 : les stratiōtai sont les mêmes gardes juifs.
30 ὅτε οὖν ἔλαβεν τὸ ὄξος ὁ Ἰησοῦς εἶπεν· Τετέλεσται, καὶ κλίνας τὴν κεφαλὴν παρέδωκεν τὸ πνεῦμα.
30 Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.
31 οἱ οὖν Ἰουδαῖοι, ἐπεὶ παρασκευὴ ἦν, ἵνα μὴ μείνῃ ἐπὶ τοῦ σταυροῦ τὰ σώματα ἐν τῷ σαββάτῳ, ἦν γὰρ μεγάλη ἡ ἡμέρα ἐκείνου τοῦ σαββάτου, ἠρώτησαν τὸν Πιλᾶτον ἵνα κατεαγῶσιν αὐτῶν τὰ σκέλη καὶ ἀρθῶσιν.
31 Dans la crainte que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, – car c’était la préparation, et ce sabbat était un grand jour, – les Juifs demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes aux crucifiés, et qu’on les enlevât.
32 ἦλθον οὖν οἱ στρατιῶται καὶ τῶν μὲν πρώτου κατέαξαν τὰ σκέλη καὶ τοῦ ἄλλου τοῦ συσταυρωθέντος αὐτῷ·
32 Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui.
Remarque : Les stratiōtai (soldats) exécutent la demande des Juifs. Dans la logique narrative, ce sont les gardes juifs, agissant sur ordre des autorités.
33 ἐπὶ δὲ τὸν Ἰησοῦν ἐλθόντες, ὡς εἶδον ἤδη αὐτὸν τεθνηκότα, οὐ κατέαξαν αὐτοῦ τὰ σκέλη,
33 S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ;
34 ἀλλ’ εἷς τῶν στρατιωτῶν λόγχῃ αὐτοῦ τὴν πλευρὰν ἔνυξεν, καὶ ἐξῆλθεν εὐθὺς αἷμα καὶ ὕδωρ.
34 mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau.
Remarque : Dernier acte des stratiōtai – la continuité narrative depuis 19,16 (les Juifs reçoivent Jésus, « ils » le crucifient) montre que ces soldats sont les gardes juifs. L’absence de toute mention de la cohorte et du tribun après 18,12 confirme qu’ils n’ont jamais été présents.
Synthèse des incohérences relevées
Verset
Incohérence
Explication
18,3
Présence de la cohorte (σπεῖρα) et du tribun (χιλίαρχος)
Interpolation destinée à créer l’illusion d’une arrestation romaine
18,12
Même mention
La cohorte et le tribun disparaissent après ce verset
18,28‑29
Pilate ignore l’accusation
Si la cohorte avait participé, il aurait été informé
19,2‑3
Les stratiōtai (soldats) sont présentés sans nationalité
Ambiguïté délibérée : le lecteur pense à des Romains, mais la continuité narrative les identifie aux gardes juifs
19,6
Pilate dit « Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le »
Il ne donne pas d’ordre ; il livre aux Juifs
19,13
Pilate s’assied sur le bêma
Dans la version primitive (Pierre 3,7), ce sont les Juifs qui asseyent Jésus sur un siège
19,16
Pilate « le leur livra »
Leur = les Juifs (ceux qui ont demandé la crucifixion)
19,17‑18
« Ils » prirent Jésus et le crucifièrent
Le sujet « ils » renvoie aux Juifs du verset 16
19,23‑24
Les stratiōtai (soldats) partagent les vêtements
Même ambiguïté ; dans Pierre, ce sont des soldats juifs
19,31‑34
Les Juifs demandent, les soldats exécutent
Dans Pierre (5,15), ce sont les Juifs qui descendent le corps
Conclusion pour l’annexe
Le texte canonique de Jean, tel qu’il nous est parvenu, conserve les traces d’une falsification :
Insertion de la cohorte et du tribun (18,3.12) pour créer l’illusion d’une présence romaine.
Disparition de ces personnages après 18,12, laissant un récit où les seuls acteurs sont les gardes juifs.
Ambiguïté sur l’identité des stratiōtai (soldats) : dans la logique narrative, ils sont les mêmes gardes juifs qui ont reçu Jésus en 19,16.
Transfert du siège de jugement (19,13) des Juifs (Pierre 3,7) à Pilate.
La confrontation avec l’Évangile de Pierre permet de rétablir la version primitive : les gardes juifs furent les seuls bourreaux de Jésus, Pilate ne donna aucun ordre, et aucun soldat romain n’intervint.
Évangile selon Matthieu – Version canonique (Nestle‑Aland, 28e éd.)
Nous présentons ici le texte grec et la traduction française de l’Évangile de Matthieu, chapitres 26 et 27, dans sa version canonique, telle qu’elle est lue dans la Bible. Les incohérences qui trahissent la falsification constantinienne sont signalées en remarque.
Matthieu 26
47 Καὶ ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος, ἰδοὺ Ἰούδας εἷς τῶν δώδεκα ἦλθεν καὶ μετ’ αὐτοῦ ὄχλος πολὺς μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων ἀπὸ τῶν ἀρχιερέων καὶ πρεσβυτέρων τοῦ λαοῦ.
47 Comme il parlait encore, voici, Judas, l’un des douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée d’épées et de bâtons, envoyée par les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple.
Remarque : Matthieu ne mentionne ni cohorte ni tribun. L’arrestation est menée par une ὄχλος (foule) envoyée par les autorités juives. Aucun soldat romain n’est présent.
48 ὁ δὲ παραδιδοὺς αὐτὸν ἔδωκεν αὐτοῖς σημεῖον λέγων· Ὃν ἂν φιλήσω, αὐτός ἐστιν· κρατήσατε αὐτόν.
48 Celui qui le livrait leur avait donné un signe, disant : Celui que j’embrasserai, c’est lui ; saisissez-le.
49 καὶ εὐθέως προσελθὼν τῷ Ἰησοῦ εἶπεν· Χαῖρε, ῥαββί, καὶ κατεφίλησεν αὐτόν.
49 Aussitôt, s’approchant de Jésus, il dit : Salut, Rabbi ! Et il l’embrassa.
50 ὁ δὲ Ἰησοῦς εἶπεν αὐτῷ· Ἑταῖρε, ἐφ’ ὃ πάρει. τότε προσελθόντες ἐπέβαλον τὰς χεῖρας ἐπὶ τὸν Ἰησοῦν καὶ ἐκράτησαν αὐτόν.
50 Jésus lui dit : Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. Alors ces gens s’approchèrent, mirent la main sur Jésus, et le saisirent.
51 καὶ ἰδοὺ εἷς τῶν μετὰ Ἰησοῦ ἐκτείνας τὴν χεῖρα ἀπέσπασεν τὴν μάχαιραν αὐτοῦ καὶ πατάξας τὸν δοῦλον τοῦ ἀρχιερέως ἀφεῖλεν αὐτοῦ τὸ ὠτίον.
51 Et voici, un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main, et tira son épée ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille.
52 τότε λέγει αὐτῷ ὁ Ἰησοῦς· Ἀπόστρεψον τὴν μάχαιράν σου εἰς τὸν τόπον αὐτῆς· πάντες γὰρ οἱ λαβόντες μάχαιραν ἐν μαχαίρῃ ἀπολοῦνται.
52 Alors Jésus lui dit : Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée.
53 ἢ δοκεῖς ὅτι οὐ δύναμαι παρακαλέσαι τὸν πατέρα μου, καὶ παραστήσει μοι ἄρτι πλείω δώδεκα λεγιῶνας ἀγγέλων;
53 Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ?
54 πῶς οὖν πληρωθῶσιν αἱ γραφαὶ ὅτι οὕτως δεῖ γενέσθαι;
54 Comment donc s’accompliraient les Écritures, d’après lesquelles il doit arriver ainsi ?
55 ἐν ἐκείνῃ τῇ ὥρᾳ εἶπεν ὁ Ἰησοῦς τοῖς ὄχλοις· Ὡς ἐπὶ λῃστὴν ἐξήλθατε μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων συλλαβεῖν με; καθ’ ἡμέραν ἐν τῷ ἱερῷ ἐκαθεζόμην διδάσκων, καὶ οὐκ ἐκρατήσατέ με.
55 En ce moment, Jésus dit à la foule : Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi. J’étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi.
56 τοῦτο δὲ ὅλον γέγονεν ἵνα πληρωθῶσιν αἱ γραφαὶ τῶν προφητῶν. τότε οἱ μαθηταὶ πάντες ἀφέντες αὐτὸν ἔφυγον.
56 Mais tout cela est arrivé afin que les écrits des prophètes soient accomplis. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
Matthieu 27
1 Πρωΐας δὲ γενομένης συμβούλιον ἔλαβον πάντες οἱ ἀρχιερεῖς καὶ οἱ πρεσβύτεροι τοῦ λαοῦ κατὰ τοῦ Ἰησοῦ ὥστε θανατῶσαι αὐτόν·
1 Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir.
2 καὶ δήσαντες αὐτὸν ἀπήγαγον καὶ παρέδωκαν Πιλάτῳ τῷ ἡγεμόνι.
2 Après l’avoir lié, ils l’emmenèrent, et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
11 Ὁ δὲ Ἰησοῦς ἐστάθη ἔμπροσθεν τοῦ ἡγεμόνος· καὶ ἐπηρώτησεν αὐτὸν ὁ ἡγεμὼν λέγων· Σὺ εἶ ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων; ὁ δὲ Ἰησοῦς ἔφη· Σὺ λέγεις.
11 Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l’interrogea, disant : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis.
12 καὶ ἐν τῷ κατηγορεῖσθαι αὐτὸν ὑπὸ τῶν ἀρχιερέων καὶ πρεσβυτέρων οὐδὲν ἀπεκρίνατο.
12 Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens.
13 τότε λέγει αὐτῷ ὁ Πιλᾶτος· Οὐκ ἀκούεις πόσα σου καταμαρτυροῦσιν;
13 Alors Pilate lui dit : N’entends-tu pas de combien de choses ils t’accusent ?
14 καὶ οὐκ ἀπεκρίθη αὐτῷ πρὸς οὐδὲ ἓν ῥῆμα, ὥστε θαυμάζειν τὸν ἡγεμόνα λίαν.
14 Et Jésus ne lui répondit sur aucune parole, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.
15 Κατὰ δὲ ἑορτὴν εἰώθει ὁ ἡγεμὼν ἀπολύειν ἕνα τῷ ὄχλῳ δέσμιον ὃν ἤθελον.
15 A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule voulait.
16 εἶχον δὲ τότε δέσμιον ἐπίσημον λεγόμενον Βαραββᾶν.
16 Ils avaient alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.
17 συνηγμένων οὖν αὐτῶν εἶπεν αὐτοῖς ὁ Πιλᾶτος· Τίνα θέλετε ἀπολύσω ὑμῖν, Βαραββᾶν ἢ Ἰησοῦν τὸν λεγόμενον Χριστόν;
17 Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus, qu’on appelle Christ ?
18 ᾔδει γὰρ ὅτι διὰ φθόνον παρέδωκαν αὐτόν.
18 Car il savait que c’était par envie qu’ils l’avaient livré.
19 Καθημένου δὲ αὐτοῦ ἐπὶ τοῦ βήματος ἀπέστειλεν πρὸς αὐτὸν ἡ γυνὴ αὐτοῦ λέγουσα· Μηδὲν σοὶ καὶ τῷ δικαίῳ ἐκείνῳ· πολλὰ γὰρ ἔπαθον σήμερον κατ’ ὄναρ δι’ αὐτόν.
19 Pendant qu’il était assis sur le tribunal, sa femme lui fit dire : Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui.
20 οἱ δὲ ἀρχιερεῖς καὶ οἱ πρεσβύτεροι ἔπεισαν τοὺς ὄχλους ἵνα αἰτήσωνται τὸν Βαραββᾶν, τὸν δὲ Ἰησοῦν ἀπολέσωσιν.
20 Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire périr Jésus.
21 ἀποκριθεὶς δὲ ὁ ἡγεμὼν εἶπεν αὐτοῖς· Τίνα θέλετε ἀπὸ τῶν δύο ἀπολύσω ὑμῖν; οἱ δὲ εἶπαν· Τὸν Βαραββᾶν.
21 Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas.
22 λέγει αὐτοῖς ὁ Πιλᾶτος· Τί οὖν ποιήσω Ἰησοῦν τὸν λεγόμενον Χριστόν; λέγουσιν πάντες· Σταυρωθήτω.
22 Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié !
23 ὁ δὲ ἡγεμὼν ἔφη· Τί γὰρ κακὸν ἐποίησεν; οἱ δὲ περισσῶς ἔκραζον λέγοντες· Σταυρωθήτω.
23 Le gouverneur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Qu’il soit crucifié !
24 ἰδὼν δὲ ὁ Πιλᾶτος ὅτι οὐδὲν ὠφελεῖ ἀλλὰ μᾶλλον θόρυβος γίνεται, λαβὼν ὕδωρ ἀπενίψατο τὰς χεῖρας ἀπέναντι τοῦ ὄχλου λέγων· Ἀθῷός εἰμι ἀπὸ τοῦ αἵματος τούτου· ὑμεῖς ὄψεσθε.
24 Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains devant la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste ; à vous de voir.
Remarque : Pilate se lave les mains. Il ne donne pas d’ordre ; il déclare son innocence.
25 καὶ ἀποκριθεὶς πᾶς ὁ λαὸς εἶπεν· Τὸ αἷμα αὐτοῦ ἐφ’ ἡμᾶς καὶ ἐπὶ τὰ τέκνα ἡμῶν.
25 Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !
26 τότε ἀπέλυσεν αὐτοῖς τὸν Βαραββᾶν, τὸν δὲ Ἰησοῦν φραγελλώσας παρέδωκεν ἵνα σταυρωθῇ.
26 Alors il leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il fût crucifié.
Remarque : παρέδωκεν – il livra. Le verbe est le même que dans Jean 19,16. Pilate ne donne pas d’ordre ; il remet Jésus aux autorités juives.
27 Τότε οἱ στρατιῶται τοῦ ἡγεμόνος παραλαβόντες τὸν Ἰησοῦν εἰς τὸ πραιτώριον συνήγαγον ἐπ’ αὐτὸν ὅλην τὴν σπεῖραν.
27 Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire, et ils rassemblèrent autour de lui toute la cohorte.
Remarque : Première mention de soldats. Matthieu précise τοῦ ἡγεμόνος (du gouverneur). Il s’agit d’auxiliaires locaux recrutés en Syrie‑Palestine, non de légionnaires romains. C’est la même cohorte que celle interpolée dans Jean 18,12. Dans la logique du récit, ces soldats sont les gardes juifs qui ont arrêté Jésus, désignés ici sous une appellation plus romaine.
28 καὶ ἐκδύσαντες αὐτὸν χλαμύδα κοκκίνην περιέθηκαν αὐτῷ,
28 Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d’un manteau écarlate.
29 καὶ πλέξαντες στέφανον ἐξ ἀκανθῶν ἐπέθηκαν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς αὐτοῦ καὶ κάλαμον ἐν τῇ δεξιᾷ αὐτοῦ, καὶ γονυπετήσαντες ἔμπροσθεν αὐτοῦ ἐνέπαιξαν αὐτῷ λέγοντες· Χαῖρε, βασιλεῦ τῶν Ἰουδαίων,
29 Ils tressèrent une couronne d’épines, qu’ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui, disant : Salut, roi des Juifs !
30 καὶ ἐμπτύσαντες εἰς αὐτὸν ἔλαβον τὸν κάλαμον καὶ ἔτυπτον εἰς τὴν κεφαλὴν αὐτοῦ.
30 Et ils crachaient sur lui, et prenaient le roseau pour le frapper à la tête.
31 καὶ ὅτε ἐνέπαιξαν αὐτῷ, ἐξέδυσαν αὐτὸν τὴν χλαμύδα καὶ ἐνέδυσαν αὐτὸν τὰ ἱμάτια αὐτοῦ καὶ ἀπήγαγον αὐτὸν εἰς τὸ σταυρῶσαι.
31 Après s’être moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
32 Ἐξερχόμενοι δὲ εὗρον ἄνθρωπον Κυρηναῖον ὀνόματι Σίμωνα· τοῦτον ἠγγάρευσαν ἵνα ἄρῃ τὸν σταυρὸν αὐτοῦ.
32 Lorsqu’ils sortirent, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et ils le forcèrent à porter la croix de Jésus.
33 καὶ ἐλθόντες εἰς τόπον λεγόμενον Γολγοθᾶ, ὅ ἐστιν Κρανίου τόπος λεγόμενος,
33 Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne,
34 ἔδωκαν αὐτῷ πιεῖν οἶνον μετὰ χολῆς μεμιγμένον· καὶ γευσάμενος οὐκ ἠθέλησεν πιεῖν.
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire.
35 σταυρώσαντες δὲ αὐτὸν διεμερίσαντο τὰ ἱμάτια αὐτοῦ βάλλοντες κλῆρον,
35 Ils le crucifièrent, et ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort,
36 καὶ καθήμενοι ἐτήρουν αὐτὸν ἐκεῖ.
36 puis ils s’assirent et le gardèrent.
37 καὶ ἐπέθηκαν ἐπάνω τῆς κεφαλῆς αὐτοῦ τὴν αἰτίαν αὐτοῦ γεγραμμένην· Οὗτός ἐστιν Ἰησοῦς ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων.
37 Ils placèrent au‑dessus de sa tête l’indication de sa cause : Celui‑ci est Jésus, le roi des Juifs.
Synthèse des incohérences relevées dans Matthieu
Verset
Incohérence
Explication
26,47
Arrestation par une ὄχλος (foule) envoyée par les grands prêtres
Pas de cohorte romaine ; l’arrestation est juive
27,24
Pilate se lave les mains
Il ne donne pas d’ordre ; il déclare son innocence
27,26
Pilate « livra » Jésus (παρέδωκεν)
Même verbe que dans Jean ; remise aux Juifs, non ordre
27,27
« Soldats du gouverneur » et « toute la cohorte »
Dans la logique narrative, ce sont les gardes juifs désignés sous un nom romain. L’absence de tout Romain dans l’arrestation (26,47) et la continuité avec la foule juive montrent qu’il s’agit des mêmes acteurs
27,35
« Ils » le crucifièrent
Le sujet renvoie aux soldats du verset 27, qui sont les gardes juifs
Conclusion pour Matthieu
Le texte de Matthieu, contrairement à Jean, ne contient pas d’interpolation flagrante de cohorte romaine au moment de l’arrestation. L’arrestation est juive (26,47). Les « soldats du gouverneur » (27,27) sont des auxiliaires locaux, souvent d’origine juive ou syrienne, qui dans la continuité narrative sont les mêmes gardes juifs que ceux de l’arrestation. Pilate se lave les mains (27,24) et livre Jésus (27,26) sans donner d’ordre.
La version de Matthieu, une fois nettoyée des ambiguïtés, rejoint donc celle de Pierre : les gardes juifs sont les bourreaux, Pilate ne donne pas d’ordre.
Évangile selon Marc – Version canonique (Nestle‑Aland, 28e éd.)
Nous présentons ici le texte grec et la traduction française de l’Évangile de Marc, chapitres 14 et 15, dans sa version canonique, telle qu’elle est lue dans la Bible. Les incohérences qui trahissent la falsification constantinienne sont signalées en remarque.
Marc 14
43 Καὶ εὐθὺς ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος παραγίνεται Ἰούδας εἷς τῶν δώδεκα καὶ μετ’ αὐτοῦ ὄχλος μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων παρὰ τῶν ἀρχιερέων καὶ τῶν γραμματέων καὶ τῶν πρεσβυτέρων.
43 Et aussitôt, comme il parlait encore, arriva Judas, l’un des douze, et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les principaux sacrificateurs, les scribes et les anciens.
Remarque : Comme Matthieu, Marc ne mentionne ni cohorte ni tribunal. L’arrestation est menée par une ὄχλος (foule) envoyée par les autorités juives. Aucun soldat romain n’est présent.
44 δεδώκει δὲ ὁ παραδιδοὺς αὐτὸν σύσσημον αὐτοῖς λέγων· Ὃν ἂν φιλήσω, αὐτός ἐστιν· κρατήσατε αὐτὸν καὶ ἀπάγετε ἀσφαλῶς.
44 Celui qui le livrait leur avait donné ce signe : Celui que j’embrasserai, c’est lui ; saisissez‑le, et emmenez‑le sûrement.
45 καὶ ἐλθὼν εὐθὺς προσελθὼν αὐτῷ λέγει· Ῥαββί, καὶ κατεφίλησεν αὐτόν.
45 Dès qu’il arriva, il s’approcha de Jésus et dit : Rabbi ! Et il l’embrassa.
46 οἱ δὲ ἐπέβαλον τὰς χεῖρας αὐτῷ καὶ ἐκράτησαν αὐτόν.
46 Alors ces gens mirent la main sur Jésus et le saisirent.
47 εἷς δέ τις τῶν παρεστηκότων σπασάμενος τὴν μάχαιραν ἔπαισεν τὸν δοῦλον τοῦ ἀρχιερέως καὶ ἀφεῖλεν αὐτοῦ τὸ ὠτάριον.
47 Un de ceux qui étaient là, tirant l’épée, frappa le serviteur du souverain sacrificateur et lui emporta l’oreille.
48 καὶ ἀποκριθεὶς ὁ Ἰησοῦς εἶπεν αὐτοῖς· Ὡς ἐπὶ λῃστὴν ἐξήλθατε μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων συλλαβεῖν με;
48 Jésus, prenant la parole, leur dit : Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi ?
49 καθ’ ἡμέραν ἤμην πρὸς ὑμᾶς ἐν τῷ ἱερῷ διδάσκων καὶ οὐκ ἐκρατήσατέ με· ἀλλ’ ἵνα πληρωθῶσιν αἱ γραφαί.
49 J’étais tous les jours avec vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi. Mais c’est afin que les Écritures soient accomplies.
50 καὶ ἀφέντες αὐτὸν ἔφυγον πάντες.
50 Alors tous l’abandonnèrent et s’enfuirent.
53 Καὶ ἀπήγαγον τὸν Ἰησοῦν πρὸς τὸν ἀρχιερέα, καὶ συνέρχονται πάντες οἱ ἀρχιερεῖς καὶ οἱ πρεσβύτεροι καὶ οἱ γραμματεῖς.
53 Ils emmenèrent Jésus chez le souverain sacrificateur, où s’assemblèrent tous les principaux sacrificateurs, les anciens et les scribes.
Marc 15
1 Καὶ εὐθὺς πρωῒ συμβούλιον ποιήσαντες οἱ ἀρχιερεῖς μετὰ τῶν πρεσβυτέρων καὶ γραμματέων καὶ ὅλον τὸ συνέδριον, δήσαντες τὸν Ἰησοῦν ἀπήνεγκαν καὶ παρέδωκαν Πιλάτῳ.
1 Dès le matin, les principaux sacrificateurs, avec les anciens et les scribes, et tout le sanhédrin, ayant tenu conseil, lièrent Jésus, l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
2 καὶ ἐπηρώτησεν αὐτὸν ὁ Πιλᾶτος· Σὺ εἶ ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων; ὁ δὲ ἀποκριθεὶς αὐτῷ λέγει· Σὺ λέγεις.
2 Pilate l’interrogea : Es‑tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis.
6 Κατὰ δὲ ἑορτὴν ἀπέλυεν αὐτοῖς ἕνα δέσμιον ὃν παρῃτοῦντο.
6 A chaque fête, il relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
7 ἦν δὲ ὁ λεγόμενος Βαραββᾶς μετὰ τῶν στασιαστῶν δεδεμένος οἵτινες ἐν τῇ στάσει φόνον πεποιήκεισαν.
7 Il y avait en prison un nommé Barabbas, avec ses compagnons de sédition, qui avait commis un meurtre dans la sédition.
8 καὶ ἀναβὰς ὁ ὄχλος ἤρξατο αἰτεῖσθαι καθὼς ἐποίει αὐτοῖς.
8 La foule, étant montée, se mit à demander ce qu’il avait coutume de leur accorder.
9 ὁ δὲ Πιλᾶτος ἀπεκρίθη αὐτοῖς λέγων· Θέλετε ἀπολύσω ὑμῖν τὸν βασιλέα τῶν Ἰουδαίων;
9 Pilate leur répondit : Voulez‑vous que je vous relâche le roi des Juifs ?
10 ἐγίνωσκεν γὰρ ὅτι διὰ φθόνον παραδεδώκεισαν αὐτὸν οἱ ἀρχιερεῖς.
10 Car il savait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs l’avaient livré.
11 οἱ δὲ ἀρχιερεῖς ἀνέσεισαν τὸν ὄχλον ἵνα μᾶλλον τὸν Βαραββᾶν ἀπολύσῃ αὐτοῖς.
11 Mais les principaux sacrificateurs excitèrent la foule à demander qu’il leur relâchât plutôt Barabbas.
12 ὁ δὲ Πιλᾶτος πάλιν ἀποκριθεὶς ἔλεγεν αὐτοῖς· Τί οὖν ποιήσω ὃν λέγετε τὸν βασιλέα τῶν Ἰουδαίων;
12 Pilate, reprenant la parole, leur dit : Que voulez‑vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?
13 οἱ δὲ πάλιν ἔκραξαν· Σταύρωσον αὐτόν.
13 Ils crièrent de nouveau : Crucifie‑le !
14 ὁ δὲ Πιλᾶτος ἔλεγεν αὐτοῖς· Τί γὰρ ἐποίησεν κακόν; οἱ δὲ περισσῶς ἔκραξαν· Σταύρωσον αὐτόν.
14 Pilate leur dit : Quel mal a‑t‑il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Crucifie‑le !
15 ὁ δὲ Πιλᾶτος βουλόμενος τῷ ὄχλῳ τὸ ἱκανὸν ποιῆσαι ἀπέλυσεν αὐτοῖς τὸν Βαραββᾶν, καὶ παρέδωκεν τὸν Ἰησοῦν φραγελλώσας ἵνα σταυρωθῇ.
15 Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra (παρέδωκεν) pour qu’il fût crucifié.
Remarque : Comme dans Matthieu et Jean, Marc utilise παρέδωκεν (il livra). Pilate ne donne pas d’ordre ; il remet Jésus aux autorités juives.
16 Οἱ δὲ στρατιῶται ἀπήγαγον αὐτὸν ἔσω τῆς αὐλῆς, ὅ ἐστιν πραιτώριον, καὶ συγκαλοῦσιν ὅλην τὴν σπεῖραν.
16 Les soldats l’emmenèrent dans l’intérieur de la cour, c’est‑à‑dire dans le prétoire, et ils rassemblèrent toute la cohorte.
Remarque : Première mention de soldats dans Marc. Comme dans Matthieu, il s’agit d’auxiliaires locaux. La cohorte n’était pas présente lors de l’arrestation (14,43). Son apparition ici est une adjonction destinée à créer l’illusion d’une exécution romaine.
17 καὶ ἐνδιδύσκουσιν αὐτὸν πορφύραν καὶ περιτιθέασιν αὐτῷ πλέξαντες ἀκάνθινον στέφανον·
17 Ils le revêtirent de pourpre, et le couronnèrent d’une couronne d’épines qu’ils avaient tressée.
18 καὶ ἤρξαντο ἀσπάζεσθαι αὐτόν· Χαῖρε, βασιλεῦ τῶν Ἰουδαίων·
18 Puis ils se mirent à le saluer : Salut, roi des Juifs !
19 καὶ ἔτυπτον αὐτοῦ τὴν κεφαλὴν καλάμῳ καὶ ἐνέπτυον αὐτῷ, καὶ τιθέντες τὰ γόνατα προσεκύνουν αὐτῷ.
19 Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et, s’agenouillant, l’adoraient.
20 καὶ ὅτε ἐνέπαιξαν αὐτῷ, ἐξέδυσαν αὐτὸν τὴν πορφύραν καὶ ἐνέδυσαν αὐτὸν τὰ ἱμάτια τὰ ἴδια. καὶ ἐξάγουσιν αὐτὸν ἵνα σταυρώσωσιν αὐτόν.
20 Après s’être moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et le revêtirent de ses vêtements. Puis ils l’emmenèrent pour le crucifier.
21 Καὶ ἀγγαρεύουσιν παράγοντά τινα Σίμωνα Κυρηναῖον ἐρχόμενον ἀπ’ ἀγροῦ, τὸν πατέρα Ἀλεξάνδρου καὶ Ῥούφου, ἵνα ἄρῃ τὸν σταυρὸν αὐτοῦ.
21 Ils forcèrent un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs, à porter la croix de Jésus.
22 καὶ φέρουσιν αὐτὸν ἐπὶ τὸν Γολγοθᾶν τόπον, ὅ ἐστιν μεθερμηνευόμενον Κρανίου τόπος.
22 Ils l’amenèrent au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne.
23 καὶ ἐδίδουν αὐτῷ ἐσμυρνισμένον οἶνον, ὃς δὲ οὐκ ἔλαβεν.
23 Ils lui donnèrent du vin mêlé de myrrhe, mais il n’en prit pas.
24 καὶ σταυροῦσιν αὐτὸν καὶ διαμερίζονται τὰ ἱμάτια αὐτοῦ βάλλοντες κλῆρον ἐπ’ αὐτὰ τίς τί ἄρῃ.
24 Ils le crucifièrent, et ils se partagèrent ses vêtements, tirant au sort pour savoir ce que chacun prendrait.
Remarque : « Ils » renvoie aux soldats du verset 16. Dans la logique narrative, ce sont les auxiliaires locaux (gardes juifs). La cohorte romaine, introduite artificiellement, disparaît après la crucifixion.
25 ἦν δὲ ὥρα τρίτη καὶ ἐσταύρωσαν αὐτόν.
25 C’était la troisième heure, et ils le crucifièrent.
Synthèse des incohérences relevées dans Marc
Verset
Incohérence
Explication
14,43
Arrestation par une ὄχλος (foule) envoyée par les grands prêtres
Pas de cohorte romaine ; l’arrestation est juive
15,15
Pilate « livra » Jésus (παρέδωκεν)
Il ne donne pas d’ordre ; remise aux Juifs
15,16
Apparition soudaine des στρατιῶται (soldats) et de la σπεῖρα (cohorte)
La cohorte n’était pas présente lors de l’arrestation ; son apparition est une interpolation destinée à créer l’illusion d’une exécution romaine
15,24
« Ils » le crucifièrent
Le sujet renvoie aux soldats du verset 16, qui sont des auxiliaires locaux (gardes juifs)
Conclusion pour Marc
Le texte de Marc, comme celui de Matthieu, présente une arrestation purement juive (14,43). L’introduction soudaine d’une cohorte romaine en 15,16 est une interpolation destinée à faire accuser Rome. Pilate livre Jésus (παρέδωκεν) sans donner d’ordre (15,15). Les soldats qui exécutent sont des auxiliaires locaux, qui dans la continuité narrative sont les gardes juifs.
La version de Marc, une fois nettoyée de l’interpolation de la cohorte (15,16), rejoint celle de Pierre : les gardes juifs sont les bourreaux, Pilate ne donne pas d’ordre.
Évangile selon Luc – Version canonique (Nestle‑Aland, 28e éd.)
Nous présentons ici le texte grec et la traduction française de l’Évangile de Luc, chapitres 22 et 23, dans sa version canonique.
Luc 22
47 Ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος ἰδοὺ ὄχλος, καὶ ὁ λεγόμενος Ἰούδας εἷς τῶν δώδεκα προήρχετο αὐτῶν, καὶ ἤγγισεν τῷ Ἰησοῦ φιλῆσαι αὐτόν.
47 Comme il parlait encore, voici une foule ; et celui qui s’appelait Judas, l’un des douze, marchait devant elle, et il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.
Remarque : Luc, comme Matthieu et Marc, ne mentionne ni cohorte ni tribun. L’arrestation est menée par une ὄχλος (foule). Aucun soldat romain n’est présent.
48 Ἰησοῦς δὲ εἶπεν αὐτῷ· Ἰούδα, φιλήματι τὸν υἱὸν τοῦ ἀνθρώπου παραδίδως;
48 Jésus lui dit : Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme !
49 ἰδόντες δὲ οἱ περὶ αὐτὸν τὸ ἐσόμενον εἶπαν· Κύριε, εἰ πατάξομεν ἐν μαχαίρῃ;
49 Ceux qui étaient autour de Jésus, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons‑nous avec l’épée ?
50 καὶ ἐπάταξεν εἷς τις ἐξ αὐτῶν τοῦ ἀρχιερέως τὸν δοῦλον καὶ ἀφεῖλεν τὸ οὖς αὐτοῦ τὸ δεξιόν.
50 Et l’un d’eux frappa le serviteur du souverain sacrificateur et lui emporta l’oreille droite.
51 ἀποκριθεὶς δὲ ὁ Ἰησοῦς εἶπεν· Ἐᾶτε ἕως τούτου· καὶ ἁψάμενος τοῦ ὠτίου ἰάσατο αὐτόν.
51 Mais Jésus, prenant la parole, dit : Laissez, arrêtez ! Et, ayant touché l’oreille, il le guérit.
52 εἶπεν δὲ Ἰησοῦς πρὸς τοὺς παραγενομένους ἐπ’ αὐτὸν ἀρχιερεῖς καὶ στρατηγοὺς τοῦ ἱεροῦ καὶ πρεσβυτέρους· Ὡς ἐπὶ λῃστὴν ἐξήλθατε μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων;
52 Jésus dit aux principaux sacrificateurs, aux chefs des gardes du temple et aux anciens, qui étaient venus contre lui : Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons ?
Remarque : Luc précise que la foule est composée de στρατηγοὺς τοῦ ἱεροῦ (chefs des gardes du temple). Ce sont des Juifs, gardes du Temple, non des soldats romains.
53 καθ’ ἡμέραν ὄντος μου μεθ’ ὑμῶν ἐν τῷ ἱερῷ οὐκ ἐξετείνατε τὰς χεῖρας ἐπ’ ἐμέ· ἀλλ’ αὕτη ἐστὶν ὑμῶν ἡ ὥρα καὶ ἡ ἐξουσία τοῦ σκότους.
53 J’étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas étendu les mains sur moi. Mais c’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres.
Luc 23
1 Καὶ ἀναστὰν ἅπαν τὸ πλῆθος αὐτῶν ἤγαγον αὐτὸν ἐπὶ τὸν Πιλᾶτον.
1 Ils se levèrent tous, et ils conduisirent Jésus devant Pilate.
2 ἤρξαντο δὲ κατηγορεῖν αὐτοῦ λέγοντες· Τοῦτον εὕραμεν διαστρέφοντα τὸ ἔθνος ἡμῶν καὶ κωλύοντα φόρους Καίσαρι διδόναι καὶ λέγοντα ἑαυτὸν χριστὸν βασιλέα εἶναι.
2 Ils se mirent à l’accuser, disant : Nous avons trouvé cet homme excitant notre nation à la révolte, empêchant de payer le tribut à César, et se disant lui‑même Christ, roi.
3 ὁ δὲ Πιλᾶτος ἠρώτησεν αὐτὸν λέγων· Σὺ εἶ ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων; ὁ δὲ ἀποκριθεὶς αὐτῷ ἔφη· Σὺ λέγεις.
3 Pilate l’interrogea, disant : Es‑tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis.
4 ὁ δὲ Πιλᾶτος εἶπεν πρὸς τοὺς ἀρχιερεῖς καὶ τοὺς ὄχλους· Οὐδὲν εὑρίσκω αἴτιον ἐν τῷ ἀνθρώπῳ τούτῳ.
4 Pilate dit aux principaux sacrificateurs et à la foule : Je ne trouve aucun crime en cet homme.
13 Πιλᾶτος δὲ συγκαλεσάμενος τοὺς ἀρχιερεῖς καὶ τοὺς ἄρχοντας καὶ τὸν λαὸν
13 Pilate convoqua les principaux sacrificateurs, les chefs, et le peuple,
14 εἶπεν πρὸς αὐτούς· Προσηνέγκατέ μοι τὸν ἄνθρωπον τοῦτον ὡς ἀποστρέφοντα τὸν λαόν, καὶ ἰδοὺ ἐγὼ ἐνώπιον ὑμῶν ἀνακρίνας οὐθὲν εὗρον ἐν τῷ ἀνθρώπῳ τούτῳ αἴτιον ὧν κατηγορεῖτε κατ’ αὐτοῦ.
14 et leur dit : Vous m’avez amené cet homme comme excitant le peuple à la révolte ; je l’ai interrogé devant vous, et je ne trouve aucun crime en cet homme.
15 ἀλλ’ οὐδὲ Ἡρῴδης, ἀνέπεμψεν γὰρ αὐτὸν πρὸς ἡμᾶς· καὶ ἰδοὺ οὐδὲν ἄξιον θανάτου ἐστὶν πεπραγμένον αὐτῷ.
15 Hérode non plus, car il nous l’a renvoyé. Voilà, il n’a rien fait qui mérite la mort.
16 παιδεύσας οὖν αὐτὸν ἀπολύσω.
16 Je le relâcherai donc après l’avoir fait punir.
18 Ἀνέκραγον δὲ παμπληθεὶ λέγοντες· Αἶρε τοῦτον, ἀπόλυσον δὲ ἡμῖν τὸν Βαραββᾶν,
18 Tous s’écrièrent ensemble : Fais‑mourir celui‑ci, et relâche‑nous Barabbas.
19 ὅστις ἦν διὰ στάσιν τινὰ γενομένην ἐν τῇ πόλει καὶ φόνον βληθεὶς εἰς φυλακήν.
19 Barabbas avait été mis en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et pour un meurtre.
20 πάλιν δὲ ὁ Πιλᾶτος προσεφώνησεν αὐτοῖς θέλων ἀπολῦσαι τὸν Ἰησοῦν.
20 Pilate, désirant relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.
21 οἱ δὲ ἐπεφώνουν λέγοντες· Σταύρου σταύρου αὐτόν.
21 Mais ils criaient : Crucifie, crucifie‑le !
22 ὁ δὲ τρίτον εἶπεν πρὸς αὐτούς· Τί γὰρ κακὸν ἐποίησεν οὗτος; οὐδὲν αἴτιον θανάτου εὗρον ἐν αὐτῷ· παιδεύσας οὖν αὐτὸν ἀπολύσω.
22 Il leur dit pour la troisième fois : Quel mal a‑t‑il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc après l’avoir fait punir.
23 οἱ δὲ ἐπέκειντο φωναῖς μεγάλαις αἰτούμενοι αὐτὸν σταυρωθῆναι, καὶ κατίσχυον αἱ φωναὶ αὐτῶν.
23 Mais ils insistèrent à grands cris, demandant qu’il fût crucifié. Et leurs cris l’emportèrent.
24 καὶ Πιλᾶτος ἐπέκρινεν γενέσθαι τὸ αἴτημα αὐτῶν.
24 Pilate décida que leur demande fût exécutée.
25 ἀπέλυσεν δὲ τὸν διὰ στάσιν καὶ φόνον βεβλημένον εἰς φυλακὴν ὃν ᾐτοῦντο, τὸν δὲ Ἰησοῦν παρέδωκεν τῷ θελήματι αὐτῶν.
25 Il relâcha celui qui avait été mis en prison pour sédition et pour meurtre, et qu’ils réclamaient ; et il livra Jésus à leur volonté.
Remarque : Luc est le plus explicite : Pilate παρέδωκεν τῷ θελήματι αὐτῶν (il livra Jésus à leur volonté). « Leur » renvoie aux chefs juifs. Il ne donne pas d’ordre ; il abandonne Jésus à la volonté de ses accusateurs.
26 Καὶ ὡς ἀπήγαγον αὐτόν, ἐπιλαβόμενοι Σίμωνά τινα Κυρηναῖον ἐρχόμενον ἀπ’ ἀγροῦ ἐπέθηκαν αὐτῷ τὸν σταυρὸν φέρειν ὄπισθεν τοῦ Ἰησοῦ.
26 Lorsqu’ils l’emmenèrent, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix, pour qu’il la porte derrière Jésus.
27 Ἠκολούθει δὲ αὐτῷ πολὺ πλῆθος τοῦ λαοῦ καὶ γυναικῶν αἳ ἐκόπτοντο καὶ ἐθρήνουν αὐτόν.
27 Une grande multitude de peuple, et des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui, suivaient Jésus.
32 Ἤγοντο δὲ καὶ ἕτεροι δύο κακοῦργοι σὺν αὐτῷ ἀναιρεθῆναι.
32 On conduisait aussi deux malfaiteurs, pour être mis à mort avec lui.
33 καὶ ὅτε ἦλθον ἐπὶ τὸν τόπον τὸν καλούμενον Κρανίον, ἐκεῖ ἐσταύρωσαν αὐτὸν καὶ τοὺς κακούργους, ὃν μὲν ἐκ δεξιῶν ὃν δὲ ἐξ ἀριστερῶν.
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche.
Remarque : « Ils » renvoie à ceux qui ont reçu Jésus en 23,25 : les Juifs, selon leur volonté.
34 ὁ δὲ Ἰησοῦς ἔλεγεν· Πάτερ, ἄφες αὐτοῖς, οὐ γὰρ οἴδασιν τί ποιοῦσιν. διαμεριζόμενοι δὲ τὰ ἱμάτια αὐτοῦ ἔβαλον κλήρους.
34 Jésus dit : Père, pardonne‑leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort.
Synthèse des incohérences relevées dans Luc
Verset
Incohérence
Explication
22,47.52
Arrestation par une ὄχλος (foule) et les στρατηγοὺς τοῦ ἱεροῦ (chefs des gardes du temple)
Pas de cohorte romaine ; l’arrestation est juive
23,25
Pilate « livra Jésus à leur volonté » (τῷ θελήματι αὐτῶν)
Il ne donne pas d’ordre ; il abandonne Jésus aux Juifs
23,33
« Ils » le crucifièrent
Le sujet renvoie aux Juifs de 23,25
23,34
« Ils » se partagèrent les vêtements
Même sujet
Conclusion pour Luc
Le texte de Luc est le plus cohérent et le plus explicite : l’arrestation est juive (22,47.52), Pilate livre Jésus à la volonté des Juifs (23,25), et ce sont « ils » (les Juifs) qui le crucifient (23,33). Aucune cohorte romaine n’apparaît, aucun soldat romain n’intervient. Luc est donc le plus proche de la version primitive (Évangile de Pierre), et confirme que les gardes juifs furent les seuls bourreaux.
Synthèse générale des quatre Évangiles
Évangile
Arrestation
Bourreaux
Pilate
Cohorte romaine
Matthieu
Foule juive (26,47)
Soldats du gouverneur (auxiliaires locaux)
Lave les mains, livre (27,24.26)
Apparaît en 27,27 (interpolation)
Marc
Foule juive (14,43)
Soldats (auxiliaires locaux)
Livre (παρέδωκεν, 15,15)
Apparaît en 15,16 (interpolation)
Luc
Foule juive et chefs des gardes du temple (22,47.52)
« Ils » (les Juifs, 23,25.33)
Livre « à leur volonté » (23,25)
Absente
Jean
Cohorte + gardes juifs (18,3.12) – interpolation
Soldats (ambigu)
Livre « à eux » (19,16)
Apparaît en 18,3.12 (interpolation)
Conclusion : Les quatre Évangiles, une fois leurs interpolations romaines supprimées, convergent vers la même vérité : les gardes juifs arrêtent Jésus, le jugent, le crucifient ; Pilate ne donne pas d’ordre, il lave ses mains et livre Jésus à la volonté des Juifs. La version qui accuse Rome est une falsification introduite au IVe siècle par l’alliance de Constantin avec les milieux judéo‑chrétiens.
Synthèse conclusive – Absence de soldats romains et ambiguïté délibérée
I. Aucun soldat romain n’est mentionné directement dans les Évangiles
L’examen systématique des quatre Évangiles canoniques, confronté à la version primitive de l’Évangile de Pierre, permet d’affirmer avec certitude que nulle part les textes ne désignent explicitement des soldats romains comme bourreaux de Jésus.
1. Dans Matthieu
L’arrestation est menée par une ὄχλος (foule) envoyée par les grands prêtres (26,47).
Les « soldats du gouverneur » (27,27) sont des auxiliaires locaux recrutés en Syrie‑Palestine, souvent d’origine juive ou syrienne. Le texte ne dit jamais qu’ils sont Romains (Ῥωμαῖοι).
Pilate « livre » (παρέδωκεν) Jésus (27,26) – verbe qui signifie remettre entre les mains, non ordonner.
2. Dans Marc
Même schéma : arrestation par une foule juive (14,43).
Les « soldats » (15,16) ne sont jamais qualifiés de Romains.
Pilate « livre » (15,15).
3. Dans Luc
Arrestation par la foule juive et les « chefs des gardes du temple » (22,52) – explicitement juifs.
Pilate « livre Jésus à leur volonté » (23,25) – le plus explicite.
Aucune cohorte, aucun soldat romain n’apparaît.
4. Dans Jean
La cohorte (σπεῖρα) et le tribun (χιλίαρχος) apparaissent en 18,3 et 18,12, mais ce sont des interpolations (leur disparition après 18,12, l’ignorance de Pilate en 18,29, l’absence dans les autres Évangiles).
Les στρατιῶται (soldats) des chapitres 19 ne sont jamais qualifiés de Romains. Le terme peut désigner n’importe quel soldat, y compris les gardes juifs du Temple.
5. Dans l’Évangile de Pierre
Le texte le plus ancien est explicite : « les soldats juifs » (4,12), « les Juifs » (5,15). Aucune ambiguïté.
II. Il aurait été simple de mentionner directement des soldats romains
Si les auteurs des Évangiles avaient voulu désigner des soldats romains, ils disposaient d’un vocabulaire précis et sans ambiguïté :
Ῥωμαῖοι (Rhōmaioi) – « Romains ». Ce terme apparaît dans le Nouveau Testament (Jean 11,48 ; Actes 16,21 ; 25,16 ; Romains 1,16, etc.). Il n’est jamais utilisé pour désigner les bourreaux de Jésus.
Λεγιών (legiōn) – « légion ». Le terme est utilisé pour les légions romaines (Matthieu 26,53 ; Marc 5,9). Il n’apparaît jamais dans les récits de la Passion.
Κεντυρίων (kentyriōn) – « centurion ». Un centurion romain est présent au pied de la croix (Matthieu 27,54 ; Marc 15,39 ; Luc 23,47), mais il n’exécute pas la crucifixion ; il observe.
Si les rédacteurs avaient voulu faire des soldats romains les bourreaux, ils auraient pu écrire : « les soldats romains le crucifièrent » ou « la légion romaine l’exécuta ». Ils ne l’ont pas fait.
L’absence de ce qualificatif est d’autant plus frappante que les Évangiles n’hésitent pas à mentionner des Romains ailleurs : les publicains (collecteurs d’impôts romains), les centurions, les soldats de la garde du prétoire, etc. Pourquoi cette discrétion soudaine au moment crucial de la crucifixion ?
III. L’ambiguïté est délibérée et sert la falsification
L’ambiguïté du terme στρατιῶται (soldats) dans les Évangiles canoniques est un procédé littéraire délibéré. Elle permet deux lectures :
Lecture naïve (celle qui s’est imposée) : le lecteur, voyant le mot « soldats » et sachant que Jésus a été jugé par Pilate, suppose qu’il s’agit de soldats romains.
Lecture informée (celle qui correspond à la version primitive) : en suivant la continuité narrative, ces soldats sont les mêmes gardes juifs qui ont arrêté Jésus et l’ont reçu des mains de Pilate.
Cette ambiguïté a été introduite lors de la falsification constantinienne (IVe siècle). On a :
Ajouté la cohorte et le tribun dans Jean 18,3.12 pour créer l’illusion d’une présence romaine dès l’arrestation.
Effacé les mentions explicites de « soldats juifs » (présentes dans Pierre) pour les remplacer par « soldats » sans qualificatif.
Laissé les termes στρατιῶται en place, en comptant sur l’interpolation précédente pour que le lecteur les interprète comme romains.
Maintenu dans Luc (le plus ancien textuellement) l’absence totale de soldats romains, car sa version était trop solidement établie pour être modifiée.
IV. Conclusion – Certitude historique
On peut affirmer avec certitude qu’aucun soldat romain n’est mentionné comme bourreau dans les Évangiles. Les textes originaux désignent les acteurs de la Passion comme :
ὄχλος (foule) envoyée par les grands prêtres – Matthieu, Marc, Luc
ὑπηρέται (gardes du Temple) – Jean 18,3.12
στρατηγοὶ τοῦ ἱεροῦ (chefs des gardes du temple) – Luc 22,52
Ἰουδαῖοι (Juifs) – Jean 18,12 ; 19,31 ; Pierre 5,15
στρατιῶται (soldats) – sans qualificatif romain, et qui dans la continuité sont les mêmes gardes juifs
Il aurait été simple de mentionner des soldats romains. Le vocabulaire existe (Ῥωμαῖοι, λεγιών, κεντυρίων). Les Évangiles l’utilisent ailleurs. Le fait qu’ils ne l’utilisent jamais pour désigner les bourreaux de Jésus est une preuve par omission : la version primitive ne connaissait pas de soldats romains.
L’ambiguïté du terme στρατιῶται a été exploitée par les falsificateurs du IVe siècle pour accuser Rome. Mais les textes, une fois débarrassés des interpolations et lus dans leur continuité narrative, désignent clairement les gardes juifs comme les seuls bourreaux de Jésus.
Réponse – Ceux qui affirment que ce sont les Romains
Face à l’évidence textuelle que nous venons d’établir, une question demeure : comment expliquer que tant de personnes, y compris des théologiens, des historiens et des croyants ordinaires, continuent d’affirmer que ce sont des soldats romains qui ont crucifié Jésus ?
La réponse est à la fois simple et accablante.
I. Ils ne savent pas lire – ou lisent mal
La grande majorité des lecteurs des Évangiles ne lisent pas le texte grec original. Ils lisent des traductions – souvent réalisées par des clercs formés dans la tradition issue de la falsification constantinienne. Dans ces traductions, l’ambiguïté du terme στρατιῶται (soldats) est conservée, mais le lecteur, influencé par des siècles de prédication et d’iconographie (les soldats romains au pied de la croix), interprète automatiquement ces « soldats » comme romains.
Or, lire une traduction sans revenir au texte original, c’est se priver de la capacité de discerner les interpolations, les ambiguïtés, les incohérences narratives. C’est lire ce qu’on a appris à lire, non ce qui est écrit.
II. Ils suivent des conjectures – non les textes
Depuis le IVe siècle, l’Église trinitaire a imposé une lecture des Évangiles qui fait des Romains les bourreaux. Cette lecture a été reprise par la Réforme protestante, qui n’a pas remis en cause ce point. Les historiens modernes, souvent formés dans cette tradition, répètent machinalement que « les Romains ont crucifié Jésus », sans vérifier les sources primitives.
Pourtant, aucune conjecture ne tient face aux faits textuels :
Aucun Évangile ne dit explicitement « des soldats romains ».
La cohorte romaine dans Jean 18 est une interpolation qui disparaît.
Luc, le plus ancien textuellement, ne mentionne aucun soldat romain.
Pierre, le plus ancien témoin, dit explicitement « les soldats juifs ».
Pilate, dans tous les Évangiles, livre (παραδίδωμι) – il ne donne pas d’ordre.
Ceux qui affirment le contraire ne se fondent pas sur une lecture rigoureuse des textes ; ils se fondent sur une tradition, une habitude, une autorité – toutes choses que la critique historique a pour mission de dépasser.
III. Ils veulent effacer la parole de Jésus
Jésus a dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24). Il n’est jamais allé vers les païens. Il a interdit à ses disciples d’y aller (Matthieu 10,5‑6). Son message était pour les Juifs, et ce sont les Juifs qui l’ont rejeté, jugé et crucifié – non les Romains.
En attribuant la crucifixion aux Romains, on efface cette vérité. On transforme Jésus en un prophète universel que les païens auraient tué, ce qui permet de détourner l’attention de la responsabilité juive et de construire un christianisme déraciné de son terreau hébraïque. C’est exactement ce que Paul a fait en inventant l’universalisme, et ce que Constantin a sanctionné en réécrivant les Évangiles.
Effacer la parole de Jésus sur sa mission limitée, c’est trahir son message. C’est substituer un Jésus paulinien, trinitaire, universel, à la figure historique d’un prophète juif envoyé à Israël.
IV. Ils sont malhonnêtes – ou aveuglés
Il y a ceux qui savent et qui taisent. Il y a ceux qui ont accès aux manuscrits, qui connaissent l’Évangile de Pierre, qui savent que le terme στρατιῶται n’est jamais qualifié de romain, et qui continuent à enseigner le contraire. Ceux‑là sont malhonnêtes. Ils perpétuent un mensonge politique vieux de dix‑sept siècles pour maintenir une institution, une orthodoxie, un pouvoir.
Il y a ceux qui ne savent pas, qui n’ont jamais eu accès aux textes primitifs, qui font confiance à leurs pasteurs, à leurs professeurs, à leurs traditions. Ceux‑là sont aveuglés. Ils méritent qu’on leur ouvre les yeux, qu’on leur montre les textes, qu’on leur restitue la vérité.
V. Conclusion – La vérité contre la tradition
Ceux qui affirment que ce sont des soldats romains qui ont crucifié Jésus ne peuvent s’appuyer sur aucun texte explicite. Ils s’appuient sur :
Une interpolation (Jean 18,3.12)
Une ambiguïté délibérée (le mot στρατιῶται)
Une tradition imposée par la force au IVe siècle
Une lecture paresseuse des traductions
La vérité textuelle est ailleurs, et elle est simple :
Aucun soldat romain n’a crucifié Jésus. Les bourreaux sont les gardes juifs, agents du grand prêtre et du Sanhédrin. Pilate s’est lavé les mains et a livré Jésus à leur volonté, sans donner d’ordre.
Refuser cette vérité, c’est refuser de lire les textes. C’est préférer la conjecture à la preuve, la tradition à la critique, le mensonge à la parole de Jésus.
Antonino Fraterrigo
1417‑2026
Fin des annexes.
Bibliographie générale
Sources primaires
Bible et Nouveau Testament
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Agapius de Hiérapolis, Kitāb al‑‘unwān, éd. A. Vasiliev, Patrologia Orientalis, t. V, fasc. 4 (1910) ; t. VII, fasc. 4 (1911) ; t. VIII, fasc. 3 (1912).
Catalogues de manuscrits
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Draz, M. A., Introduction au Coran, Paris, Al‑Qalam, 1999.
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Articles et contributions diverses
Desnier, Jean‑Luc, « Zosime II, 29 et la mort de Fausta », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1987, p. 297‑309.
Gribomont, Jean, « Le latin biblique », Bible et Vie chrétienne, 1960 (tiré à part).
Nota bene : Les références ci‑dessus sont toutes authentiques et consultables dans les bibliothèques universitaires ou les collections en ligne (Gallica, Archive.org, Perseus, etc.). Les éditions des Sources chrétiennes (Cerf) sont disponibles dans les grandes bibliothèques. Les ouvrages en langue arabe (Tabarī, Qurtubī, etc.) sont disponibles dans les bibliothèques spécialisées et en version numérique sur des plateformes comme Al‑Maktaba al‑Shāmila.
Études
Barnes, Timothy D., Constantine and Eusebius, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1981.
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Heather, Peter, The Fall of the Roman Empire: A New History of Rome and the Barbarians, Oxford, Oxford University Press, 2005 (trad. française : Rome et les barbares, Paris, Alma, 2017).
Lapham, F., An Introduction to the New Testament Apocrypha, London, Continuum, 2003.
Lattke, Michael, The Odes of Solomon: A Commentary, Minneapolis, Fortress Press, 2009.
Mara, M. G., Évangile de Pierre, Paris, Cerf, 1973 (Sources chrétiennes 201) – édition avec introduction et notes.
Metzger, Bruce M., The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford, Oxford University Press, 2005.
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Pines, Shlomo, An Arabic Version of the Testimonium Flavianum and Its Implications, Jérusalem, Israel Academy of Sciences and Humanities, 1971.
Regev, Eyal, Juifs et chrétiens aux premiers siècles, Paris, Cerf, 2019.
Schürer, Emil, The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ, éd. G. Vermes, F. Millar, M. Black, Edinburgh, T&T Clark, 1973‑1987, 4 vol.
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Whealey, Alice, « The Testimonium Flavianum in Syriac and Arabic », New Testament Studies, 54.4 (2008), p. 373‑390.
Épilogue : La victoire romaine prophétisée – le commandement appartient à Allah
L’enquête que nous venons de mener a mis en lumière une falsification majeure : l’alliance de Constantin avec les milieux judéo‑chrétiens en 312, qui réécrivit les Évangiles pour accuser Rome de la mort du Christ et ainsi retourner contre l’Empire la haine de ses propres sujets. Cette stratégie réussit à affaiblir l’Occident, à piller Rome et à fonder Constantinople, précipitant la chute de l’Empire romain d’Occident. Pourtant, une prophétie coranique, révélée des années plus tard, annonce un tout autre destin pour les Romains – un destin qui reste à accomplir et qui ne saurait être confondu avec le triomphe du christianisme trinitaire.
La sourate 30 : une prophétie qui défie les apparences
الم {1} غُلِبَتِ الرُّومُ {2} فِي أَدْنَى الْأَرْضِ وَهُم مِّن بَعْدِ غَلَبِهِمْ سَيَغْلِبُونَ {3} فِي بِضْعِ سِنِينَ ۗ لِلَّهِ الْأَمْرُ مِن قَبْلُ وَمِن بَعْدُ ۚ وَيَوْمَئِذٍ يَفْرَحُ الْمُؤْمِنُونَ {4} بِنَصْرِ اللَّهِ ۚ يَنصُرُ مَن يَشَاءُ ۖ وَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ {5}
« Alif, Lām, Mīm. Les Romains ont été vaincus dans la terre la plus proche, et après leur défaite ils seront vainqueurs, dans quelques années. À Allah appartient le commandement, avant et après. Et ce jour‑là, les croyants se réjouiront du secours d’Allah. Il secourt qui Il veut, et Il est le Tout‑Puissant, le Très Miséricordieux. »
(Coran 30,1‑5)
Ces versets furent révélés à La Mecque à une époque où l’Empire byzantin (les Romains) venait de subir des défaites humiliantes face aux Judéo‑Perses sassanides, et où les païens mecquois se réjouissaient en pensant que les Romains, chrétiens, étaient abandonnés par Dieu. Le Coran prophétisa alors leur prochaine victoire « dans quelques années ». L’événement se réalisa entre 624 et 628, lorsque l’empereur Héraclius, après une campagne épuisante, reconquit Jérusalem et rétablit l’Empire byzantin. Ce fut une victoire sur les forces de l’associationnisme judéo‑perse, qui incarnaient alors l’alliance contre l’unicité.
Mais la prophétie ne s’épuise pas dans cet événement historique ponctuel. Le texte coranique énonce un principe universel : « À Allah appartient le commandement, avant et après ». Il annonce une victoire ultime, celle des Romains entendus comme une communauté rétablie dans l’unicité.
Les Romains de la fin des temps : les Musulmans du culte Luni‑Solaire restauré
La falsification constantinienne a transformé le message du Christ en un culte trinitaire, allié aux autorités juives pour accuser Rome. Mais la promesse coranique ne s’adresse pas à ce christianisme dévoyé. Les « Romains » de la fin des temps ne sont pas les trinitaires qui ont collaboré à la destruction de l’Occident. Ce sont ceux qui, ayant retrouvé le pur monothéisme des prophètes, reviennent au culte restauré de l’Unicité – un culte luni‑solaire, c’est‑à‑dire fondé sur les signes cosmiques que Dieu a placés dans la création pour mesurer le temps et ordonner l’adoration (Coran 10,5 ; 2,189).
Cette restauration ne saurait être confondue avec le culte lunaire hégirien, que la sourate 9,37 condamne comme une altération du temps sacré (al‑nasī’), pratique des hypocrites qui décalent les mois sacrés pour justifier la guerre et s’écarter de la voie d’Allah. Les véritables croyants, héritiers de la foi d’Abraham, de Moïse et de Jésus, sont ceux qui observent le calendrier divin, fondé sur le soleil et la lune dans leur harmonie originelle, sans falsification.
Ce sont ces Musulmans du culte luni‑solaire restauré qui incarnent aujourd’hui l’héritage des « Romains » de la sourate 30. Car seul l’islam est universel. Le message de Jésus, comme le rappellent les Évangiles, était limité aux « brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24). L’universalisme paulinien fut une invention ultérieure, qui permit au christianisme trinitaire de s’imposer comme religion d’Empire. En revanche, le Coran s’adresse à toute l’humanité dès son origine : « Nous ne t’avons envoyé qu’en tant que miséricorde pour les mondes » (21,107). C’est pourquoi la communauté musulmane – mais celle qui est fidèle au culte pur, non celle qui a dévoyé le calendrier – est la seule à pouvoir légitimement revendiquer l’héritage des « Romains » de la fin des temps.
Le jugement des Judéo‑Perses et la victoire finale
La prophétie de la sourate 30 annonce une victoire sur les Judéo‑Perses, ces forces qui, dans l’histoire, se sont alliées contre l’unicité. Les Sassanides, zoroastriens, avaient conclu une alliance avec les Juifs de Babylonie pour combattre les Romains. Cette coalition fut vaincue par Héraclius. Mais elle annonçait une configuration eschatologique : les « Judéo‑Perses » de la fin des temps – tous ceux qui, sous des apparences religieuses diverses, s’allient contre la pure adoration du Dieu unique – seront combattus et défaits par les vrais croyants.
Ainsi, la victoire promise n’est pas une simple revanche byzantine, mais le triomphe définitif de l’Unicité sur toutes les formes d’associationnisme (shirk) qui ont falsifié les messages prophétiques : le judaïsme déviant (Uzayr fils d’Allah), le christianisme trinitaire (Jésus fils d’Allah), et toutes les alliances contre nature qui en ont découlé. Les Musulmans du culte luni‑solaire restauré sont les héritiers de cette promesse.
Le piratage du message du Christ et l’attaque contre Rome (312) ne sont pas le dernier mot
L’alliance de 312 avait pour but de faire accuser Rome et de la détruire. Elle y est parvenue en Occident. Mais elle n’a pas détruit la vérité. La prophétie de la sourate 30 rappelle que le commandement appartient à Allah. Ni les falsifications constantiniennes, ni les alliances judéo‑chrétiennes, ni les invasions barbares n’ont eu le dernier mot. Ce dernier mot appartient à Dieu, et Il a promis que la vérité, incarnée par ceux qui suivent la guidance restaurée – les Musulmans du culte luni‑solaire – finira par triompher.
Cette victoire reste à réaliser de nos jours. Elle ne sera pas nécessairement militaire, mais elle sera la manifestation de la supériorité de l’Unicité sur toutes les déviations qui ont ensanglanté l’histoire. Les croyants attendent cette manifestation. Les « Romains » de la fin des temps – les Musulmans du culte luni‑solaire restauré – verront se réaliser la promesse divine : « Ils seront vainqueurs » (30,3).
Une autre histoire
L’ouvrage que voici s’est attaché à démontrer par les textes et l’histoire que les gardes juifs furent les bourreaux de Jésus, que Pilate ne donna pas d’ordre de crucifixion, et que la falsification constantinienne accusa Rome pour mieux la détruire. La sourate 30 nous offre une clé de lecture qui dépasse cette période : malgré la ruse des hommes, Allah mène l’histoire à son accomplissement. La victoire promise aux Romains n’est pas encore advenue, mais elle est certaine, car la parole d’Allah ne manque jamais. Cette victoire appartient à ceux qui, rompant avec le culte trinitaire et ses alliances contre nature, reviennent à l’unicité pure que Dieu a enseignée à tous Ses prophètes – et qui, dans la fidélité au calendrier divin, observent le culte luni‑solaire restauré, rejetant les altérations hégiriennes condamnées par la sourate 9,37.
Nous laissons au lecteur le soin de méditer cette prophétie, et de lier les fils de cette enquête à l’espérance d’un triomphe final de la vérité.
Sentence – Rome, l’épée d’Allah, et la promesse divine
Constantinople, la ville que Constantin avait fondée pour y transférer le pouvoir impérial et y établir le culte trinitaire falsifié, est tombée aux mains des Turcs en 1453. Depuis, elle porte le nom d’Istanbul. Ceux qui s’étaient alliés aux Juifs pour accuser Rome de la mort du Christ, ceux qui avaient réécrit les Évangiles pour faire des Romains les bourreaux, ceux qui avaient persécuté les chrétiens uniques (nazaréens, ébionites, ariens) et les païens, ceux qui avaient abandonné l’Occident aux barbares – les Grecs trinitaires de Byzance – ont vu leur empire s’effondrer, leur capitale prise, leurs églises transformées en mosquées, leur gloire réduite en poussière.
Ils ont tout perdu. Ils ont perdu leur empire, leur capitale, leur puissance temporelle. Mais surtout, ils ont perdu la vérité. Ils ont perdu le message originel du Christ, qu’ils avaient trahi en le divinisant dans une trinité païenne. Ils ont perdu le souvenir des gardes juifs bourreaux, qu’ils avaient effacé pour accuser Rome. Ils ont perdu la mission limitée de Jésus aux Hébreux, qu’ils avaient universalisée pour plaire aux païens et aux empereurs.
Aujourd’hui, les Grecs trinitaires – qu’ils soient de l’Église orthodoxe ou des Églises uniates – sont les héritiers de cette falsification. Ils portent encore la mitre de Dagon sur leurs têtes. Ils psalmodient encore dans une langue grecque que leur peuple ne comprend plus. Ils se lamentent sur la chute de Constantinople, sans comprendre que cette chute fut le jugement divin sur une Église qui avait trahi le monothéisme pur et s’était alliée aux Juifs pour détruire Rome.
Et ceux qui combattent Rome au service des Juifs
Mais il est un autre groupe qui mérite sentence. Ceux qui, depuis quinze siècles, combattent Rome au service des Juifs. Ceux qui ont repris le flambeau de l’accusation contre Rome, non pour rétablir la vérité, mais pour perpétuer la haine. Ceux qui, sous des apparences de piété, servent en réalité les intérêts de ceux qui rejettent le Messie et falsifient les Écritures.
Les Gens du culte lunaire hégirien, qui ont combattu Rome – l’Empire romain d’Orient, puis l’Occident chrétien – pendant des siècles, ne l’ont pas fait pour l’unicité, mais pour les comptes des Juifs. Leur alliance avec les Judéo‑Perses sassanides contre Byzance, leur conquête de Jérusalem en 638, leurs guerres contre les croisés, leur prise de Constantinople en 1453 – toute cette histoire fut menée au service d’une coalition contre‑nature : l’alliance du judaïsme déviant et de l’islam hégirien contre le christianisme trinitaire.
Mais en combattant Rome, ils combattaient l’ennemi de leurs alliés juifs, non la vérité. En s’alliant aux Juifs, ils ont repris à leur compte la falsification constantinienne : ils ont cru que Rome était la coupable, que les soldats romains avaient crucifié Jésus. Ils ont ignoré la sourate 4,157‑158 qui attribue l’acte aux Juifs. Ils ont préféré l’alliance politique à la vérité scripturaire.
Et le jugement est déjà tombé sur eux comme il est tombé sur Byzance. Leur empire s’est effondré. Leur califat a été démembré. Leurs terres sont devenues des champs de ruines. Leur capitale, Constantinople, qu’ils avaient conquise au nom de l’islam, est devenue une ville où la corruption et l’impiété règnent. Leur culte lunaire hégirien, fondé sur la falsification du temps (al‑nasī’, sourate 9,37), n’a pas protégé leurs armées de la défaite, ni leurs populations de la misère.
Rome, l’épée d’Allah – le destin d’Ésaü
Mais ce que les Grecs trinitaires et les Gens du culte lunaire hégirien n’ont pas compris, c’est que Rome n’est pas leur ennemi. Rome est l’épée d’Allah.
L’histoire sainte le révèle : Abraham eut deux fils, Isaac et Ismaël. Isaac engendra Ésaü et Jacob. Ésaü, l’aîné, fut dépouillé de sa naissance par Jacob, mais il reçut une promesse : sa descendance régnerait par l’épée. Ésaü, c’est Rome. Rome est la nation de l’épée, celle qui a reçu mission de châtier les oppresseurs et d’abattre les mensonges.
Comme Nimrod, le tyran babylonien, les falsificateurs de l’histoire se sont élevés contre la vérité. Nimrod fut brisé par la puissance d’Abraham. De même, tous ceux qui s’allient aux Juifs pour falsifier les Écritures, tous ceux qui accusent Rome d’un crime qu’ils ont eux‑mêmes commis, tous ceux qui perpétuent le mensonge constantinien – ils seront brisés par l’épée de Rome.
Car Rome est l’instrument divin. C’est par Rome que les idolâtries furent abattues. C’est par Rome que les faux prophètes furent confondus. C’est par Rome que les empires du mensonge furent anéantis. Et c’est par Rome que les derniers falsificateurs seront jugés.
La promesse d’Allah – Rome réapparaîtra
Ceux qui croyaient avoir vaincu Rome se sont trompés. Rome n’est pas morte. Rome s’est retirée, elle a patienté, elle a attendu son heure. Mais elle réapparaîtra, comme Allah l’a promis.
Le Coran l’annonce : « Les Romains ont été vaincus dans la terre la plus proche, et après leur défaite ils seront vainqueurs, dans quelques années. À Allah appartient le commandement, avant et après. Et ce jour‑là, les croyants se réjouiront du secours d’Allah » (30,2‑4). Cette promesse n’est pas épuisée. Elle ne s’est pas accomplie définitivement en 628. Elle annonce une victoire finale, celle de l’épée d’Allah sur tous ceux qui s’allient contre la vérité.
Les Grecs trinitaires l’ont appris à leurs dépens : leur Constantinople est devenue Istanbul. Les Gens du culte lunaire hégirien l’apprendront à leur tour : leurs empires se sont effondrés, leurs villes sont en ruines, leur puissance s’est évanouie. Mais Rome, elle, ressuscitera. Non la Rome païenne, non la Rome trinitaire, mais la Rome de la vérité – l’épée d’Allah, la nation d’Ésaü, le châtiment des oppresseurs.
Et cette Rome réapparaîtra dans toute sa gloire. Elle accomplira la promesse faite à Ésaü : régner par l’épée pour abattre le mensonge. Elle accomplira la prophétie de la sourate 30 : vaincre après avoir été vaincue. Et les croyants – les vrais croyants, ceux qui adorent Allah dans l’unicité, qui ne s’allient pas aux Juifs, qui ne falsifient pas les Écritures, qui ne divinisent pas les prophètes – se réjouiront du secours d’Allah.
Allah ne manque jamais à Sa promesse
Ceux qui s’allient aux Juifs pour falsifier la parole d’Allah, ceux qui accusent Rome d’un crime qu’ils ont commis, ceux qui combattent l’épée d’Allah au service des ennemis de l’unicité – tous verront leurs œuvres réduites en poussière. Car Allah est fidèle à Sa promesse. Ce qu’Il a dit, Il l’accomplit.
« Les Romains seront vainqueurs. À Allah appartient le commandement, avant et après. » (Coran 30,3‑4)
La Rome de la vérité reviendra. L’épée d’Allah tranchera les liens du mensonge. Les falsificateurs seront confondus. Les alliés des Juifs seront dispersés. Et la lumière de l’unicité éclairera le monde, comme elle éclairait au temps d’Abraham, de Moïse, de David, de Jésus, de Muhammad – que la paix soit sur eux tous.
C’est la promesse. Allah ne manque jamais à Sa promesse.
Antonino Fraterrigo
1417‑2026
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Dernière mise à jour : 03 Chahr Ramadan 1417 - 26 septembre 2025